Quand Monsieur Lévy Bernard-Henri annonce la lutte à mort contre les forces du mal

Publié le 30 avril 2012 - par - 1 227 vues
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Monsieur Lévy, Bernard-Henri de son prénom, dégaine, et c’est du lourd comme on dit dans le 9-3. La lutte contre les six millions d’électeurs du Front National ne pourra se résoudre que par la mort d’un des deux belligérants.

La mort. Rien que ça!

Monsieur Lévy a troqué la chemise de lin et le costume qui-froisse-avec-élégance contre la vareuse, les bottes et la kalachnikov du guerillero moderne. C’est Brummel chez Castro, Cousin-Dandy relooké par Pol Pot. Croisant Monsieur Sollers à la Closerie, Monsieur Lévy pourra pertinemment lui demander comment il est de bon ton de se vêtir pour jouer les Malraux à l’école coranique d’Aubervilliers.

Un capitaine nous est donné. Le cadeau vaut son pesant de loukoum rectifié sole-meunière par la grâce des prochains cuisiniers de l’Elysée. Question sucreries orientales, Monsieur Lévy s’y connait, et pas qu’un peu : sur ordre de Pétrole and co, n’a-t-il pas, par la seule grâce de son verbe, transformé la côte sud de la Méditerrannée en un de ces repaires de pirates que nos rois mirent une bonne demie-douzaine de siècles à réduire?

Stratège! À peine ses pires et millénaires ennemis installés grâce à lui dans quelques fauteuils de dictateurs laïques, le voilà qui se penche sur le destin d’un pays auquel il voue, comme chacun sait, l’amour le plus profond, le plus intense, le plus pur et le plus emballant qui soit : la France. Sonnez trompes, résonnez buccins! Fendant la foule imbécile, glaive en main, cocottant des orteils au sommet du plumage le mélange viril de la sueur et de l’opprobre, l’oberstrubann de Montparnasse auto-déclaré feldmaréchal Von Lévy déclare la guerre à la lie de la nation et se lance, petit poing serré, dûment shampouiné, glabre et bréchet sous armure, à l’assaut de la vilénie.

On tremble! L’écho de cette croisade se répand déjà dans les arrondissements limitrophes. Le 14è est pris, le 8è plie bagage quant au 16è, on se demande combien de temps il tiendra sous une telle mitraille. Un exode se prépare, de ma fenêtre, j’en aperçois déjà les premières colonnes. Franchiront-elles la ligne de démarcation? Et dans quel état?

Lévy, c’est Bayard et du Guesclin sous le même heaume, c’est Jeanne (d’Arc) et Jean (Moulin) dressés face au monstre du Loch Ness, c’est la banque trans-nationale affrontant   le petit épargnant comme Dominguin un toro de Miura dans les arènes de Séville. Lévy, c’est Dieu descendu de son nuage pour accompagner son lieutenant jusqu’au plus profond de la tanière maudite.

Alors, grâce! Pitié! Tout sauf la mort, Bernard-Henri! Moi, je ne demande qu’à vivre, au fond. Tel un rat dans les égouts de Paris, même. Épargne-moi! Car en vérité, je me sens quelque part, confusément, de cette France que tu écrases de ton talon. C’est ainsi, je n’y peux rien, j’entends la franchouille des tréfonds de mon archéo-cortex.

Mais attention, beau songe, quand tu parles de la mort à donner. Ces mots ne se prononcent pas à la légère. Ici ou là peut surgir face à toi, pareillement désireux de ne pas se faire peler et autrement vindicatif qu’un banal entartreur belge, le rat qui refusera de se laisser occire et, dans la lutte à mort prophétisée par toi nul ne sait à ce jour qui survivra.

Alain Dubos

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