1

Rahaf, saoudienne, 18 ans, apostate, fugueuse n’a pas demandé l’asile à la France

Rahaf Mohammed al-Qunun avec un représentant du HCR et un officier thaïlandais, le 7 janvier 2019 à Bangkok.

https://www.ouest-france.fr/monde/thailande/la-saoudienne-arretee-en-thailande-va-devoir-patienter-avant-d-etre-fixee-sur-son-sort-6162657

Rahaf Mohammed رهف محمد

Rahaf Mohammed رهف محمد @rahaf84427714  Don’t let anyone break your wings, you’re free. fight and get your RIGHTS! Ne laissez personne briser vos ailes, restez libres, battez vous pour vos DROITS !

Je ne peux pas étudier ni travailler dans mon pays, donc je veux être libre de pouvoir étudier et travailler comme je le veux 

En vacances au Koweït avec sa famille, la Saoudienne Rahaf Mohammed al-Qunun, 18 ans  (doublement mineure aux yeux des lois saoudiennes, en tant qu’ado et femme), a fugué et atterri le 5 janvier à l’aéroport de Bangkok, en transit pour Sydney, munie d’un billet et d’un visa que lui avaient procurés ses amies exilées, l’une en Australie, l’autre en Suède. La fugue avait été préparée depuis des mois et la jeune fille était bien informée des démarches à suivre. Arrêtée par les officiers thaïlandais qui voulaient la renvoyer en Arabie saoudite à la demande de ses représentants en poste à Bangkok, lesquels avaient confisqué son passeport, bien que terrorisée, elle réclama tout de suite l’intervention du Haut comité aux réfugiés de l’ONU. Les Saoudiens ont admis qu’il eut été plus utile de confisquer son téléphone plutôt que son passeport. En effet, Rahaf s’est empressée d’envoyer des tweets aux trois amies qui l’avaient aidée dans son entreprise, lesquelles ont rapidement pris le relais pour répondre à l’avalanche de tweets qui a fait connaître l’affaire au monde entier et a momentanément sauvé Rahaf d’un sort qu’on n’ose pas imaginer. Ce samedi vers 17 h GMT, Rahaf est enfin arrivée à Toronto après que le Canada lui ait accordé le droit d’asile.

Aujourd’hui, Rahaf Mohammed al-Qunun est devenue l’héroïne et porte-parole de toutes les femmes musulmanes soumises au tutorat masculin et à la charia. Elle n’est pas la première Saoudienne à choisir la liberté et on évoque régulièrement le nom de Dina Ali Lasloom, 24 ans qui avait été renvoyée par les autorités philippines en Arabie saoudite, bien qu’elle eut fait savoir qu’elle craignait pour sa vie. On ignore ce que Dina est devenue. Une autre Saoudienne, Rana Ahmad a quitté l’Arabie saoudite pour ne pas être tuée, elle raconte son histoire dans une vidéo.https://www.aufeminin.com/b5ec0c95-263a-45c3-852b-ff10c7565924. La condition des femmes saoudiennes est particulièrement cruelle, tout comme la dictature de MBS , ce que l’aventure héroïque de Rahaf rappelle. L’acharnement du régime et de sa famille a récupérer l’adolescente (éventuellement la faire définitivement taire) est d’autant plus fort que la jeunesse saoudienne commence à donner de sérieux signes de révolte

Protégée par le HCR

Le 8 janvier, près deux jours de terreur, selon l’avocat français  François Zimeray , barricadée dans une remise du Suvarnabhumi airport, Rahaf avait  été reconnue comme réfugiée par le HCR dont un représentant a été délégué à ses côtés. L’adolescente a laissé éclater sa joie en tweetant « je suis heureuse »

Rahaf Mohammed رهف محمد@rahaf84427714

Puis reprenant le souffle de sa détermination, elle encourageait ses semblables avec sa photo rayonnante « Ne laissez personne briser vos ailes, vous êtes libres de combattre pour obtenir vos DROITS » – Don’t let anyone break your wings, you’re free. fight and get your RIGHTS!

