Qui êtes-vous donc, M. Dupont-Aignan ?

Longtemps, pour un certain nombre de Français, vous avez symbolisé l’espoir. L’espoir face au rouleau compresseur de l’UMP et du PS, l’espoir face aux diktats de l’Europe de Bruxelles qui détruit consciencieusement les nations, l’espoir aussi face à une classe politique sclérosée et coupée du peuple qu’elle est censée représenter. S’il n’en restait qu’un, après la défection de votre éternel rival Philippe de Villiers, vous vouliez être celui-là. Un intrépide et vaillant mousquetaire bataillant contre la pensée unique.
Cependant, ce portrait que vous vouliez exemplaire s’est peu à peu fissuré pour montrer par petites touches un visage plus inquiétant. Les ambiguïtés n’ont pas tardé à faire une troublante apparition. Ce fut déjà votre annonce entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2007 qu’à titre personnel, vous voteriez pour M. Sarkozy, mais que vous n’appelleriez pas pour autant à voter pour lui. Une posture de contortionniste bien peu compréhensible pour vos sympathisants et certainement nombre de vos militants. Vous espériez probablement jouer sur les deux tableaux mais ce faisant, vous êtes apparu pusillanime et sans grand courage. Sans doute l’effrayante perspective de perdre votre circonscription de Yerres aura-t-elle motivé ce grand écart.

A cette hypocrisie s’ajoute un opportunisme flagrant. Votre dernière campagne d’affichage « Sortons de l’euro » le démontre amplement. Vous exploitez donc sans vergogne les thèmes à la mode, à la faveur de la crise économique et de la tragédie grecque qui lui est liée. Mais avant que la sortie de l’euro ne devienne de plus en plus crédible, on ne vous aura guère entendu sur le sujet. Vous ne vouliez sans doute pas trop vous démarquer de l’ensemble de la classe politique, nonobstant vos rodomontades. D’où également votre attitude un rien cauteleuse lors des élections européennes de 2009. Vous souhaitiez incarner la voix de la raison entre « eurobéats » et « euroronchons ». Mais cette attitude ne vous aura rien rapporté, si ce n’est faire encore un peu plus douter de vous vos fidèles partisans.
Et ces fidèles partisans, gageons que leur nombre va aller sans cesse diminuant, surtout après votre prise de position suite à l’apéro de la discorde. En effet, toujours dans un souci de jouer sur les deux tableaux, préoccupation qui vous est chère, vous avez déclaré : « Je suis hostile à l’apéro comme aux prières dans la rue. L’apéro c’est de l’huile que l’on jette sur le feu des prières sur la voie publique ». Ainsi, vous avez l’outrecuidance de renvoyer dos à dos un apéritif tout à fait inoffensif et des prières illégales dans la rue. Prières que l’on ne vous a d’ailleurs jamais entendu dénoncer avant, tout comme l’islamisation rampante de notre pays. Et là votre impeccable portrait ne se fissure plus, il se brise en mille morceaux, révélant une veulerie dont on ne voulait jusque là pas vous soupçonner. Est-ce là votre façon de faire de la politique autrement, selon votre ambition ouvertement affichée ? Ou bien vos ambitions sont-elles en réalité d’une tout autre nature, car votre siège à l’Assemblée nationale commence à épuiser tout ses charmes. Vous voudriez jouer dans la cour des grands de Matignon et être reconnu comme un des leurs.
Mais le pire dans tout ça réside sans conteste dans votre comportement de roitelet psychorigide. Vos procédés rappellent immanquablement ceux qui avaient cours dans le Parti Communiste de la grande époque, où l’on n’hésitait pas à exclure tous ceux qui avaient le malheur de dévier un tant soit peu de la droite ligne du parti ou coupables du crime de déviationnisme. La surprise est grande, tant on ne s’attendait pas à vous voir vêtu des oripeaux du camarade Staline. Mais vous êtes en fait le geai de la fable, paré des plumes du paon. Jamais avare de belles péroraisons, vous cherchez surtout à vous faire passer pour ce que vous n’êtes pas et ne serez malheureusement jamais. Comme le geai, vous venez d’être reconnu pour ce que vous êtes, perdant ainsi le peu de crédibilité qu’il vous restait. Après cela, vous ne pourrez guère prétendre représenter une alternative au système en place car ce système, vous en faites bel et bien partie.
Qui êtes vous donc, M. Dupont-Aignan ? Un imposteur qui ne peut plus faire illusion.
Marc ISULNOY

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