19 mars : les raisins verts de Jérémie

19mars1962Cependant que je m’efforçais d’écrire pour ma famille quelques souvenirs d’enfance, Paris en ce mois de novembre 2015, était déchiré par une série d’attentats, faisant près de cent trente morts et plusieurs cen­taines de blessés.

On avait alors, pendant des jours, manifesté sur les lieux dévastés et martyrisés par les fusillades forcenées des  gens de Daesh.

On avait tout dit, tout écrit, tout condamné de la façon la plus absolue, la plus véhémente en s’étonnant de tant de haine aveugle et d’inutiles cruautés.

J’avais évidemment partagé l’indignation de tous à l’égard de ce ter­rorisme venu d’une religion qui, se veut « des lumières », sans pourtant y at­teindre.

Certaines parties de son livre sacré, comme par exemple la sourate Cinq recommande, exécrable barbarie, de couper la main des voleurs et des voleuses :

« Le voleur et la voleuse, à tous deux coupez la main, en puni­tion de ce qu’ils se sont acquis, et comme châtiment de la part d’Allah. Allah est Puissant et Sage. »

Certains exégètes musulmans tentent aujourd’hui d’interpréter les textes sacrés.

Ils essaient infructueusement de concilier le temporel étroit de l’époque de Médine et les conceptions plus interprétatives de notre temps.

Mais, comme l’écrit Mahmoud Hussein ( « Ce que le coran ne dit pas ») :

« Depuis plus de mille ans, les guides de la pensée musulmane imposent aux croyants ce postulat : le Coran étant la parole de Dieu, ses versets ne sont tributaires ni du temps ni de l’espace. Ils embrassent pour toujours tous les contextes possibles. »

Comment alors parvenir à convaincre la foule islamique qui, sous l’emprise stricte de ses écritures sacrées, se presse chaque année, en foule religieusement soumise, au pèlerinage de la Mecque.

La charia universellement appliquée ne la dérangerait proba­blement pas, ce qui ne signifie cependant pas pour autant que tous seraient tous des terroristes ou en passe de le devenir.
Les réformateurs islamiques utilisent dans le même temps la « taqyia » hypocrisie autorisée et pardonnée a priori permettant de tromper l’autre « …en dissimulant leur foi sous la contrainte, afin d’éviter tout préjudice et réaction hostiles d’un milieu extérieur défavorable. »

Ainsi la fin justifie-t-elle les moyens sans que ne soient préalablement définies, et c’est là le plus fondalement grave, les limites mises à ces derniers.

La compassion du monde pour tous ceux qui avaient été atteints directement ou non par ces malheurs avait été générale.

En France, pourtant les banlieues s’étaient comme repliées sur elles-mêmes, des refus de condamner s’étaient fait entendre.

Les responsables musulmans, ne s’étaient que timidement montrés comme gênés par cette espèce d’incongruité qu’il y aurait eu à condamner ce qui venait de leur religion.

Dans ce même temps où je me désolais et m’indignais à la fois, ressurgissaient de ma mémoire d’autres souvenirs.

Je veux parler de ce qui s’était passé « là-bas » entre 1954 et 1962, durant huit longues années.

Cela avait commencé par l’assassinat de deux instituteurs arrivés de métropole pour enseigner aux enfants indigènes du bled l’élémen­taire savoir de base.

On s’en était aussi pris ce triste jour à un notable indigène (j’écris cela comme j’aurais écrit notable breton ou provençal), qui ayant fait barrière de son corps pour protéger les deux instituteurs y laissa la vie.

Ce ne furent alors, durant de nombreux mois qu’inutiles et barbares exactions.

On massacra de modestes fermiers et leur famille.

On assassina odieusement des enfants encore dans les premières années de leur vie innocente.

On éventra de même des femmes enceintes et on arracha de leur ventre ensanglanté et ouvert au couteau du pubis à la gorge, l’enfant mort avant même d’avoir vécu, pour le disloquer en le jetant contre un mur le tout aux cris d’Allah Akbar !

Dans un bal populaire une bombe fit, un bel après-midi d’été plusieurs morts et une centaine de blessés dont beau­coup restèrent infirmes à vie.

