Quel eldorado pour nos jeunes chômeurs européens ?

Publié le 30 mai 2011 - par - 536 vues
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Après les mouvements de revendication des jeunes grecs qui ont été violents, c’est en Espagne que s’organisent d’autres formes de manifestations, celles-ci, plus pacifiques, sont de grande ampleur et conduites par des personnes  intelligentes et déterminées. Sont-elles le parallèle des mouvements de libération du Maghreb? Pas tout à fait. Si de l’autre côté de la Méditerranée, on  parle chômage et misère, les mouvements ont pour objectif de chasser les dictateurs et on espère construire un avenir meilleur, il y a de l’espoir, de ce  côté-ci, au contraire,  les gens viennent  clamer  leur désespérance ! Désespérance des jeunes diplômés qui ne trouvent pas de travail, désespérance des adultes perdant leur emploi  et au bord d’une grande misère. Le taux de chômeurs atteint 21 % de la population active en Espagne. Le Portugal, l’Irlande, l’Islande  sont  atteints eux  aussi, la France et l’Italie voient leur taux de chômage rester très hauts, même en trichant un peu sur la manière de faire les calculs. On sent maintenant que les  populations ont le bues.

Cette prise de parole des espagnols, de toutes générations, s’ indignant pacifiquement sera-t-elle entendue des politiques espagnols?  Au delà de l’Espagne, ces manifestations vont-elles provoquer une prise de conscience  des responsables politiques qui parlementent à Bruxelles? Vont-ils comprendre le délabrement dans lequel plonge, souvent silencieusement, une partie  de plus en plus  importante des ressortissants européens?   La contestation  du monde du monde politique peut-elle prendre une ampleur continentale?

En Espagne les régionalismes se sont affirmés aux dernières élections locales, les provinces espérant sauver « les leurs » de la crise, en Italie le nord riche ne veut plus payer pour le sud pauvre…. ! A l’exception de quelques pays, comme l’Allemagne et les pays nordiques, plus petits, les choses ne vont pas beaucoup mieux ailleurs. Sommes-nous tous condamnés à devenir  des travailleurs précaires ou des pauvres, se demandent les gens et particulièrement les jeunes aujourd’hui ? Qu’allons-nous leur répondre ? Est-ce que délocalisations, flexibilité et précarité seront les solutions pour la réussite de ce que l’on nomme pompeusement les sociales démocraties européennes?

Pourra-t-on indéfiniment mettre au pain sec et à l’eau les nations européennes pour colmater les déficits des grands organismes financiers internationaux, ou pour réparer les erreurs de choix économiques des dirigeants politiques  ( ex miser sur le « tout immobilier » en Espagne). Pourra-t-on mettre indéfiniment au pain sec et à l’eau les nations européennes pour enrichir un peu plus les spéculateurs internationaux, afin que prospèrent un système dit libéral, qui ne donne « la liberté » qu’aux plus riches?

Ne faut-il pas réfléchir, aujourd’hui, à un contrôle européen des flux migratoires? On a tendance a déclarer xénophobe toute position allant dans le sens. C’est une grave erreur, il ne s’agit  ni de rejet  ni de peur encore moins de haine des étrangers qui viennent dans nos pays, ils ne sont en rien responsables  de la crise ou du chômage, mais ces flux migratoires, qui convergent vers l’Europe,(200.000 par an en France  par exemple) aggravent nos propres difficultés.    Ne faut-il pas réfléchir à des mesures qui pourraient améliorer le maintien des emplois à l’intérieur de chaque pays?

Alors quelle analyse faire de tout cela ? Quel futur pour les peuples européens ? De l’autre côté de la Méditerranée où les taux de natalité ont été beaucoup plus élevés qu’en Europe, ces 50 ans dernières années,  l’eldorado reste l’Europe. Si émigrer en France a été longtemps une solution pour les Italiens, les Espagnols, les Polonais, puis ensuite pour de nombreuses autres communautés pendant tout le XX ème siècle, on sent bien aujourd’hui que l’Europe n’est plus une zone de prospérité économique. Les emplois se sont délocalisés vers des pays à bas coût de main d’oeuvre à l’intérieur et à l’extérieur de l’Europe, et nos  dirigeants ont trahi les leurs, ou tout au moins, ont fort mal géré un développement global, en fonçant tête baissée dans la sacro-sainte mondialisation  alors qu’ils  nous avaient promis  une « Europe  porteuse d’avenir ». On a transformé une terre qui fut accueillante aux autres, en terre où les individus  semblent maintenant sacrifiés et voués au chômage de longue durée. Les jeunes devront-ils émigrer ? Quel eldorado pourront-ils choisir, eux,  demain ?

Chantal Crabère

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