Quelques rappels historiques à ceux qui confondent mini-jupe et burqa

Une nation, c’est un complexe humain. C’est beaucoup de choses contradictoires. Notre pays est riche de vestiges, en particulier riche de débris plus ou moins fossilisés du passé démocratique et de l’histoire du mouvement ouvrier.
J’ai eu ici l’occasion de dire ce que je pensais de la position adoptée sur la question dite de la bourqua par le dernier congrès national d’un de ces monuments menaçant ruine né du passé de la démocratie politique militante en France.
Ce qui restera de ce congrès, c’est la honteuse équivalence entre la décision des colonels grecs interdisant la minijupe et le projet de loi contre la prison de tissu ambulante. Pas de quoi être fier. Ne tirons pas sur les ambulances. Ne les nommons pas, ils se reconnaîtront.
Je ne reviendrai pas sur le calvaire de cette femme que je décrivais ici dans un précédent article.
http://www.ripostelaique.com/15-minutes-face-a-une-Belphegor.html
Je dirai simplement à ceux qui ont osé comparer en termes d’équivalence la prison vêtement et la minijupe : une minijupe, ce n’est pas un vêtement qui empêche de lire la femme qui la porte. La forme de hijab que j’ai eu en face de moi, pendant presque vingt minutes, oui. Oui, elle contraignait la femme à tirer sur le bas de son masque pour disposer d’une ouverture suffisante pour lire le gros livre posé sur ses genoux.
J’écoutais quelque part une ancienne prisonnière. Son témoignage est accablant. Elle nous montre bien que ces oripeaux né d’une vision totalitaire de la religion ne sont pas des bouts de tissus ni de simples vêtements, mais qu’ils sont des portes et des murs hermétiquement clos.
Je l’écoutais cette femme. Elle nous expliquera son calvaire, dés qu’il fait chaud. « On étouffe sous deux ou trois épaisseurs de tissus » (…) « c’est dur, il faut tout le temps ajuster le voile, le serrer. C’est obsédant, au bout d’un certain temps cela devient insupportable… ».
Et quand elles veulent, et qu’on veut bien les laisser, aller manger au restaurant ?
Elles ne doivent pas ôter le masque. Il leur faut ingurgiter, laborieusement. Des débris alimentaires souilleront le masque et resteront jusqu’au retour chez elles. Vous me direz, mais elles n’y vont pas au restaurant, ces femmes. En effet, elles n’y vont pas, et si elles pouvaient y aller, comment mangeraient-elles, proprement, dignement ?
Ces questions de vie quotidienne n’intéressent pas mes censeurs, qui veulent voir en moi, je cite les propos de ces messieurs : le « traître sioniste » –hé oui, je défends Israël- qui négligerait les questions économiques et sociales pour focaliser l’opinion sur des affaires de chiffons…
Pourtant, les chiffons, dans l’histoire du mouvement ouvrier et dans celle de la démocratie politique, ça a compté. Mes censeurs oublient-ils l’opposition entre Lamartine et les insurgés parisiens qui venaient de faire tomber le gouvernement du roi Louis Philippe. Ces derniers voulaient que la République, la seconde république, se déclare sociale et adopte le drapeau rouge pour emblème.
La couleur du drapeau, quelle importance n’est-ce pas, ce n’est jamais qu’une question de chiffon et de couleur de chiffon…

Mes critiques croient m’opposer les valeurs du mouvement ouvrier et sa tradition. Quelles valeurs et quelles traditions mettent-ils en ligne?
Pour faire court : dans leur entêtement qui les oppose au sentiment républicain de 70% des habitants de ce pays, je dirai qu’ils me rappellent le vieux Jules Guesde s’opposant à Jean Jaurès en refusant de défendre Dreyfus.
Quoi, défendre un officier ? Nous sommes antimilitaristes, déclamait Guesde.
Quoi, défendre un bourgeois, alors que nous combattons la bourgeoisie et que Dreyfus ne demande même pas qu’on le défende, continuait-il.
Quoi, perdre notre temps à défendre un seul homme, un bourgeois, alors qu’il y a tant et tant d’injustices qui frappent chaque jour le prolétariat que nous devons organiser, concluait Guesde.
Qui eut raison, Jaurès et cette moitié de la France qui se dressera contre l’imposture judiciaire ou le vieux Guesde, dont le « marxisme » amena Marx à déclarer, en faisant référence à ce « marxisme » là : « je ne suis pas marxiste » !
La France de Zola, la France de Jaurès, c’est aussi la France qui produisit le gouvernement de la grande loi interdisant le financement des religions par l’état ainsi que les décrets qui mirent définitivement fin à l’esclavage séculaire qui marquait encore les rapports de production en Afrique et en Afrique du nord.
Cette France là, la France de Jaurès et de Zola, la France de la défense de Dreyfus, qui le défendit même si lui ne le voulu pas, c’est cette France qui refuse que l’on étouffe la démocratie et la liberté de conscience, au moyen de la dictature talibane qui recrute des « volontaires » pour progressivement asservir toutes les fillettes, les jeunes filles et les femmes « musulmanes » pour ensuite, comme à Gaza et dans d’autres pays, s’étendre à toutes les femmes indistinctement.
Alain Rubin

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