Voir l'image sur Twitter
Espérons que la décision du HCR se généralisera à toutes les femmes – et elles uniquement – qui sont victimes de violences psychologiques et physiques dans leur pays. Il y a quelques années, des féministes demandaient que le statut de réfugiée politique soit accordé à toutes les femmes menacées ou victimes de mutilations sexuelles, mariages forcés, crimes d’honneur, privées de nourriture et d’éducation au profit des mâles, contraintes à la polygamie. Il avait été répondu que les violences sexistes n’étaient pas politiques et aujourd’hui nous assistons en France à l’attribution du statut de réfugié politique à des hommes qui maltraitent les femmes de leur pays d’origine et qui parfois profitent de leur migration pour emmener avec eux des jeunes femmes qu’ils jetteront dans la prostitution une fois que les ONG et les bienpensants les auront sauvés du naufrage. Malheureusement la loi « Asile et immigration » prévoit d’accorder le statut à toute la famille d’une fillette menacée d’excision, une manière d’alimenter la submersion migratoire en utilisant les fillettes. Christine Tasin avait fait le point en 2017 et 2018.
Rahaf avait été séquestrée 6 mois pour avoir coupé ses cheveux
Ah, quand les patriarches disent que les filles ne doivent pas être trop instruites (chez nous, pensez à Emma Bovary), le comportement « indigne « de l’ado leur donne raison. Non seulement la jeune fille a osé quitté l’Islam en faisant le geste impardonnable de se couper les cheveux, ce qui lui a valu 6 mois de séquestration par son père et ses frères, des tortures psychologiques, physiques et des menaces de mort, mais elle est suffisamment informée pour savoir que la France favorise les musulmans et les accueille chaleureusement dans son giron, quand bien même ils l’insultent, la pillent, la calomnient et sèment la terreur parmi le peuple français.
Si la jeune Rahaf a choisi de demander l’asile dans des contrées anglophones non régies par la charia parce qu’elle est anglophone elle-même, il serait raisonnable de subodorer qu’elle n’a pas choisi la France, autrefois terre des Lumières, de la Révolution et de La liberté, à cause de son islamisation galopante et qu’il n’est pas certain qu’elle y aurait été protégée. Fuir l’Arabie saoudite pour gagner la France eut été comme tomber de Charybde en Scylla.
La résistance de Rahaf devrait faire des émules
Non seulement l’héroïsme de Rahaf met du baume au cœur de toutes les femmes musulmanes prisonnières de la charia et de toutes celles qui l’ayant fuie craignent toujours qu’on attente à leur vie, mais elle encourage tous les apostats de l’Islam, femmes et hommes.

Désormais reconnue comme réfugiée, Rahaf n’est pas pour autant en sécurité comme le rappelle son avocat, « j’espère qu’elle est hors de danger, je veux le croire. Mais il faut maintenir l’intérêt sur elle car s’il n’y a pas de vigilance, elle peut subir un sort terrible comme d’autres avant elle. Elle a rejeté les valeurs de l’islam dans un pays où c’est un crime puni de mort« .

Cette fugue particulièrement médiatisée dans les pays anglophones aura également permis de rappeler le sort des Saoudiennes qui sont privées de droits réels et qui réclament en premier lieu l’abandon de la tutelle masculine.

L’ombre de l’assassinat de Jamal Kashoggi et de la dictature MBS

Photo d’un tweet d’Amnesty International en mai 2018 demandant la libération de féministes emprisonnées pour « intelligence avec l’ennemi ».