Une autre bombe abandonnée à la terrasse d’une cafétaria très fréquentée mutila à vie plusieurs dizaines de personnes dont des enfants de quatre ou cinq ans que l’on dut amputer de deux ou trois de leurs membres.

On incendia comme on essaie de le faire aujourd’hui en France des égli­ses catholiques devenues re­pères de mécréants.

L’imagination terroriste du FLN et de ses complices civils les amena encore à poser d’autres bombes sous les tribunes de stades de football avec les effets que l’on sait.

Dans le même temps, on assassinait au poignard ça et là, comme on le fait aujourd’hui quotidiennement en Israël et aussi dans l’Hexagone.

De l’aveu même du gaulliste Louis Joxe les victimes du FLN s’élevèrent à deux mille sept cent quatre vingt huit morts et sept mille cinq cent quarante blessés ainsi qu’à des centaines de disparus, tous européens.

Il y eut encore  bien plus de victimes indigènes qui réfractaires à la révolte furent martyrisées à mort par le FLN.

Connaissant la roublardise et la malhonnêteté du ministre en question tous ces chiffres sont probablement à majorer pour atteindre une statistique sérieuse.

Le jour de la proclamation de l’indépen­dance algérienne on dénombra au surplus, pour la seule ville d’Oran, plus de sept cent morts européens par exécutions sommaires, lynchages, actes de torture, pendaisons à des crocs de boucher.

 » L’armée française présente sur place assista à la scène sans in­tervenir, de Gaulle ne voulant pas recommencer une guerre.  » indique Wikipédia.

On était pourtant bien loin ( l’on me pardonnera cette comparaison ) des « modestes » cent trente morts et des trois cent cinquante blessés des lieux de mort dénombrés lors des attentats de novembre 2015.

Et pendant tout ce temps là que pensait, que disait, que faisait la Métropole française ?

Douillettement installée dans un confort qu’elle devait penser éternel la majorité hexagonale s’était montrée indifférente voire hostile à ces richissimes « colons », dont les  souffrances venaient troubler – quelle au­dace ! – leur quiétude bourgeoise.

L’exode de plus d’un million de personnes, de plusieurs milliers de harkis et ce qu’il produisit par la suite remit, au prix de bien des incompréhensions, des déchirements, de bien des efforts, les choses à leur juste place.

Quant aux indépendantistes et au vulgum pecus qui les avait suivi sans y comprendre grand chose, affrontés à la réalité de leur indépendance puis devenus amnésiques, ils ne tardèrent pas à déserter en masse leur patrie nouvelle pour venir envahir, le mot n’est pas trop fort, le pays de l’ancien oppresseur colonial.

Les quelques Métropolitains qui éprouvaient de la sympathie pour ceux que l’on appellera plus tard des « rapatriés » et que l’on avait, par calcul sournois, affublé du ridicule sobriquet de « pieds noirs », se taisaient la plupart du temps, comme hon­teux de ne pas être du côté de la majorité que de Gaulle avait un jour  qualifiée de peuple de veaux.

À côté de ce troupeau vitulin s’agitait un monde trouble et prétentieux d’activistes de gauche.

Communistes hé­ritiers en droite ligne de Staline, immanquablement alliés comme par vocation au FLN, souvent poseurs de bombes ou déserteurs au profit des rebelles algériens.

D’autres encore, prêtres plus ou moins ouvriers de la Mission de France s’étaient fourvoyés, par une espèce de paradoxale bondieuserie catho-marxiste, dans des chemins haineux vers lesquels leur Seigneur ne les aurait certainement pas conduits.

Ainsi cet abbé Davezies, dont il paraît utile de rapporter ici un des chefs d’œuvre d’hypocrisie :

« Je n’avais pas à savoir qui ils étaient, où ils allaient ni d’où ils venaient. Je n’avais pas du moins à le leur demander. Je voulais que ce peuple soit libre, j’avais à mettre ma conduite en conformité avec mes idées. Que de jeunes algériens dont j’ai été le passeur aient tiré sur Soustelle, cela ne me concerne pas. Je ne suis pas algérien, je ne participe pas aux décisions politi­ques et militaires des Algériens, je suis Français  » ( Les porteurs de valises ).

Étrange casuistique qui fait écrire au curé en question « tirer sur Soustelle » au lieu « d’assassiner Soustelle », car là était bel et bien le but de ses complices !

