Qu’ils retournent au Danemark

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 « …Et ils montèrent sur la terre, et ils investirent le camp des Saints… »          (L’Apocalypse).

« Il n’y a qu’une fatalité, celle des peuples qui n’ont plus assez de force pour se tenir debout et qui se couchent pour mourir… »                                                                                    (Charles De Gaulle).

« Seuls les poissons morts suivent le courant ».                                                   (Proverbe viking).

 

Il y a quelques mois je vous racontais qu’en classant des archives familiales, j’avais retrouvé une missive écrite par un aïeul, Jean-Aymard de Séconlat, petit hobereau cévenol qui a passé sa vie à parcourir le vaste monde.  Je ne puis mettre en doute l’authenticité de ses écrits mais je ne saurais trop vous dire où se situe le pays, appelé « Cellezécie », dont il décrit les travers, us et coutumes ?

Qu’il vous suffise de savoir qu’il est peuplé de « Cellezéceux », lesquels  sont divisés, comme notre ancien Soudan, en diverses ethnies qui se font la guerre entre elles, pour le plus grand bonheur de son souverain qui ne règne que grâce à ces querelles tribales.

Il se trouve que  Jean-Aymard de Séconlat, qui se passionnait aussi pour l’histoire, a laissé des notes manuscrites sur les invasions vikings qui furent nombreuses en Cellezécie entre le VIII° et le X° siècle,  et plus particulièrement à celles survenues lors du règne d’Emmanuel 1er, dit « Manu le fol ».

Je ne peux  vous dire s’il devait son surnom au fait d’être complètement folledingo ou à son goût pour les invertis – les « folles » – qui grenouillaient dans  sa Cour et son gouvernement ?

Ce monarque, qui avait accédé au Trône très jeune, vivait avec sa vieille gouvernante, dame Brigitte, née Trogneux du Touké, qui avait l’âge d’être sa mère. Mais venons-en au fait :

En l’an de disgrâce 922, un drakkar viking, parti de Roskilde au Danemark, approchait des côtes de Cellezécie. A son bord, de farouches guerriers qui, prétextant des malades et des enfants à bord, demandaient aide et assistance au pays. Dans un pays voisin, dont j’ai oublié le nom, la reine Giorgia Macaroni avait mandé à ses Gens d’Armes de bouter le drakkar hors de ses ports.

En Cellezécie, le bas peuple, habitué depuis des années aux razzias, pillages, meurtres, crimes odieux, viols, bref à la barbarie des Vikings, ne voulait pas les laisser accoster mais hélas, il n’en était point de même du monarque, de ses ministres, et de certaines ethnies.

Manu le fol et ses affidés rêvaient de remplacer les Cellezéceux de souche – connus pour être râleurs, bagarreurs, ombrageux et attachés à leur liberté – par de nouveaux arrivants. Un de ses prédécesseurs, aussi fou et aussi fourbe que lui, messire Giscard de Chamalières, avait fait voté une loi permettant le « regroupement familial », une folie qui autorisait l’envahisseur à faire venir sa famille en Cellezécie.  Dans le pays,  on acceptait déjà le Jus Solis qui faisait automatiquement d’un enfant de barbare né en Cellezécie un Cellezéceu, comme si le simple fait pour un veau de naître dans une écurie faisait de lui un étalon ou un cheval de course !

Messire Giscard de Chamalières et tous  ses successeurs avaient été beaucoup plus loin que l’empereur Caracalla qui avait octroyé, en l’an 212, la citoyenneté romaine à tout estranger vivant dans l’Empire romain. Pourtant, nul n’ignorait que c’est à la « Constitution Antonine », entre autres, qu’on devait la chute de l’Empire romain.

Or donc, Manu le fol aimait autant les Vikings que les invertis et les vieillasses. Il ne manquait jamais une occasion de promouvoir un Viking au détriment des Cellezéceux  de vieille souche.

N’avait-il pas, par exemple, nommé comme porte-parole,  la dame Sibette Ndiaf, une grosse Viking qui, tel Henri IV avec la poule au pot, voulait imposer à tous le « Kébaf »  qui, comme vous le savez sans doute, est un plat typiquement viking. Dans le même ordre d’idée (ou la même volonté de nocivité) il avait confié le ministère des escholiers au Viking Paf Ndiaf, dont le patronyme pouvait laisser croire à une parenté avec Sibette. Il n’en est rien, c’est un nom très répandu chez les Vikings.

