Quick-halal balise et consolide des ghettos culinaires

Suite à la publication d’un article sur Quick-Halal et sur le débat que j’ai eu à France 24 la semaine dernière, Mme Bergeaud-Blackler m’a fait parvenir le commentaire ci-dessous. Comme il est toujours plus intéressant de débattre avec des contradicteurs qu’avec des personnes acquises à notre point de vue, je vous donne à lire ses remarques pertinentes par certains aspects, mais -à mon avis- pas assez étayées par d’autres.
Par ailleurs, je recommande la lecture de son livre « Comprendre le halal » paru cette année chez edipro. Bruno Bernard est son co-auteur. Ils sont tous les deux spécialistes du halal-business.

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Monsieur Hilout,
J’ai hésité à vous répondre Monsieur Hilout, j’aurais préféré
le faire sur le plateau, mais j’y étais connectée par skype, je ne
voyais donc pas les images diffusées ni mes interlocuteurs. Moi qui suis
très attachée à la laïcité, je trouve désespérant la façon dont
vous la défendez. Mais puisque vous m’interpellez par email et sur
votre site sur des éléments concrets, voici quelques réponses.
Vous me dites dans votre message email que mon livre « Comprendre le
halal » vous a bien aidé à préparer cette émission, l’ « idiotie»
académique vous est donc à vous aussi bien utile. Elle le serait plus
encore si au moins vous la lisiez correctement. Vous dites que je minimise
la part des carcasses religieusement égorgées. Non seulement je ne la
minimise pas mais j’ai été la première à diffuser ces chiffres, à
analyser les raisons de l’abattage halal systématique et à dire
qu’il était contraire à l’esprit de la loi. Si vous en savez un peu
sur cette question, c’est notamment parce que je l’ai écrit, et que
les canaux « idiots » de l’Université ou du CNRS ont facilité leur
diffusion.
Pourquoi dites-vous, comme le FN d’ailleurs, que le marché halal est
contrôlé par les religieux ? Qu’en savez-vous ? Avez-vous enquêté
sur le sujet, été dans les abattoirs, examiné les comptes des
entreprises ? Qu’avez-vous vu alors ? Des religieux ? Se voient-ils à
leur barbe ? A leur facies ? A leurs comportements ? Moi je n’ai vu que
des sacrificateurs et des certificateurs employés par des entreprises
agro-alimentaire qui les choisissent à leur guise, des agences de
certification privé qui s’attribuent le qualificatif de musulman pour
rémunérer un travail dont les bénéfices vont surtout à ceux qui les
emploient. N’êtes-vous pas victime d’illusion Monsieur Hilout quand
vous voyez des religieux partout ? Ou bien avez-vous besoin de les voir,
pour les pourchasser comme les Frères Musulmans pourchassent le mal et
commande le bien ?
Non seulement je trouve navrant d’utiliser comme vous le faites une
posture religieuse pour défendre la laïcité, mais je suis assez déçue
par votre manque de rigueur s’agissant des citations des chiffres. Vous
utilisez certains chiffres que vous trouvez dans mon livre quand je cite
le rapport COPERCI, pour me les opposer. Pas de chance, j’ai participé
à la diffusion de ces chiffres que j’ai moi-même été dépouillé dans
les archives de l’OABA. C’est dire s’ils ne me gênent pas. Au fait,
en quoi ces chiffres auraient-ils créé une polémique sur le plateau?
Vous ne nous l’expliquez pas, probablement emprisonné par vos
préjugés. Vous feriez mieux de lire les idiots universitaires de
l’IREMAM et de l’EHESS qui n’ont pas tous- loin s’en faut- la
même approche de ces problèmes. Vous y apprendriez à parler avec les
autres, et vous verriez alors toute l’absurdité qu’il y a à opposer
dans un discours religieux ce qui semble pour vous être une divinité
(Marianne) contre une religion (l’islam, le judaïsme ou les autres).
Sortez de votre grotte sacré Monsieur Hilout et venez discuter sur le
fond.
Florence Bergeaud-Blackler
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Et voici ma réponse
Madame Bergeaud-Blackler,
Merci pour votre réponse critique qui nous permet d’avancer dans le débat. Peut être me suis-je mal exprimé. Je reformule la proposition sous-jacente à tout mon raisonnement pour que vous puissiez en vérifier le bien fondé ou bien l’inanité. Étant donné que :
– Notre État accorde une exemption aux musulmans (et aux juifs) pour qu’ils ne pratiquent pas l’étourdissement préalable
– Notre État désigne trois mosquées habilitées à accréditer des sacrificateurs musulmans
– Ces sacrificateurs nous disent prononcer la formule islamique « au nom d’Allah » (Bismillah) avant l’égorgement
– Les instances de certification halal, connues ou peu connues, d’ici ou d’ailleurs, se disent musulmanes,
Si donc l’ensemble des accréditeurs, des égorgeurs dûment accrédités, des certificateurs en tout genre, des contrôleurs des chaînes de transformation et des circuits de distribution, des inspecteurs chapeautant ces contrôleurs, nous disent tous qu’ils sont musulmans, d’un bout à l’autre de la chaîne halal, et qu’ils font ce travail au nom des prescriptions islamiques, je ne vois vraiment pas pour quelle raison je ne les considérerais pas comme musulmans !
Puisque vous m’interrogez en écrivant : « N’êtes-vous pas victime d’illusion Monsieur Hilout quand vous voyez des religieux partout ? », je crois pouvoir vous répondre que non. Je crois qu’il n’est pas nécessaire de faire des études, des enquêtes ou de vérifier le faciès pour trancher la question d’appartenance au culte musulman de toutes ces personnes et organisations, même si elles ne se laissent pas toutes cantonner ou affecter à des mosquées françaises.
La difficulté donc avec vos propos est que vous laissez planer un doute sur ce que vous entendez par « culte musulman » ou « les religieux ». Implicitement vous les réduisez aux mosquées ou aux organisations « reconnues ». Or vous savez très bien que ce culte est plutôt organisé en souk d’apparence chaotique, tout à fait déroutant pour ceux qui ne sont pas habitués à de ce type de marché.
De plus, je crois que vous ne pouvez pas un jour soutenir le contraire et dire que « le marché halal n’est pas contrôlé par les religieux », dans tous les sens du verbe contrôler. C’est que l’argent des différents acteurs de ce marché n’a pas d’odeur. Je dirais même que, des fois, il n’a ni foi ni loi. Le CNRS ne nous livrera jamais les outils permettant de sonder les consciences ; ni celles des personnes physiques ni celle des personnes morales (entreprises, institutions ou associations). Vous devez donc toujours vous contenter du déclaratif des uns et des autres ; à moins de procéder comme ces religieux de Nouvelle Zélande qui ont osé récuser des sacrificateurs et des contrôleurs parce qu’ils n’effectuaient pas leurs cinq prières quotidiennes et, par conséquent, les dénombrer comme « non religieux ».

