Rafale Marine

RAFALE MARINE

Le pilote du Rafale Marine était confiant en son avion. Il avait établi avec lui une symbiose pareille à celle d’un cavalier aimant son cheval ou un motard sa moto. Aussi n’était-on plus au temps de la guerre d’Indochine où des traîtres sabotaient les armements dans les usines et d’autres recevaient les blessés à coups de pierres. Il le savait, son avion le ramènerait jusqu’au Charles de Gaulle. En temps de guerre, les événements ne se passent que rarement tels que prévus. Il avait dû effectuer de nombreuses manœuvres de combat et d’évitement qui avaient dangereusement diminué sa réserve de kérosène, lui laissant tout juste de quoi rejoindre le porte-avions à vitesse réduite. Tandis qu’il était en procédure d’approche, il eut à peine le temps de voir un point traverser son écran radar à vitesse inhabituelle. Juste après sa radio cessa de lui transmettre la voix fraternelle et rassurante de l’officier d’appontage qui l’avait guidé jusque-là. Après quoi tout se passa très vite, tant même qu’il en faut davantage pour l’écrire ou même le lire. Descendant vers la mer, il eut soudain l’incroyable vision : à peine visible parmi d’épais tourbillons de vapeur d’eau, le Charles de Gaulle brûlait entièrement, dégageant en contraste de lentes volutes de fumées noires et abondantes. Le fidèle hélicoptère de secours Dauphin, systématiquement en vol lors des manœuvres d’avions, avait disparu. Alentour, même la mer semblait brûler et la flottille d’escorte naviguait de façon aléatoire. Alors il comprit : un missile hypersonique thermobarique* avait frappé le porte-avions. C’est alors que ses réacteurs s’arrêtèrent brusquement faute de comburant, ou peut-être aussi par défaut de carburant dont les alarmes fonctionnaient depuis longtemps. Il eut encore le réflexe d’éviter une frégate avant de mettre le cap sur un îlot rocheux brièvement aperçu et qu’il espéra rejoindre à la nage. Puis il s’éjecta aussitôt tandis que son avion commençait à tomber de façon incontrôlable, rebondissant ensuite une seule fois sur des flots agités avant de s’écraser sur la roche dure et impassible. Des éclats de métal chaud pénétrèrent douloureusement dans sa chair et il arracha son masque de pilote pour libérer un grand cri. Il inspira profondément, faisant pénétrer dans ses poumons l’air brûlant dépourvu d’oxygène qui tétanisa tout son corps. La vie le quitta alors que les vagues le jetaient sur la rive caillouteuse et inhospitalière.

Plus tard, après la guerre, on inscrivit sur un monument qu’il était « Mort pour la France », ses enfants devinrent « Pupilles de la Nation » et son épouse reçut en son nom une décoration. Dans les milieux officiels, personne ne proclama qu’il était mort dans une guerre que le simple bon sens aurait pu éviter, qu’on aurait dû ne pas se mêler d’un conflit qui ne concernait pas la France, que nous n’étions pas les gardiens d’une morale universelle, que les mondialistes étaient les responsables de tout cela et que l’OTAN devait, enfin, être dissoute ou qu’au moins la France s’en retire totalement, comme de l’UE et de tous les traités néfastes dont elle était esclave depuis longtemps. Même les gauchistes n’en dirent rien, eux qui n’aimaient pas les patriotes mais avaient été contents que nos militaires défendent le territoire. Ainsi continua la grande hypocrisie.

À moins que… des militaires se décident enfin à renverser le néfaste incapable et corrompu, comme surent le faire en leur temps les colonels Nasser en Égypte et Kadhafi en Libye. Un colonel peut donc suffire et de toute façon nos généraux restent au garde-à-vous devant le capricieux n’ayant même pas fait de service militaire.

Daniel Pollett

* Hypersonique : vitesses supérieures à Mach 5, soit 6125km/h.

Thermobarique : combinant les effets thermique, d’onde de choc et de dépression,

avec notamment pour conséquence l’élimination provisoire de l’oxygène dans la zone touchée.

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3 Commentaires

  1. Récit criant de vérité !
    Cela est tout à fait plausible. Si les gouvernements occidentaux continuent à rivaliser entre eux pour envoyer toujours plus d’armes en Ukraine, Poutine a promis une riposte foudroyante. La destruction d’un porte-avions est sous le seuil nucléaire, elle épargne le territoire national et elle offre même une gradation possible entre le PA français, les deux britanniques et les onze américains…

  2. Un missile hypersonique : c’est possible
    Des armes thermobariques MOAB, ou fuel-air explosives : c’est possible.

    Mais du fait des masses nécessaires, un missile hypersonique ne transportera pas une MOAB (Massive ordnance Air-Blast, ou de son petit nom mother of all bombs) beaucoup trop lourd !

    Un missile hypersonique n’a pas besoin de ça, son énergie cinétique d’impact doit pouvoir couler un PAN sans même contenir d’explosif chimique classique..
    En attendant, j’attends de voir une utilisation « opérationnelle » de ces armes.. si elles existent et fonctionnent.

    • Pour couler un porte-avions, 3 ou 4 torpilles suffisent, à condition qu’elles frappent où il faut… et bien sûr d’abord qu’elles parviennent jusqu’à leur objectif !

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