Quelques précisions sur une vision trop idyllique du Sénégal

Pourquoi les Sénégalais, musulmans à 95 %, ne posent aucun problème en France ?

Cet article, idyllique, de Huineng est d’une bien grande naïveté. Il n’y manque qu’un couplet touristique sur la « teranga » sénégalaise.

Tout d’abord, les Tidjanes sont majoritaires au Sénégal, et non pas les Mourides. Ensuite, le mouridisme est une tendance islamique plus dure, rigoriste (au moins sous les apparences). Disons que les Mourides sont à l’occasion … « les plus bruyants » ce qui peut-être laisse croire à Huineng qu’ils sont les plus nombreux.

Anecdote comique : un jour où je devais passer par Touba, le fief mouride, je me suis fait caillasser à l’approche de la ville parce que je fumais au volant. Mais bien plus tard des Sénégalais me dirent que Touba était un gros centre de trafics type cigarettes, alcool, prostitution…

Les premiers temps au Sénégal, à la recherche d’un logement à louer dans la ville d’Abdou Diouf, j’ai visité pas mal de maisons inoccupées, sans pouvoir rencontrer les propriétaires ; ils étaient « à l’extérieur » comprendre en Europe et j’appris rapidement qu’ils y vendaient de la drogue, de l’aveu même de leurs proches, ou autres sources sénégalaises. A un moment j’ai loué 3 mois une maison dont j’ai finalement rencontré le proprio, qui était principalement proxénète en région parisienne et, ironie, dont l’avocat était dans la commune voisine de la mienne dans le Val de Marne. J’envisage alors de quitter cette maison pour m’installer sur le chantier où je travaille à 60 kilomètres de là, ce qui ne plait pas au proprio-proxo et à son agent. Ils me montent tout un bazar dans le dos qui m’amènera plusieurs fois chez les gendarmes. Ces deux compères ont cru profiter du fait que je suis le seul toubab permanent dans la région ; ils en seront pour leurs frais d’autant que je suis déjà complètement intégré à une grande famille Peul du Sénégal (allo Bigué, tu m’entends ?).

L’année suivante j’ai construit une maison, il m’a fallu changer 7 fois de maçon, 3 ou 4 fois de plombier, de carreleur, d’électricien (dont un beau-frère local, Seydou, remarquablement nul et voleur, la honte de la famille). Pour la bagnole j’ai changé aussi 7 fois de mécanicien ; il y a des gens plus compétents à Dakar mais je n’ai pas le loisir d’y aller souvent, et pas très longtemps. Et ne parlons pas de l’informatique. Certains de ces gens étaient mourides ; Huineng voudrait faire croire qu’ils bossent plus que les autres ? C’est faux.

Autre beau-frère, Yakoub, autres gags. Un jour Yakoub, dont on était sans nouvelles depuis deux ou trois mois, réapparaît. Il a tenté d’émigrer clandestinement en Europe mais les Espagnols ont intercepté la pirogue où il était embarqué. Yakoub, grand et beau célibataire à la carure d’athlète, n’a quasiment jamais travaillé –et d’ailleurs faut pas trop lui en demander…- et n’a pas de formation particulière. Que ferait-il en Europe ? Vendre des gadgets devant le château de Versailles ou la tour de Pise ? Ou de la came ailleurs ?

D’année en année la taille des « pirogues » construites à Saint-Louis, là où s’est embarqué Yakoub, a augmenté ; il ne s’agit plus tellement de pirogues de pêcheurs mais de pirogues pouvant embarquer 100 candidats à l’émigration clandestine. Tous ces candidats, quand ils échouent -et si ils ne se sont pas noyés- sont prêts à recommencer, comme Yakoub.

Sous l’ère d’Abdou Diouf le Sénégal était semble-t-il plutôt en léthargie. Son successeur Wade a fait naître un grand espoir au sein de la jeunesse sénégalaise. Espoir déçu. Multiplications des magouilles. J’ai eu longtemps dans mon bureau un calendrier/affiche de Wade où il avait une tête de boxeur, avec son slogan : « Il faut travailler, encore travailler, toujours travailler » Ce n’est certes pas lui, avec ses frasques et son avion « Sangomar », qui aurait donné aux autres l’envie de travailler. J’ai viré cette affiche car les Sénégalais goguenards me la commentaient ainsi : « Il faut voyager, toujours voyager, encore voyager ».

Bon, je ne vais pas écrire les aventures de « Tintin au Sénégal », il faudrait plusieurs tomes.

Une précision quand même : je subviens jusqu’à ce jour, depuis bientôt dix ans, aux besoins de plusieurs personnes au Sénégal. « Notre chère Ramatoulaye Yade musulmane discrète … une chance pour la France ! » (Huineng dixit) en fait autant ?

Alou Yobalé

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