Avez-vous des doutes sur ce que j’ai fourni comme lien permettant d’authentifier une indication précise : il s’agit du reportage qui explique que le surcoût dû au halal pour les salades Nurdan s’élève à 20%. Ce pourcentage vous paraît-il exagéré ? Personnellement je le pense, même si c’est le site du fabriquant lui-même qui donne à visionner ce reportage réalisé par Télé Lyon Métropole (TLM). Je crains fort que le halal n’ait bon dos pour traire la bête et faire du beur sur le dos de nos concitoyens musulmans, nouvellement embeurgeoisés.
Je reste aussi persuadé que le CNRS, cette prestigieuse institution à laquelle vous pouvez être fière d’appartenir, se nourrit d’exactitude chiffrée et d’esprit critique et non pas uniquement de propositions consensuelles, religieusement correctes parce que, justement, elles évitent de mettre les données qui fâchent sur la table. Osez donc secouer nos méninges et vous faire ouvrir les livres des comptes !
FN & Consorts
Vous rapprochez mes propos précis, argumentés et nuancés de ce que le FN aurait affirmé et que je ne connais pas, parce ce que son discours ne m’a jamais intéressé. Je trouve pernicieuse cette façon d’insinuer sans démonter un propos pourtant bien précis, donc démontable. C’est de la même façon que M. Soum a procédé. Si vous voulez savoir ce que je pense du FN et du racisme, je vous invite à lire un très court texte que j’ai écrit il y a cinq ans(1). Au sujet de la participation, sans consentement préalable, de M. Tout-le-Monde au financement du culte musulman, moi, Pascal Hilout, né Mohamed et mangeur de filet mignon, je n’ai rien dit ni écrit d’autre que 49% des ovins/caprins sont rituellement sacrifiés et estimé que cela dépassait les besoins des musulmans. Lors du débat, je n’ai nullement invoqué les pourcentages beaucoup plus élevés donnés par le rapport COPERCI. Si, par malheur, je l’avais fait, cela aurait sûrement tisonné vos foudres parce que même le pourcentage officiel de 49%, donné par un ministre de l’agriculture qui répondait à une députée, vous a conduit à établir un parallèle entre mes propos et ceux du FN.
Si vous avez des éléments concrets qui démontrent que j’avais tort d’estimer que 49% des carcasses couvrent plus que le besoin des musulmans, je ne vois pas pourquoi vous vous privez de démolir mon argumentation. Et si en plus de cela vous avez connaissance de comptes financiers, osez simplement en faire profiter vos lecteurs, auditeurs et téléspectateurs ! Vous êtes chercheuse d’une institution publique, financée par nos deniers publics et il n’est donc que justice d’exiger glasnost, transparence, éclairage de vous, en place et lieu des expressions du type « comme le FN d’ailleurs » que vous avez utilisée aussi bien lors du débat et que dans cet écrit. Vous savez très bien que cette comparaison n’est pas raison. Ce n’est pas un argument, c’est un scud politique.
Nous débattons du séparatisme et du repli sur soi, pour des raisons religieuses qui accentuent et consolident un peu plus nos ghettos sociaux dont l’origine est ma misère africaine. Il me semble que vous avez du mal à mettre les mots qui conviennent sur ce fait social parce que vous craignez d’être soupçonnée de racisme. Vous craignez les anathèmes qu’on me jette à la figure, parce que j’ai osé sortir de la grotte islamique. Vous êtes bien installée dans le confort intellectuel de la bien-pensance qui nous materne. Sachez donc qu’il nous faut sortir nos concitoyens de la couveuse à laquelle notre sociologie les a relégués. Ce n’est pas prématuré de les secouer et de leur dire leurs quatre vérités sur leurs pratiques sociales qu’ils nous présentent toujours dans un emballage religieux pour se soustraire aux révisions déchirantes qui s’imposent.
Quick et laïcité
