Ramadan à la mairie : Chère Anne Hidalgo, est-on bien en République française ?

Publié le 9 juillet 2014 - par - 3 978 vues

Madame la Maire de Paris                                                      Paris 8 juillet 2014

Place de l’Hôtel de Ville, Mairie de Paris

Objet : Nuit du Ramadan

Chère Anne Hidalgo,

J’ai été longtemps compagne de lutte de votre formation. Féministe et femme de gauche, je vous ai soutenue dans  vos combats passés. Mais je me pose comme beaucoup de nos concitoyens, de graves  questions. Vous allez le 9 juillet ouvrir comme chaque année, les portes de la Mairie de notre capitale  à cette nuit du Ramadan qui célèbre une coutume religieuse.  Une Mairie, symbole de la république, est-elle le lieu d’une fête religieuse ?  Cette « célébration »  nous coûte à nous contribuables parisiens 70 000 euros. La Mairie est la maison du peuple laïque, elle ne saurait accueillir des manifestations de type confessionnel. Dans le même esprit , la municipalité  a attribué 1,3 de subvention à l’ICI, Institut des cultures islam.  Est-on bien en République française ? Par quel dévoiement de la laïcité, chèrement conquise au terme de siècles de guerres de  religion,  en est on arrivé là ?  La laïcité n’est pas un gadget  à tiroir, qu’on ouvre à la demande. C’est une grande et belle idée qui symbolise le progrès de notre espèce sur les obscurantismes.  Elle forme avec l’égalité et la liberté le triptyque indissociable de l’idéal républicain. Il est incompatible avec l’esprit des religions, fondé sur la foi immobile.

Au nom de toutes ces femmes et hommes qui n’ont pas accès à une parole censurée de fait, je vous dis mon inquiétude et mon désarroi. Je n’ai pas combattu pour le droit des femmes pendant plus de quarante ans pour voir reconnue et célébrée une idéologie, plus encore qu’une religion, l’islam, qui pratique la ségrégation de tout un sexe. Je ne me suis pas battue pour le respect de l’égalité et la justice, pour qu’on m’enjoigne de respecter une religion, fondée  plus que les autres sur  l’intolérance et l’esprit de domination. Le respect ne se décrète pas, il se mérite. Je ne saurai respecter ce que m’enjoint la foi, c’est la raison qui guide ma reconnaissance.

Quand donc la gauche que vous représentez sortira-t-elle de son aveuglement ? Celui-ci nous vaut l’avancée inexorable du FN et la montée de l’exaspération pour le moment, silencieuse, de tout un peuple qui se sent relégué et ignoré par vous ? Préférer les autres aux siens conduit à la violence des uns contre les autres. Madame, je suis comme vous, fille d’immigrés, mais je me sens appartenir pleinement à cette France qui a accueilli mes parents et m’a permis d’échapper à un sort peu enviable dans mon pays d’origine, la Russie, comme dans ceux où j’ai passé mon enfance, Maroc et Afrique noire.

Madame la Maire, à défaut de  vous avoir convaincue, j’espère vous avoir touchée.

Anne  Zelensky, présidente de la Ligue du Droit des femmes.

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