Quelques voeux en attendant la fin du monde

Publié le 29 décembre 2011 - par - 2 245 vues
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C’est la vieille histoire de la bonne et de la mauvaise nouvelle. La bonne d’abord : les Belges ont arrêté une quinzaine de fêlés islamistes qui tentaient de convertir les chalands sur une place publique. La mauvaise : ils les ont relâchés le soir même « après les avoir interrogés ».

On se demande ce que les pandores ont bien pu recueillir comme renseignements de la bouche de ces crétins gravement touchés par le botulisme encroissanté. Nom, adresse, profession, détention d’armes à feu, projets terroristes, envies d’en finir avec la liberté des autres… Le formulaire est valable dans les avions, il prête d’ordinaire à sourire.

Petite leçon de civisme : « C’est bon les gars, essayez de la mettre en sourdine ». « Oui, m’sieur l’agent, sur la tête de ma mère, je recommencerai pas ». « C’est bien, allez, bonne fin d’année, et réfléchissez tout de même aux avantages de la démocratie ». « Oui, m »sieur, sûr qu’on va y penser, jour et nuit ».

On aimerait que ce fait d’apparence si anodine soit juste un gag dans un film supposé comique. C’est ces jours-ci la trêve des confiseurs, le temps, vrai celui-là, de paix, d’amour, de tolérance, de compassion, alors, on n’a pas trop envie de songer aux choses qui rendent triste. On est devant le feu, abrités de l’hiver, en famille, avec dans l’âme quelque chose de tribal, d’archaïque, avec le désir profond de voir ces instants suspendus se prolonger. On est dans la mémoire de ceux qui ne sont plus là, dans celle du pays qui nous a vu naître, au cœur d’une histoire galopant à travers les siècles et dont on sent bien qu’elle se dilue, au fil des années, dans le maelström informe que des gens infiniment plus puissants que nous cherchent à nous imposer.

Un chagrin naît de ces présences qui parasitent la fête, une angoisse, à la perspective de devoir se colleter avec elles au cours d’une année qui s’annonce cruciale. Car il ne faut pas s’y tromper : quels que soient les résultats des élections à venir, 2012 marquera notre passage définitif dans une ère nouvelle. Les cartes de la donne ont été en bonne partie distribuées, pas toutes cependant ; il reste un talon pour la pioche, bonne ou mauvaise comme les nouvelles du jour. Le jeu est encore ouvert mais il est aisé de constater que certains partenaires n’ont strictement rien à faire des trêves et autres armistices. Pendant que nous rêvons, assoupis, devant les âtres, ils continuent à s’armer, à prêcher leur croisade, à pétrir les esprits comme on gave des éponges. Les sombres connards de Bruxelles, de Copenhague, d’Oslo ou de Saint-Denis ne déposeront les armes que si on les y force.

Alors, des vœux, puisque nous sommes dans ce temps-là. Que le Dieu des « vrais croyants » sonne la fin de la récréation au bout de quelques siècles d’une terrifiante rumination intérieure,

qu’il pétrifie, d’un geste, les guignols gesticulants qui le servent si mal dès lors qu’ils prétendent l’imposer au reste de la communauté humaine,

que les assassins dévoués à son service voient enfin leurs mains rouges du sang des innocents et qu’ils en aient honte, comme on a honte, je présume, de s’être torché avec ses doigts, 

que les assassins d’un autre genre, dont le commerce enrichit des cités entières et détruit froidement tant et tant de nos enfants, rendent enfin des comptes à ceux qu’ils envoient par milliers dans l’enfer de la drogue,   

que, dans d’autres lieux où l’on intoxique, les professionnels du mensonge et de l’anathème soient renvoyés, entre deux dunes du désert d’Arabie, à leurs savantes contorsions mentales à propos de la ligne 47 du message 890-B9 rectifié C78 par décision de quelque Ubu enturbanné et s’appliquant à la femme adultère dont le cou va être tranché, à la fillette que l’on va mutiler pour toujours, au chien que l’on caillassera simplement parce qu’il est né chien, voire à la fonctionnaire de la CAF ou de l’hôpital public remerciée de son geste fraternel par un crachat en plein visage et par la menace d’un égorgement rituel en bonne et due forme,

que les complices de tous ces dingos dont je ne suis en aucune manière le frère en destinée, que les agents disséminés chez nous, par l’étranger, de plateau télé en studio de radio comme on parfume une soupe avec de la poudre d’amanite phalloïde, soient gentiment conduits, avec eux, vers les aéroports d’où ils s’envoleront tous ensemble vers les destinations de leurs rêves les plus aboutis, Iran, Qatar, Algérie, Turquie, parmi cinquante autres et sans oublier la fascinante Terre des Pharaons enfin rendue à son vrai peuple,

qu’au vu de tout cela et de bien d’autres choses encore, les gens estimés intelligents dont nous allons avoir bientôt l’immense privilège de renouveler le contrat, ouvrent enfin les yeux sur les vrais dangers guettant la multitude, laquelle, malgré les évidences, les preuves et les signaux d’alarme, continue majoritairement à penser qu’ils détiennent la vérité absolue, valable pour tout un chacun comme pour la collectivité entière,

qu’en passant, ils cessent de vendre ce qui reste de nos dépouilles à des Américains dont le souci majeur pour les décennies qui viennent semble être de nous revendre aussitôt à leurs propres bailleurs de fonds arabes, chinois et autres, dans une danse effrénée qui nous saoule, nous épuise et nous laisse avec, au petit matin des tragédies, un goût de mort dans la bouche,

et, si l’aveuglement de ces hauts responsables se pérennise au point qu’il les plonge une bonne fois pour toutes dans le parjure et la trahison, qu’une main de fer alors,  surgi des nuées amoncelées sur nos têtes, les saisisse et, les ayant broyés comme on le fait de noix, les jette dans les flammes devant quoi nos âmes d’enfants retrouvent, le temps d’une fin d’année, l’ineffable émotion de l’origine.

Alain Dubos 

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