Recettes pour l'élimination du peuple juif, par Alexandre Feigenbaum, Bernice Dubois et Kebir Jbil

Nous avons interviewé deux des trois auteurs de ce livre.
Riposte Laïque : Vous venez de publier un livre au titre choc, « Recettes pour l’élimination du peuple juif ». Avant d’aborder cet ouvrage, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de Riposte Laïque ?
Alexandre Feigenbaum : Ce livre est le fruit de nos expériences militantes pour les droits humains, notre découverte de nouvelles formes de racisme aujourd’hui en France. De nouvelles recettes anti-juives, mais avec de vieux ingrédients.
Aujourd’hui, en France, on peut être négationniste sans nier la shoah. Maintenant on peut la récupérer et la retourner contre les victimes de l’époque, c’est à dire les Juifs.
Bernice Dubois : Pour ma présentation, je suis une féministe et une militante de la laïcité.
Riposte Laïque : Quel est le principal message que vous avez voulu faire passer ?
Alexandre Feigenbaum : Le message du livre ? En ce qui me concerne, je dirais que, pour des raisons idéologiques, l’extrême gauche dénonce Israël. Mais l’Israël dénoncé n’est pas réel, il est forgé à partir de mythes antijuifs qui ont tristement fait leurs preuves au 20ème siècle.
Certains penseurs de gauche ont exprimé clairement l’idée que l’antiracisme est incompatible avec la théorie de la lutte de classes. Le problème est que les Juifs, les anti-racistes, les racistes, tous appartiennent de la même manière à toutes les classes sociales. On ne lutte pas contre le racisme classe contre classe. D’où l’idée que l’antiracisme dévie la classe ouvrière de sa vraie mission, qui doit rester la lutte de classes.
Pour sauvegarder le concept de « lutte des classes », l’extrême gauche invente un ennemi mythique, le « sionisme ». C’est très pratique : l’antiracisme n’a plus lieu d’être, puisque cette théorie dite « antisioniste » présente les Juifs et les Israéliens comme des racistes.
Arrivent les islamistes, avec le prestige du 11 septembre, un grand coup frappé au coeur du capitalisme. Eux, ont un autre décor idéologique : ils se rejouent en boucle la vie de Mahomet. Ils exhibent les sourates anti-juives écrites au 7ème siècle. A l’époque il d’agissait de justifier le génocide par Mahomet de tribus arabes juives. Ces sourates racontent que les Juifs sont méchants, fourbes et oppresseurs. S’appuyant sur ces textes « sacrés », les islamistes dénoncent un mythe, celui d’un Israël qui cherche des gosses à la sortie de l’école pour les tuer ou leur infliger de la violence, qui tue des Musulmans sans raison ou par pur sadisme. Le « sionisme » de tous ces antisionistes n’a rien à voir avec la réalité. C’est un mythe, et la réalité n’a pas prise sur lui. Comment voulez-vous expliquer à quelqu’un que le mythe qui structure sa pensée est faux ?
Les Arabes deviennent les nouvelles victimes de la shoah. Plus besoin de défendre les Juifs, ils sont devenus méchants. En quelque sorte, la lutte des classes est sauvée par le discours anti-israélien des islamistes ! D’où cette obsession pour les évènements du Proche-Orient. Mais ce discours est porteur pour la gauche de convergences dangereuses avec l’extrême droite, qu’elle soit FN ou islamiste.
Riposte Laïque : Que répondez-vous à ceux qui, en France notamment, dans les milieux de gauche et d’extrême gauche, affirment que c’est la politique de colonisation israélienne qui renforce l’antisémitisme ?
Bernice Dubois : C’est mettre la charrue devant les bœufs : l’extermination des Juifs de Hebron, par exemple, a eu lieu en 1929. Il n’y avait pas de “colonisation israélienne”, ni d’ailleurs d’Israël.
Donc de quoi parle-t-on ?
Par ailleurs, il n’y a de loin pas que la gauche qui dit des choses comme cela. Le Pen dit la même chose et bien d’autres.
Riposte Laïque : Certains reprochent aux milieux juifs, et notamment le Crif, sa trop grande prudence, voire molesse, devant l’ampleur de l’offensive islamiste, en France. Partagez-vous ce jugement ?
Bernice Dubois : Le CRIF, et les autres, ne me concerne en rien. L’offensive islamiste en France, en Europe, dans le monde, concerne les Etats dans lesquels cela a lieu, et non les Juifs plus que les autres.
Ces deux derniers sujets sont de faux problèmes.
Alexandre Feigenbaum : Ce n’est pas vraiment notre problème. Mais dans le livre, nous relevons des citations de Français juifs et anti-israéliens, souvent des militants de droits humains, qui suggèrent une culpabilité d’avoir survécu au génocide.
Cette culpabilité tétanise peut-être aussi les institutions juives et empêche des leaders communautaires d’avoir des réactions appropriées à l’antijudaïsme nouveau. On retrouve le même syndrome chez d’autres peuples victimes de persécutions massives, comme les Arméniens, les Tutsis, les Berbères…
Propos recueillis par Jeanne Bourdillon

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