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Quand pourrons-nous enfin célébrer publiquement nos martyrs ?

Notre collaboratrice Leïla Adjaoud s’est exprimée pour la dernière fois dans nos colonnes en février 2018. Nous étions très inquiets, depuis lors, de son silence. Était-elle partie rejoindre ses frères djihadistes en Syrie, avait-elle été persécutée comme eux ? Aussi nous a-t-elle fait une grande joie en nous faisant parvenir le présent article… dans lequel elle se montre toujours aussi dynamique.

Au Nom d’Allah Le Clément, Le Miséricordieux,

Chers frères et sœurs,

L’actualité récente nous a apporté une bonne nouvelle de notre djihad qui nous permettra un jour, inch’Allah, de soumettre les mécréants français pour la plus grande gloire du Califat islamique en Europe. Notre frère Mickaël Harpon a en effet réussi, dans ce lieu prétendument ultra-sécurisé qu’est la préfecture de police de Paris, à s’armer d’un couteau que les dispositifs de sécurité n’ont pas su détecter, et à éliminer quatre mécréants – qui, comme tels, ne méritaient évidemment que la mort (Sourate 4 : 89). Il est ensuite tombé en martyr sous les balles d’un de nos ennemis. Inutile de dire la joie qui s’est exprimée dans les « quartiers », et tout particulièrement à la dernière réunion du CAFFEN (Collectif des associations de femmes françaises en niqab) que j’ai l’honneur de présider.

Selon nos maris et tuteurs, qui veillaient au bon déroulement de cette réunion, notre frère Mickaël a brillamment démontré l’efficacité d’un nouveau type de djihad, le djihad « en solitaire », qui est appelé à un grand développement. En effet, le djihad classique, en équipe, qui a par le passé permis d’organiser des actions de commandos spectaculaires (le Bataclan, vous vous souvenez ?), est devenu vulnérable du fait de l’amélioration des techniques de renseignement de nos ennemis. Un individu isolé, au contraire, est beaucoup moins repérable, surtout s’il masque sa vocation de djihadiste en pratiquant la taqîya – la ruse.

Ainsi, notre frère Mickaël n’a-t-il montré, au cours des années passées, que quelques signes de sa foi musulmane qui n’ont presque pas attiré l’attention – il était habilité « secret défense » (!) –, à telle enseigne que le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner (qui, il est vrai, n’en loupe pas une…) s’est cru permis d’affirmer que Mickaël n’avait « jamais présenté le moindre signe d’alerte » ! Et c’est ainsi qu’il existe, dans toutes les administrations et même dans l’armée, des centaines de frères et de sœurs qui, sous la pieuse influence de nos imams (qu’Allah les bénisse !), attendent en toute tranquillité le moment propice pour passer à l’action. En toute tranquillité, car même si un de leurs supérieurs hiérarchique venait à avoir des soupçons, jamais il n’oserait en faire état, de peur d’être taxé d’islamophobie, voire de racisme : tant est immense, Al-Hamdoulillah, la bêtise française !

Dans la foulée du ministre de l’Intérieur, les commentateurs se sont bien entendu empressés de mettre en avant de possibles problèmes liés aux origines antillaises de Mickaël, à sa surdité, à de possibles mésententes avec sa hiérarchie… n’importe quoi pour écarter le facteur religieux : il ne faudrait pas que le peuple s’inquiète… Mais nous savons, nous autres croyants, que c’est au nom d’Allah Le Très-Haut que Mickaël a accompli sa mission héroïque, dont il est dès maintenant récompensé, selon la parole de notre Prophète (que le Salut et la Bénédiction soient sur lui), par une vie d’éternel bonheur dans les jardins d’Éden (Sourate 4 : 74). Et certes, cela est une joie pour nous.

Il nous manque toutefois quelque chose, c’est de pouvoir publiquement honorer Mickaël ainsi que tous les autres martyrs (ceux de Charlie Hebdo, du Bataclan, de Nice, etc.) qui sont morts en héros sur le sentier d’Allah. Une manifestation en hommage à Mickaël était pourtant prévue pour le Jeudi 10 octobre à Gonesse, à l’appel du militant Hadama Traoré (qu’Allah le bénisse !), mais elle a été interdite sur ordre du ministre Castaner, sans doute parce que ce dernier, déjà en mauvaise posture, pétait de trouille à l’idée de perdre son job !