Toujours prêt à la provocation, il avait nommé, comme marraine de la « Cellezésophonie » une plantureuse Viking du nom d’Yseult, qui n’a rien à voir avec « Yseut la Blonde » dont le chevalier Tristan tomba fou amoureux, sinon sa blancheur de teint et sa chevelure couleur paille. Cette Yseult avait pourtant proféré moult sotties et méchancetés sur la Cellezécie  avant que de quitter le pays pour s’en aller vivre outre-Quiévrain.

Il est vrai que le pays, victime depuis des décennies  d’invasions vikings – tant officielles que clandestines – du regroupement familial et du Jus Solis, comptait une importante population viking qui, bien qu’elle se comporta mal, jouissait de tous les droits, car les Cellezéceux  étaient invités à ne pas faire d’amalgame et à ne point stigmatiser leur communauté. Quiconque proférait une critique, aussi justifiée soit-elle, contre un Viking, était traduit devant les chats fourrés et finissait parfois dans un cul de basse-fosse ou à la chiourme.

Les représentants du peuple aux Etats Généraux, qu’ils se disent du parti de Manu le fol  ou ses opposants, étaient très majoritairement favorables aux Vikings. Certains Vikings de la deuxième ou troisième génération, étaient mêmes élus du peuple dans les Assemblées – haute et basse –  où ils œuvraient ouvertement et sans complexe en faveur de leur ethnie.

De plus, leur communauté refusait les lois du pays et entendait imposer la « Chariaf » qui est à la fois la religion et le code civil des Vikings. On vit, par exemple, une certaine Obonaf inviter les Cellezéceux à « manger (leurs) morts » or la Cellezécie avait coutume d’honorer ses défunts et ne pratiquait pas le cannibalisme nécrophage. Au cri de « Odin akbar ! » les Vikings réclamaient des locaux pour en faire des temples dédiés à Odin, Thor, Heimdell, Oder et quelques autres…

Aidés et encouragés par de nombreux « collabos » et conscients de la lâcheté, de la veulerie  et de la dégénérescence d’une partie du peuple cellezéceu, ils osaient toutes les provocations. Dans la ville natale du plus grand poète-écrivain cellezéceu, ils transformèrent sa statue en la coiffant d’un casque viking et en lui badigeonnant  le visage d’un blanc couleur navet. Plus rien ne les arrêtait !

Et c’est ainsi que l’approche  du drakkar donna l’occasion à un grand Viking, au teint pâlichon et à la chevelure blonde tirant sur le rouquin, un certain Olaf Bilongaf, de faire des effets  de manche à l’Assemblée, mandant expressément que l’on accueille le navire dans nos ports au nom des « droits de l’homme » et le l’humanisme « maçonik » (mot viking dont j’ignore de sens ?).

Son prêche sentimentalo-pleurnichard aurait presque fait douter l’auditoire de ses origines conquérantes et guerrières, mais il entendait  amadouer et berner ses collègues élus du peuple.

C’est alors qu’au sein de l’Assemblée on entendit la voix de messire Grégoire de Fournasse. Ce dernier était un hobereau terrien du Sud-ouest du Pays. Il y possédait un domaine viticole duquel il tirait quelques barriques d’une vinasse fort gouleyante. Messire de Fournasse se contenta d’une réflexion de simple bon sens : « Qu’il(s) retourne(nt) au Danemark ! » car on ne savait pas s’il parlait de l’esquif ou de sa cargaison de barbares, ce qui n’avait d’ailleurs aucune importance.

Mais messire Grégoire de Fournasse était l’un des représentants du parti des Cellezéceux de vieille souche ; il aimait les coutumes et traditions de son pays. Il convenait donc de l’abattre en sur jouant une colère feinte, et en poussant des cris d’orfraie ou de pucelle effarouchée.

Manu le fol et ses sbires étaient à la manœuvre : le soir même les plumitifs aux ordres du pouvoir, les libelles progressistes, les bateleurs de foire, les poissardes et autres  grandes  gueules patentées faisaient semblant de s’indigner. C’est à celui qui crierait le plus fort !