La tentative de rapt de la jeune Saoudienne a pris une dimension particulière après le meurtre en octobre du journaliste Jamal Khashoggi au consulat saoudien de Turquie. Contrairement à l’enthousiasme des médias occidentaux pour l’arrivée au pouvoir de MBS qu’ils qualifiaient de « progressiste », ces affaires révèlent aux aveugles la dictature et la cruauté du prince héritier qui, rappelons-le, a inauguré son règne en emprisonnant et/ou en supprimant la précédente équipe dirigeante. Tout en accordant le droit de conduire aux Saoudiennes, MBS maintenait en prison prés d’une vingtaine de militantes féministes qui s’étaient battues depuis des années pour les droits des femmes et, en particulier, celui de conduire. Ces prisonnières seraient torturées. D’après la journaliste égypto-américaine Mona Eltahawy, le permis de conduire accordé aux femmes par MBS ne serait que de la poudre aux yeux destinée à donner bonne conscience aux amis occidentaux de l’Arabie saoudite. Nombre sont les Saoudiennes qui rêvent de s’échapper, elles auraient été 577 en 2015 et lorsqu’elles échouent, soit elles sont emprisonnées et torturées, soit elles disparaissent. Celles qui réussissent ne sont jamais en sécurité, où qu’elles aillent. Mona Eltahawy a exprimé son inquiétude pour Rahaf dont le père est gouverneur de province et ne manque pas de pouvoir et de relations pour envoyer des séïdes à la recherche de sa fille afin de la ramener au bercail ou la faire disparaître.
En septembre dernier le « libéral » MBS faisait arrêter un homme qui déjeunait avec une femme. Cet employé égyptien expatrié avait le courage ou l’inconscience de diffuser la vidéo de ce petit-déjeuner sur Internet où elle avait eu un grand succès.
En avril, les autorités sportives saoudiennes avaient fermé un centre de fitness à Riyad en raison d’une vidéo publicitaire controversée montrant une femme en tenue de sport.
 En réalité, MBS serait un wahhabite intégriste et belliqueux (Qatar, Yémen, Syrie, Iran) soucieux de passer des contrats d’armement pour mener ses campagnes féroces et qui n’aurait de moderne que la nécessité économique d’assurer l’après-manne pétrolière. Mais, chut ! MBS est notre ami, ce qui aurait pu poser quelques problèmes diplomatiques à l’Australie qui s’apprêtait à accueillir la petite Rahaf. Cet asile aurait risqué devoir se monnayer en armes ou avantages divers. Nous n’en saurons probablement pas grand chose puisque la fugitive vient d’être acceuillie au Canada.

L’Australie était en émoi

Résultat de recherche d'images pour "Rahaf Mohammed al-Qunun"

Manifestation de soutien à Rahaf ce jeudi au centre de Sydney https://www.dailytelegraph.com.au/news/national/let-her-in-topless-protesters-rally-for-saudi-refugee-rahaf-mohammed-alqunun/video/9d40fac8435cc6037722c7c99dc610fb

Rahaf Mohammed al-Qunun n’a pas manqué de mettre sa notoriété à contribution et a demandé ( vraisemblablement sur ordre australien) à sa communauté de se mobiliser pour libérer Hakeem Alaraibi des geôles thaïlandaises où il est incarcéré à la demande du roi du Bahrein.  Hakeem Alaraibi est un joueur de foot ayant obtenu le statut de réfugié politique en Australie où il joue dans l’équipe de Melbourne. Coïncidence, la ministre des Affaires étrangères australienne, Marise Payne, se trouvait à Bangkok pour négocier la libération de Alaraibi avec les autorités thaïlandaises au moment de la fugue de Rahaf et il est plausible que cela ait décidé la jeune femme à demander asile à l’Australie plutôt qu’au Canada qui avait été évoqué en premier. Elle aurait été reçu à l’ambassade d’Australie.

Le gouvernement australien, l’opposition politique et de nombreuses Australiennes ont pris fait et cause pour Rahaf. Des militantes féministes ont manifesté sein nus en sa faveur. Le cas de Rahaf a été relayé par trois de ses amies ayant fui l’Arabie saoudite pour les mêmes raisons d’absence de liberté et de tutelle abusive d’une autorité mâle. L’une de ses amies a trouvé refuge en Australie, une autre en Suède.

Après l’annonce du départ de Rahaf pour le Canada, des australiens ont manifesté leur déception sur Internet, certains ravis tout de même de la savoir saine et sauve et d’autres furieux de son changement de destination au point de l’accuser dans The Australian, quotidien lu par les politiques et les gens d’affaires, d’avoir cyniquement fait son marché parmi les pays offrant l’asile. Pauvre gamine qui est non seulement menacée de mort mais qui est aussi insultée par celles et ceux qui ont la chance de vivre en démocratie.

Le père dans le mensonge

Arrivé rapidement en Thaïlande avec l’un de ses fils, ce gouverneur de province, père de dix enfants, a déclaré que sa fille avait fugué parce qu’elle se sentait « négligée » et qu’il souhaitait la rassurer, mais le représentant de l’ONU n’a pas permis cette rencontre rejetée par la jeune fille. Rahaf est désormais protégée par le HCR et aussi par les milliers de personnes qui, à travers le monde, soutiennent sa cause et doivent continuer à la soutenir pour lui sauver la vie.

