Quand un gymnase se transforme en mosquée

Incroyable ! Durant quatre vendredis, le gymnase parisien de Reuilly, dans le 12ème arrondissement, ne sera plus un gymnase, c’est-à-dire un lieu destiné à tout le monde, mais une mosquée, c’est-à-dire un lieu destiné aux seuls musulmans ! Exit les ballons de basket, les cages de handball et les installations prévues pour la gymnastique ou le badminton ! Place aux prêches islamiques et aux tapis de prière !
La décision a été prise «sans publicité», nous dit-on en haut lieu. Tiens donc ! Et pourquoi ? «Pour parer au plus pressé». Diantre ! Et qu’est-ce qui était si pressé ? La demande d’hébergement provisoire adressée à la mairie par l’association Nour, privée momentanément de lieu de prière.
Jusqu’ici, cette association rassemblait ses fidèles dans un foyer d’hébergement de travailleurs immigrés. Mais en juillet dernier, des travaux de réhabilitation n’ont plus permis ces rassemblements, si bien que les responsables de l’association ont demandé de l’aide à la mairie. Et la mairie de prêter le gymnase Reuilly le vendredi après-midi, jusqu’à la fin du ramadan, faute d’avoir trouvé un local associatif ou un lieu pérenne susceptible d’être loué par ladite association.

Nouveauté ? Même pas ! Il y a deux ans, l’association Nour avait été accueillie dans le gymnase Daumesnil pour pouvoir pratiquer la pière du vendredi «dans des conditions dignes».
Noble tolérance de la République à l’égard de l’islam, n’est-ce pas ? Noble tolérance, en effet, dont on aimerait constater la réciprocité dans l’ensemble du monde musulman, à commencer par l’Algérie ! Car sous cette noble tolérance républicaine, il y a scandale, et le scandale tient dans une décision anti-laïque à même de faire jurisprudence, surtout dans un contexte national où se multiplient les demandes communautaristes. Le comble, c’est que la mairie le sait mieux que vous et moi, comme en témoigne le besoin qu’elle a éprouvé de justifier sa décision : «Nous restons respectueux de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat – a-t-elle souligné – puisque nous ne subventionnons pas l’association. Nous mettons juste à sa disposition des locaux». Et d’ajouter, pour éviter toute polémique : «Dans certaines conditions exceptionnelles, il est normal que la ville veille à ce que toutes les religions puissent être pratiquées dans de bonnes conditions. C’est dans le même esprit que certains gymnases seront prêtés à la comunauté juive à l’occasion de Yom Kippour».
Et voilà comment on couvre une mesure anti-laïque – que l’on qualifie de «normale» – par une mesure de même nature ! Car enfin, par quelle outrecuidance un gymnase peut-il devenir un lieu de prière ? Autrement dit, comment un bien «public» peut-il devenir «religieux» ?
On objectera que ce changement d’état n’est que ponctuel. Soit ! Mais ce «ponctuel» est une authentique «ponction» dans les valeurs de la République : on retire un peu d’Etat pour injecter un peu de Religion ! Et c’est bien ce que disent les responsables de la mairie lorsqu’ils déclarent : «Nous mettons JUSTE des locaux à la disposition de l’association». Traduisez : «Nous dérogeons SI PEU aux règles de la laïcité qu’on ne peut pas nous taxer de porter atteinte aux lois de la République. Nous sommes donc de vrais laïques» !
Quelle tristesse ! Quelle lâcheté ! Quel aveuglement ! S’il est vrai que «les petits ruisseaux font les grandes rivières», comment ne pas s’attendre à ce que les «conditions exceptionnelles» mises en avant par le cabinet du maire le soient de moins en moins au regard de ceux pour qui le ramadan est un «ordre divin», c’est-à-dire à la fois un «commandement sacré» et une «organisation sociale» devant lesquels l’Etat français devra tôt ou tard s’incliner ?
Quel Etat pourrait prétendre accueillir l’islam tout en négligeant la lecture que font les disciples d’Allah de la puissance infinie de Dieu ? N’a-t-on toujours pas compris qu’une religion – serait-elle de miséricorde et de paix – est un absolu, et qu’un absolu est absolutiste ? Quelle place pour la réciprocité, et, par suite, pour les valeurs démocratiques, dans un tel cadre ? Une religion ne peut être modérée que si on la modère : aucune religion n’est modérée en soi ! Edgar Quinet et Aristide Briand l’avaient clairement perçu en leur temps : pourquoi donc ne le voyons-nous point aujourd’hui ? N’y a-t-il pas dans notre actuelle cécité à l’égard des avancées religieuses de quelque obédience que ce soit la marque grandissante d’une terrible régression ? Lors de l’inauguration du gymnase Reuilly, le 6 décembre 2007, les responsables locaux n’ont-ils pas précisé que cet équipement représentait l’un des plus gros investissements POUR LE SPORT qui aient été réalisés, depuis 15 ans, dans cet arrondissement ? Ce gymnase n’est-il pas le plus grand gymnase pour le BADMINTON à Paris 12ème ? Les officiels présents ce jour-là n’ont-ils pas vanté la salle MULTISPORTS de 800m2, la salle de DANSE de 130 m2, et le MUR D’ESCALADE de 8 m de hauteur ? N’y avait-il pas aux côtés de Bertrand Delanoé, maire de Paris, et de Michèle Blumenthal, maire du 12ème, Pascal Cherki, adjoint au maire de Paris, ainsi que José Espinosa, adjoint à la mairie du 12ème ? Ne sont-ils pas tous deux «CHARGES DES SPORTS» ?
En décidant de transformer ce magnifique gymnase en mosquée, la mairie du 12ème arrondissement a bel et bien déchiré le contrat laïque qui se doit normalement de la guider dans ses décisions, et ce, au vu de tout un chacun, puisque le gymnase Reuilly fonctionne, tel un kiosque, en relation étroite avec l’espace public environnant, grâce à l’importance de ses façades vitrées, qui offrent ainsi le spectacle des différentes activités SPORTIVES aux promeneurs et autres passants.
Ces dernières se devaient donc de rester SPORTIVES, ne serait-ce que par cohérence avec le sens initial et final d’un tel édifice. Mais il y a déjà quelque temps que les évidences de la raison s’effacent devant les exigences religieuses, notamment musulmanes, comme s’il suffisait de revendiquer religieusement quelque faveur pour que faveur soit due !
En attendant, des élèves parisiens sont privés de COURS DE SPORT. Quelqu’un s’en émeut-il ?
Maurice Vidal

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