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Qui veut jouer à traquer les yachts et les jets des oligarques russes ?

Selon les médias, la russophobie prend de l’ampleur… jusqu’à atteindre les restaurants commercialisant de la poutine, une spécialité canadienne à base de frites et fromage… et autres stupidités du même accabit.

Mais il  existe beaucoup mieux : la traque via un ordinateur. Cela permet de jouer à la délation sans aucun danger, on peut même se prendre pour un gentil, voire un héros, façon le pitre Zelansky.
 

Depuis deux semaines, en représailles de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, plusieurs oligarques ont vu leurs bateaux saisis par les autorités européennes. Le 12 mars, l’Italie a annoncé avoir saisi un navire d’une valeur de 530 millions d’euros, appartenant au magnat du charbon Andrei Melnichenko. Le 4 mars, elle avait déjà immobilisé le yacht, de 65 millions d’euros par Alexei Mordashov, proche de Vladimir.

En France, en Allemagne, au Royaume-Uni… les saisies se multiplient.

Le Washington Post  appelle cela le “Schadenfreude en mer », le concept freudien de schadenfreude signifiant se réjouir du malheur d’autrui et il semble qu’il y ait beaucoup d’amateurs… Car, depuis l’annonce des sanctions européennes contre les oligarques russes, le trafic maritime passionne les internautes. Parmi les sites spécialisés dans la géolocalisation de navires, la plateforme MarineTraffic évoque « un niveau de taux d’intérêt jamais vu depuis qu’un énorme navire s’est coincé dans le canal de Suez, il y a un an. »

Sur Twitter, l’emballement atteint des sommets. Les comptes dédiés au sujet se multiplient, les followers guettant  au quotidien les informations sur une tentative de fuite ou une saisie. Certains ont même un rôle très actif. Ex-agent de la CIA,  Alex Finley répertorie en temps réel tous les mouvements des bateaux des oligarques sur son compte Twitter. Elle y publie  les noms des bateaux, ceux de leurs propriétaires, et leur localisation. Voir les yachts immobilisés est « une forme de justice » qui la réjouit ainsi que ses adeptes.

À 19 ans, Jack Sweeney participe également à cette chasse via son compte Twitter RussiaYachts. Il compte plus de 22 000 abonnés et partage régulièrement les emplacements des navires, ainsi qu’une liste de plusieurs superyachts. « Ils pensent qu’ils sont cachés, mais ils ne le sont pas »beaucoup  espèrent que ces saisies vont faire pression sur Vladimir Poutine. « Le yacht est un symbole particulièrement puissant – non seulement de leur pouvoir, mais aussi de notre pouvoir pour être sûrs que nous les frappons là où ça fait mal ». Juste vengeance !

Mais cette traque ne s’arrête pas aux yachts, elle poursuit aussi les jets des oligarques russes. L’opiniâtre Jack Sweeney partage en temps réel leur lieu datterrissage, en espérant vivement aider à leurs saisies. Parce que ces crétins de milliardaires se baladent encore en Europe

En attendant de les trouver, l’on peut aussi se divertir en désignant à la vindicte tous les gens portant un patronyme russe, après avoir vérifié qu’il ne s’agit pas d’un nom polonais ou ukrainien, tel Dimitri Pavlenko, journaliste sur Europe1.

Ça fait tellement de bien de faire du mal : vive le schadenfreude !

Daphné Rigobert