#SaveRahaf

@rahaf84427714

Rahaf vient d’arriver au Canada ce samedi 12 janvier vers 17 h

La jeune Saoudienne Rahaf Mohammed al-Qunun est arrivée au Canada

la ministre canadienne des Affaires étrangères Chrystia Freeland a acceuilli la fugitive à son arrivée à Toronto ce samedi 12/0182019

Surprise ! Alors que depuis plusieurs jours on nous annonçait que Rahaf Mohammed allait rejoindre l’Australie mais que ses dirigeants tardaient à lui accorder un visa, nous apprenions hier soir qu’elle était en partance pour le Canada qui aurait été sa destination première. Manœuvre de diversion pour protéger la jeune fille ?

La décision du Canada [d’accorder l’asile à la jeune saoudienne]risque d’aviver les tensions entre Ryad et Ottawa. L’Arabie saoudite avait annoncé en août l’expulsion de l’ambassadeur du Canada, rappelé le sien et gelé tout nouveau commerce ou investissement avec le Canada, après la dénonciation par Ottawa de l’arrestation de militants saoudiens des droits humains, dont Samar Badaoui, soeur du blogueur emprisonné Raef Badaoui, dont la femme et les trois enfants vivent réfugiés au Québec.https://www.lepoint.fr/monde/la-jeune-saoudienne-rahaf-mohammed-al-qunun-est-arrivee-au-canada-12-01-2019-2285285_24.php

La journaliste australienne Sophie Macneill qui avait accompagné Rahaf depuis qu’elle était bloquée dans l’aéroport de Bangkok, qui avait relayé ses tweets et créé le compte #saverahaf a bien sûr déploré le changement de sa destination mais s’est réjouie de son sauvetage in extremis.

Le premier projet de Rahaf est de reprendre ses études auxquelle le père avait mis fin en vue de son mariage forcé catalyseur vraisemblable du projet de fugue au risque de périr.

Le Canada ayant connu plusieurs cas de crimes d’honneur  on peut douter de la réelle sécurité de Rahaf, aussi faut-il continuer à la suivre, la veiller et la soutenir.

 ‎@Sophiemcneill

https://twitter.com/search?q=%23SaveRahaf

Chapeau Ms Al-Qunum ! Vous êtes une héroïne et vous méritez notre soutien, notre encouragement et notre affection. Le fait que vous ayez affirmé souhaiter devenir meilleure et attiré notre attention sur le sort des saoudiennes soumises à la charia vous rend encore plus respectable.

Alice Braitberg

Pour en savoir plus

Lundi 7 janvier, la mobilisation en faveur de la défense de Rahaf est largement engagée. On sait que l’adolescente craint d’être assassinée dans son pays pour avoir refusé le tutorat masculin, la charia et un mariage arrangé« Je suis sûre à 100 % qu’ils me tueront dès ma sortie d’une prison saoudienne », a-t-elle déclaré à l’AFP« J’ai partagé mon histoire et mes photos sur les réseaux sociaux et mon père est en colère à cause de ça… Je ne peux pas étudier ni travailler dans mon pays, donc je veux être libre de pouvoir étudier et travailler comme je le veux », a-t-elle expliqué à la BBChttps://parismatch.be/actualites/societe/224203/mobilisation-pour-aider-rahaf-saoudienne-de-18-ans-a-fuir-sa-famille

Un journal australien estime que Rahaf a commis une faute en croyant que l’Arabie saoudite n’avait pas de représentation en Thaïlande https://www.news.com.au/world/asia/mistake-fleeing-saudi-teen-rahaf-mohammed-alqunun-made-at-bangkok-airport/news-story/da757fc71288d9e7a335bf13fd705b1b

La presse francophone n’a pas beaucoup relayé le drame de Rahaf alors que la presse anglophone a suivi le cas de très près, sans doute parce que la jeune femme s’exprime en anglais mais peut-être pas seulement, la France évitant de contrarier sa communauté musulmane et ses amis saoudiens. Sauf erreur de ma part, il semble que Paris-Match soit le seul magazine français à avoir évoqué le drame de Rahaf en temps réel. . Témoignage de l’avocat français de Rahaf  https://www.parismatch.com/Actu/International/Il-s-en-est-fallu-de-quelques-minutes-pour-que-le-destin-de-Rahaf-Mohammed-al-Qunun-ne-bascule-1598441

Explication du système de tutelle masculine sur les Saoudiennes avec une vidéo de la journaliste Mona Elhatawy https://www.abc.net.au/news/2019-01-10/saudi-arabias-guardianship-system-explained/10703754

http://resistancerepublicaine.eu/2018/04/04/les-parents-des-fillettes-menacees-dexcision-pourront-beneficier-du-droit-dasile/