Quelle est la vérité sur les tentatives d’islamisation de la révolution égyptienne ?

Publié le 21 février 2011 - par - 5 846 vues
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Voici quelques larges extraits d’un article publié sur le « blog des jeunes » du journal égyptien al-Ahram : le 20/02/2011, par Aziza Abou Bakr,  sous le titre :

Quelle est la vérité sur les tentatives d’islamisation de la révolution [égyptienne] ? 

Jusqu’à vendredi dernier, personne ne s’est approprié la révolution du 25 janvier.

Les choses ont commencé à virer vendredi 18 février, jour choisi pour célébrer la victoire. Cette révolution échappait ce jour-là aux jeunes au profit d’un autre groupe  les Frères Musulmans.  D’une révolution sans buts partisans, elle s’est transformée en une révolution sous l’égide des Frères Musulmans.

Un nouveau concept lancé par les analystes politiques est apparu : « l’islamisation de la révolution ». Les Frères Musulmans ont-ils vraiment  chevauché la révolution, vont-ils la diriger et la transformer en une révolution islamique ?

Pour ‘Abd-al-Rahim Ali, spécialiste des Frères Musulmans d’al-Ahram, la scène, vendredi 20/02 place al-Tahrir, était « effrayante ». La place al-Tahrir s’était transformée en place de prière. Ceux qui s’y sont rendus pour manifester ne s’y sont pas allés pour prier mais pour exprimer leurs idées, leurs pensées, leurs objections. Celui qui va à Tahrir n’est pas uniquement un musulman. Il y a des Coptes qui ont insisté depuis le début de la révolution sur l’idée que musulmans et chrétiens forment un tissu vrai et unique.

Pourquoi perdez-vous le meilleur des acquis de la révolution ? Pourquoi la place s’est-elle transformée pour accueillir le long prêche du Cheikh al-Qardawi ? Pourquoi, à ses côtés, sur le podium, se trouvaient le cheikh Hijazi et d’autres cheikhs ainsi que des membres des Frères Musulmans qui interdisaient toute autre personne d’y accéder ? Comme si la place et la révolution était à eux. A tel point qu’ils ont interdit à Waél Ghneim, un des symboles de cette révolution, de monter à la tribune pour prononcer le discours des jeunes. C’est à ce moment-là, que nous avons senti que les Frères et le courant religieux se sont emparés de la révolution.

Le prêche d’al-Qardawi a inquiété beaucoup d’analystes. Pourquoi a-t-il appelé à la prière à Jérusalem (al-Quds) ? Pourquoi a-t-il posé la question palestinienne ? Pourquoi, dans les plis de son discours, a-t-il fait appel à œuvrer pour libérer la Palestine à partir de starting-blocks religieux ? Les revendications de la révolution se sont-t-elles transformées en revendications religieuses ? Nous ne sommes pas en quête de ces appels, nous sommes dans un pays au bord du désordre et de la ruine. Ayez pitié de l’égypte. Par les appels d’al-Qardawi, Israël pourrait ouvrir le feu et nous entraîner dans des guerres.

D’autres nouveaux appels sont apparus à Tahrir,  à savoir la non-modification du 2e article de la Constitution car l’égypte est un état civil.

Le spectacle de la place al-Tahrir est un véritable prélude à un état islamique en Egypte. Ce qui s’est passé est un signe que les Frères bougent avec rapidité et intelligence. Le signe le plus important, c’est leur annonce qu’ils sont prêts à fonder le parti des Frères Musulmans tout en conservant la Confrérie.  Ce cas de figure n’est pas autorisé par la Constitution.

Les Frères doivent maintenant fixer leur position. S’ils se déclarent en parti portant le nom de « Frères Musulmans », il faut alors qu’ils définissent leur position sur l’état civil, qu’ils précisent leur position envers les Coptes, les femmes, alors qu’ils ont déclaré ne pas vouloir de président copte ni de président femme pour les gouverner. Ils doivent aussi se prononcer clairement sur les libertés religieuses en Égypte. Ils doivent choisir entre la Confrérie et le parti. Les jeunes qui ont porté cette révolution ne permettront à aucun courant de surfer sur leur révolution. C’est aux membres des partis et des mouvements politiques, aux sages de cette patrie qu’il revient d’observer cette scène, de l’analyser, de bien la comprendre et de s’opposer à toutes les tentatives qui conduiraient le pays vers une situation de désordre et de discorde.

Traduit de l’arabe par Bernard Dick

http://shabab.ahram.org.eg/Inner.aspx?ContentID=4089&typeid=3&year=2010&month=04&day=04&issueid=6

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