Davezies, hypocrisie au bout de la pensée, faisait naïvement semblant de croire qu’il en était encore au jeu du tir aux pigeons de son enfance.

Tous salirent ainsi leur propre nom, leur soutane et la croix qu’ils ne por­taient d’ailleurs plus à leur cou non plus que dans leur cœur.

Ceux du réseau Jeanson, mêlé à la valetaille communiste, ses « intellectuels » auto déclarés, bobos avant la lettre, nous firent bien du mal, agissant perfidement dans l’ombre.

L’église protestante qui penchait et penche toujours aujour­d’hui plutôt à senestre, mêla la voix triste et les actions de ses pasteurs au concert de ceux qui prétendant aimer la France détruisent peu à peu en se réclamant d’elle.

Afin de liquider le problème par capitulation et atteindre ainsi à une tranquillité plus que largement teintée d’égoïsme et de lâcheté  le reste de la population française, c’est-à-dire sa grande majorité à quelques exceptions près, cerveau lavé par une propa­gande sournoise et intense, le plus souvent mensongère, n’était pas loin sinon d’approuver du moins de croire, imbécile  prétention, qu’il comprenait la révolte algérienne.

Cette hostilité de la Métropole à l’égard de l’Algérie, pourtant Française, était manifeste dans presque tout l’hexagone et dans les discours que l’on y tenait.

Elle était très bruyamment exprimée à gauche par les bandes cégétistes, les maigres et présomptueuses troupes du PSU et la procession politisée de certaines églises dites progressistes.

Triste cohorte en perpétuel prurit politique.

Le référendum du 8 avril 1962 sur l’indépendance de l’Algérie prouva plus que largement, avec plus de 90% de oui, cet état d’esprit commodément oublieux de l’époque de sa libération.

Et voilà qu’aujourd’hui, cette France réduite ou à peu près au fa­meux hexagone connaît, par la résurgence d’un terrorisme réputé islamique les mêmes souffrances que celles des  Français d’Algérie qu’elle avait délibérément abandonnés.

Quel triste et douloureux retour de boomerang !

Certains qui trouvaient qu’en Algérie le terrorisme du FLN et les exactions qu’il produisait était justifié, et que, partant, il devait être aidé sans se poser trop de questions ont-ils peut-être ou leurs enfants ou leurs petits enfants ou d’autres êtres encore qui leur étaient chers, été atteints, en cette terrible soirée d’un automne parisien, par un terro­risme  arrivé du passé.

De même que dans la religion musulmane la shahada, acte de foi, postule sans la moindre concession, sous peine d’apostasie, qu’il n’y a qu’un seul Dieu, de même n’existe-t-il qu’un seul et unique terrorisme, fait de haine et de lâcheté.

Arrive donc aujourd’hui, après cin­quante années, pas si inopinément que cela ce que le prophète Jérémie postulait dans une métaphore célèbre :

« Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées…chacun mourra pour sa propre iniquité. »

 Peut-être alors la plupart des Français, d’aujourd’hui comme ceux qui les ont précédés dans ces terribles années de feu et de sang, comprendront-ils alors vraiment ce que déclarait Albert Camus lors de la remise de son prix Nobel de littérature en 1957

« J’ai toujours condamné la terreur, je dois aussi condamner un terrorisme qui s’exerce aveuglement dans les rues d’Alger et qui peut un jour frapper ma mère ou ma famille. Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice  »

Silène

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5 Commentaires

  1. Un article très émouvant Silène !
    Tout cela semble avoir été vécu … comme je l’ai vécu aussi !

  2. Les français ne les connaissent pas encore bien mais apprendrons à leur dépend la vrai nature de ces rats!

  3. Silène fait bien de citer Camus à la fin de son article. Quel malheur qu’il soit mort trop tôt ! Il en aurait pu encore en moucher plus d’un ! On manque terriblement de Camus de nos jours !

  4. Quel bel article Silène, magnifique rappel historique d’une époque pas si lointaine. Les revanchards sont là, ils attendaient dans l’ombre. Vous avez entièrement raison, quel triste et douloureux retour de boomerang!
    Nous avons mangé notre pain blanc, il va nous falloir apprendre à digérer l’autre, et nous, nous ne sommes pas prêts, nous avons cinquante ans de lâcheté et de compromission!

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