Vous savez et je sais que le principe de laïcité est le devoir de neutralité que l’État et ses agents se doivent d’appliquer à eux-mêmes. Cela ne peut être confondu avec notre idéal du vivre-, du manger- et du boire-ensemble dont nous débattons aujourd’hui. Pour aller dans votre sens, je vous dirais même que j’avais estimé, en son temps, que c’était hypocrite d’invoquer la laïcité pour interdire le voile à l’école, alors que c’est son conditionnement sexiste qu’il nous fallait combattre ouvertement. C’est le principe d’égalité des sexes et notre désir d’émanciper nos filles, toutes nos filles, y compris et surtout musulmanes, qui primaient et qui étaient dans toutes les têtes.
Vivre-ensemble, manger-ensemble, boire-ensemble est un idéal, un devoir citoyen, que j’invoquais pour condamner, sans retenue, tous les interdits culinaires et cette distinction entre nourritures licites et illicites qu’ils impliquent. L’émancipation de tous mes concitoyens en dépend. L’idée que dans les cuisines de Quick ou dans nos cantines, la nourriture « impure » puisse contaminer la nourriture destinée aux musulmans est une idée obscène en plus d’être dangereuse. Elle est source de séparation et d’une profonde incompréhension dont le seul responsable sont les prescriptions islamiques. Toute entreprise et toute institution citoyenne se doit de résister aux injonctions de ces prescriptions islamiques. Nous ne pouvons être complices et nous devons renvoyer les musulmans à leur responsabilité et les inviter à assumer tout seuls leur propre auto-exclusion.
Je ne sais pas si vous avez vu « Le Festin de Babette », un film que je recommande. Bien manger-ensemble, en se délectant de tous les produits du terroir, savourer une bonne bouteille, sabrer le champagne ensemble…, voilà le savoir vivre que le monde entier nous envie, sauf les musulmans pratiquants. Buvons donc à votre bonne santé mentale et à la mienne car, croyez-moi, on ne sort pas indemne des affaires islamiques. On risque d’y perdre plus ou moins la raison et sa bonne foi !
Je ne comprend pas comment vous pouvez admettre et puis donner à comprendre à nos téléspectateurs que « manger halal ne relève pas que de considérations religieuses » ? Tout musulman et tout le monde sait que cela relève d’abord et avant tout, d’une considération religieuse. En tant que sociologue, vous pouvez aisément comprendre que les autres considérations sont plutôt des substances verbales apaisantes que nous autres humains, trop humains, savons secréter pour calmer notre conscience lorsqu’elle est prise en flagrante contradiction. Les musulmans, comme tout le monde, sont capables d’inventer et de vous donner à consigner des explications d’apparence honorable lorsqu’ils se rendent compte que manger haram (donc non halal) n’est nullement équivalent à « manger des cochonneries ». La preuve : leurs voisins et concitoyens, mangeurs de cochonnailles et buveurs de bonnes bouteilles, en meurent de plus en plus vieux et même trop vieux pour l’assurance vieillesse et pour la caisse des retraites ! Les musulmans que vous interrogez ne peuvent aisément s’avouer et encore moins vous avouer leur perplexité et leur sentiment de culpabilité à l’égard d’une loi islamique dont leur quotidien démontre l’absurdité.

Aujourd’hui, ici en France, je suis arrivé à la conviction que peu de personnes normalement constituées peuvent s’afficher fièrement musulmanes puisqu’elles savent que les prescriptions islamiques leur interdisent de partager la nourriture de leurs voisins et de leurs concitoyens et les obligent donc à faire semblant, à tricher ! C’est cette flagrante carence en fierté que les publicitaires ont très bien flairée et qu’ils tentent d’assouvir par vaches et par poulets interposés. Le pauvre consommateur musulman n’y voit que du feu ! Il est le pigeon et le dindon de cette farce commerciale & religieuse, fruit d’une « alliance du minaret et du marché » comme Eric Zemmour l’a très bien compris.
Avec tous mes respects
Pascal Hilout, né Mohamed
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(1) Dieudonné-Le Pen : deux bêtes de scène

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