On ne savait plus quoi inventer pour punir ce nobliau accusé de xénophobie, alors même que la xénophobie (du grec xénos : l’estranger et phobos : la peur) est un sentiment  normal puisqu’il traduit la peur de l’invasion estrangère, la peur d’être chassé de chez soi, et remplacé par un autre venu d’ailleurs. Sachant que le drakkar naviguait sous pavillon de complaisance et que l’armateur était un grec du nom de Zoros, bien connu pour favoriser l’immigration, on pouvait s’inquiéter.

Certains proposèrent que messire de Fournasse soit livré au bourreau, soumis à la question simple puis double bien qu’il n’eut rien à avouer , puis à l’estrapade, aux  fers ardents, au soufre, à un bain dans l’huile fort bouillante. Puis enfin à la roue pour y être rompus de coups, et l’écartèlement par quatre solides destriers, le démembrement et pour en terminer, la décollation du chef et la mise au bûcher de son cadavre. Le tout assorti de la confiscation de tous ses biens, domaines et fiefs.

Les barbares et leurs complices se réjouissaient déjà du beau spectacle qui aurait esbaudi les gens de qualité et la populace. Hélas pour eux, il leur fallu déchanter : Grégoire de Fournasse était protégé par son immunité parlementaire et les gens qui voulaient sa peau durent se contenter d’un bannissement provisoire. Il se rendit donc dans son fief et vendit des barriques et gourdasses de son excellent vin aux Cellezéceux – forts nombreux – qui pensaient la même chose que lui.

                A la demande de Manu le fol et de son ministre des basses polices Moussa Dard-malin, le drakkar fut accueilli dans un grand port du pays. Les Vikings furent reçus et logés comme des princes dans un établissement que le  Cellezéceu moyen ne pouvait pas s’offrir. Quelques jours plus tard, ils s’étaient tous évaporés dans la nature…

Jean-Aymard de Séconlat  écrit qu’à cette lointaine époque, une majorité de délits – vols, escroqueries, crimes, viols, etc –  était le fait de Vikings, qu’ils fussent naturalisés ou clandestins.

La Cellezécie allait à vau l’eau, l’insécurité régnait partout, la crasse également ; les rats envahissaient les villes. Les ateliers, usines et industries fermaient leurs portes. On ne fabriquait plus rien. La classe ouvrière était totalement  laminée. Les petits commerçants faisaient faillite. L’inflation était galopante. Les hospitaux, hospices, et lazarets manquaient de médecins, d’infirmières, de médications. Les escholiers n’apprenaient plus à lire et à écrire ; on ne leur enseignait plus que l’eschologie et l’accueil du migrant. Les tribunaux ne punissaient que les Cellezéceux de souche et se montraient plus cléments et compréhensifs à l’égard des malfrats que de leurs victimes.

Mon aïeul en déduisait que c’est pour cela que la Cellezécie avait disparue et sa civilisation avec elle. « Ne cherchez point ce pays, écrivait-il, il n’existe plus ! ».

Et il concluait ses écrits par une belle envolée : « J’ai grande chance de vivre en France ! »

Cédric de Valfrancisque

 

 

 

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10 Commentaires

  1. Absolument magnifique…Que la langue Gauloise était (?) belle…Que Maître Cédric continu de nous ravir à plaisir…
    Jauna Le Rouge.

  2. Vous avez dû bien vous amuser à écrire cette « parabole », et je me suis bien amusé en la lisant.
    Dommage que la fin inéluctable soit triste à ce point.

      • Brel chantait il y a bien longtemps déjà « quand on n’a que l’amour… » et moi j’ai envie de chanter aujourd’hui « quand on n’a que l’humour » car c’est tout ce qui me reste à moi aussi pour ne pas sangloter d’impuissance dans mon coin comme un vieux clebs qui geint en attendant de crever… j’ai beaucoup pratiqué tout au long de mon existence cette auto-thérapie qui consiste à essayer de rire de ses malheurs ou de ses déboires en tout genre pour éviter de chialer… votre méthode constitue certainement un excellent antidote à la rumination morose… compliments !

  3. la france….« Ne cherchez point ce pays, écrivait-il, il n’existe plus ! ».

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