Quelques impressions moroses sur mon quartier qui change…

Petit à petit, doucement, inexorablement le quartier s’enlaidit. La pharmacie a renoncé au nettoyage maintes fois recommencé des parements en travertin de sa devanture. La porte cochère et la belle pierre de taille de l’immeuble haussmannien n’ont pas été épargnés par les tags vomis à la bombe comme excréments de chiens marquant leur territoire. Un kebab, puis deux, puis trois se sont ouverts dans le quartier imposant au regard les couleurs vulgaires de leurs vitrines, la spécificité « halal » de leur tambouille s’y inscrivant en français et en arabe, et l’arrogance lymphatique des clients attablés sur le trottoir. Les balcons de fonte ouvragée fleuris de géraniums bichonnés, les façades du 19ème siècle bourgeoisement sculptées, les hautes fenêtre élégantes se patinent lentement aux remugles graillonneux.

Le quartier change. Un grand noir barbu en kamis traîne nonchalamment sa carcasse sahélienne, silhouette encore insolite boulevard de Port-Royal et, après un borborygme guttural, impose au trottoir un crachat jaunâtre. Qui osera faire une remarque ? Personne. On détourne le regard, on presse le pas, on regagne sa frontière digicodée, son confort petit ou grand-bourgeois à l’étage, à l’abri – provisoire – de murs encore solides…

Quelques années auparavant un Mac Do avait remplacé une grande brasserie au carrefour des Gobelins et son aspect bon chic bon genre, évitant les habituelles couleurs criardes de l’enseigne, n’avait cependant pas empêché la présence tenace de cette odeur si particulière et écoeurante de frites et de graisse rance. Les pétitions du voisinage se sont avérées impuissantes : le diktat mondialiste a imposé son veto.

Dans le petit jardin public si charmant lorsque tôt le matin il n’accueille que les chats furtifs et les oiseaux chanteurs, on peut voir et entendre, à la mi-journée, une dizaine de nounous ivoiriennes ou togolaises, hurlant dans leurs téléphones portables en langue vernaculaire ou discutant entre elles d’un banc à l’autre. D’un regard distrait elles « surveillent » les jeunes enfants dont elles ont la charge, s’adressant parfois à eux dans un français qui ne déparerait pas aux étalages de pagnes du grand marché de Cotonou. Ce matin même, l’une d’entre elles, convoyant laborieusement deux bambins dans une poussette, envoya de côté, au pied d’un arbre du square, un vigoureux jet de salive et, tout en avançant se saisit de son smart-phone de dernière génération pour entamer une tonitruante conversation.

Sur le boulevard, depuis quelque temps, des personnes âgées peu assurées sur leurs jambes font leur petit tour au bras d’enfoulardées en djellabas ; celles-ci acceptent-elles d’aller chez le charcutier leur acheter leur habituelle tranche de jambon ? Rien n’est moins sûr car on m’a relaté des témoignages de refus. Petit à petit la ville change.

Un groupe de Roms squatte depuis des mois une placette devant l’hôpital Broca, annexant les toilettes publiques à proximité. Un entassement sordide de matelas, sacs et valises sert de décor hideux à leur mendicité insistante. Chaque boulangerie est flanquée d’un Rom saprophyte, assis sur une valise ventouse, la main tendue, le ton geignard, recueillant monnaie, sandwiches et pâtisseries car le bobo du quartier a le porte-monnaie garni et la mauvaise conscience généreuse. La boulangère change jusqu’à quatre-vingt euros de ferraille chaque jour et ses clients lui demandent parfois : « Vous croyez que ça lui plaira un sandwich au gruyère, au monsieur ? ». La poste toute proche a placé un panneau incitant à la prudence au-dessus du distributeurs de billets, des fillettes roms ayant entrepris de soulager les usagers de leurs retraits.

Au Franprix du quartier, non loin de la fac de droit, le rayon « halal » est toujours bien fourni en pseudo charcuteries diverses, pour le bonheur des étudiantes voilées de trois couches de foulards artistiquement dressés en chignon identitaire. Quel usage feront-elles de notre droit quand plus tard elles revêtiront la robe du juge ou de l’avocat ? Il est à craindre qu’elles s’exercent à bien en étudier les failles et les faiblesses pour mieux le contourner, l’annihiler, et ouvrir grande la porte à la charia.

De nouveaux HLM contribuent au changement de population et les mères arborant hijab et longue jupe noire inscrivent leurs enfants à l’école pour la rentrée prochaine. Elles croisent des mères d’élèves bobos qui, à la sortie des classes devisent, armées de leurs bottes et de leurs sacs à main à 300euros, sur l’intérêt du dernier « projet d’école » ( une des bouffonneries pédagogistes inventées par les scientologues de l’éducation nationale) axé sur la tolérance, le vivre-ensemble et la lutte contre le racisme ; elles envisagent d’adhérer à RESF. Comme chaque année l’école ouvrira ses portes pour la matinée « saveurs du monde » et chacun pourra déguster le couscous « halal » de la maman du petit Mohamed, le poulet yassa « halal » de la maman de la petite Fatoumata et on prendra soin d’apporter une quiche au poisson plutôt qu’aux lardons par respect des différences…C’est formidable le multiculturalisme des papilles le samedi matin entre 10 heures et 13 heures !

Ce vendredi soir les gourous du tout ludique ont une fois de plus imposé leur triste « fête de la musique » et les milliers de décibels de la place Denfert-Rochereau ont soumis chacun au plaisir décadent de quelques uns, hurlant j’ai le droit, c’est mon droit, c’est mon choix. L’ancien ministre de la culture, inventeur de cette journée obligatoire, aujourd’hui recyclé derrière les moucharabiehs du ruineux institut du monde arabe, va-t-il bientôt nous gratifier d’une journée de l’islam des lumières, dernière empreinte pré-sénile de sa personnalité divertissante ? Une djellaba en vichy rose et blanc pour lui, un hijab à fleurs YSL pour Aurélie, des vélibs aux roues voilées pour tous les participants, concerts de oud, dattes et loukoums distribués gratuitement à chaque coin de rue par de charmantes pucelles enfoulardées et de beaux éphèbes au regard illuminé par les merveilles du coran ? On peut rêver, le meilleur des mondes est là…

Rapidement, inexorablement le pays change.

Danielle Moulins

image_pdf
0
0