Je suis révoltée par cette interdiction inique, qui bafoue le principe de liberté que nos dirigeants invoquent pourtant à tout bout de champ. En temps normal, jamais un ministre de l’Intérieur ne se serait opposé à une manifestation pacifique (sauf, bien entendu, si elle était organisée par l’extrême droite). L’attitude agressive de Castaner à notre égard montre bien à quel point il est influencé par l’islamophobie entretenue par des gens comme le Juif Éric Zemmour (qu’Allah le jette dans la fournaise éternelle !) : ces kouffars hostiles, notre communauté les combattra, certes, jusqu’à la mort.

Cela étant, il y a aussi des kouffars utiles. C’est ainsi que mon mari a rencontré l’an dernier, dans une manifestation en faveur des libertés musulmanes, un militant du parti de l’extrême Gauche insoumise (PEGI) avec lequel il a sympathisé. Malheureusement, la manif a mal tourné à cause des violences policières : un sale flic lui ayant lancé un regard clairement islamophobe, mon mari, évidemment, a sorti son couteau pour se défendre ; moyennant quoi il a été arrêté et jeté en prison (une fois de plus…) par un juge islamophobe. Ce n’est que quelques temps après, lorsqu’il est sorti de prison, qu’il pu inviter chez nous son nouvel ami. Ce dernier se nomme Aristide Menguo. D’origine antillaise, il est assistant parlementaire d’un élu du PEGI, et il a en outre fondé une association (dont il est le secrétaire général) : le Mouvement antifasciste et anticolonialiste pour le soutien aux migrants et aux minorités racisées (MAASMMR). Ce jeune homme n’a qu’un seul défaut (en dehors de sa couleur de peau, bien entendu), c’est qu’il se dit « libre penseur » et qu’il n’a jamais lu notre noble Coran (il faudra que je lui en parle…). Mais il hait les associateurs (les chrétiens) autant que nous, et il soutient nos revendications (le port du voile, le halal à la cantine, etc.) « au nom de la laïcité ».

Tout aussi révolté que nous par l’interdiction de célébrer publiquement nos martyrs, il dit qu’il y a là un combat à mener, précisément au nom de cette laïcité qui est un grand principe français, et qui implique l’égalité entre les religions : il n’y a aucune raison pour que les associateurs fêtent leurs prétendus « saints » (ils ont même un jour pour ça, le 1er novembre) et que les musulmans ne puissent pas en faire autant. Entre nous, cet égalitarisme laïque est une horreur (il n’y a de dieu que Dieu, c’est à dire Allah), et nous nous débarrasserons de tous ces kouffars quand nous n’en aurons plus besoin. Mais pour l’instant, nous sommes dans le Dar al-Harb (le domaine de la guerre) : nous devons donc utiliser à notre profit ces prétendues « valeurs républicaines », dont la laïcité, qui nous permettront, inch’Allah, de dominer la France.

Aussi ai-je décidé de lancer un grand Mouvement pour l’égalité religieuse et le souvenir des martyrs (MERSM). Ses principales revendications seront le droit d’organiser des manifestations en souvenir de nos martyrs et l’instauration de jours fériés musulmans à la place de ceux existant actuellement. Aristide Menguo m’a promis que ce mouvement recevra le soutien de la plupart des partis de gauche, à commencer par le PEGI, au nom de la liberté (d’expression), de l’égalité (des religions) et de la fraternité (le vivre-ensemble).

Que la Paix et la Bénédiction d’Allah Le Très-Haut soient sur vous et sur tous ceux qui suivent le chemin droit jusqu’au Jour du Jugement Dernier.

Leïla ADJAOUD, présidente du directoire du Collectif des Associations de femmes françaises en niqab (CAFFEN) et fondatrice du Mouvement pour l’égalité religieuse et le souvenir des martyrs (MERSM)

10 Octobre 2019