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Référendum J-11 : faut-il voter oui pour ne pas humilier les Kanaks ?

A 20 heures, après le journal de Calédonie 1ère, les clips de campagne pour le référendum lancent la soirée. Si ceux des loyalistes sont maîtrisés, agréables à regarder, vivants, ceux des indépendantistes sont minables à pleurer. Des mecs raides, en uniformes qui semblent avoir été prêtés par la Corée du Nord. MM. Wong, Xowie et Sawa jouent la comédie d’une interview mal écrite et si mal récitée que le téléspectateur ressent une certaine honte à regarder la prestation du trio.

Mais son calvaire n’est pas terminé. Dans le second clip des nationalistes kanaks, un barbu en chemise océanienne ânonne un texte plus plat qu’une plaine d’Ukraine.

Avec une telle efficacité télévisuelle, les 30 % attribués par les sondages aux indépendantistes risquent de fondre comme neige au soleil nouméen.

Cet amateurisme de la part de militants kanaks qui sont dans la politique depuis des décennies, surprend. Il y a trente ans, ils faisaient exactement les mêmes clips. En les regardant, j’ai eu l’impression de voir un scopitone qui avait très mal vieilli.

Ce naufrage médiatique explique peut-être pourquoi des intellectuels proches de Kanaky émettent de longs sanglots sur les réseaux sociaux, dans les studios de radio et sur les plateaux de télévision.

Entendre Louis-José Barbançon, un historien plus ou moins écrivain (ou le contraire) et Mathias Chauchat, un enseignant de l’université locale, annoncer qu’une trop large victoire des anti-indépendantistes serait une provocation, une agression, des coups de pied dans la tête de l’adversaire à terre, provoque quelques mouvements de mauvaise humeur chez certains loyalistes.

Mathias Chauchat

Pour MM. Barbançon et Chauchat, une trop importante défaite de Kanaky serait une humiliation, un incubateur d’amertume, un double deuil impossible (celui du pays kanak et celui de l’indépendance, selon Mathias Chauchat).

 Louis-José Barbançon

Il ne leur vient pas à l’idée que ce serait surtout une victoire de la raison, du rejet par de nombreux Mélanésiens du système archaïque de la Coutume dans laquelle, depuis des décennies, les enferment leurs dirigeants avec la complicité du gouvernement français.

Beaucoup de Mélanésiens ne veulent plus être des sous-citoyens régis par des “lois” moyenâgeuses. Ils veulent pouvoir voyager avec un vrai passeport, faire des études ailleurs que dans une île qui comme toutes les îles procure parfois un sentiment d’enfermement.

Les beaux parleurs blancs qui soutiennent Kanaky aimeraient que le score des indépendantistes soit plus important que celui prévu. Pour eux, ce serait de la part des loyalistes une forme d’ouverture d’esprit.

Côté ouverture, ceux qui veulent demeurer dans la France pensent qu’ils ont suffisamment donné avec l’acceptation d’un corps électoral gelé (30 000 citoyens français à la porte du référendum), avec une sur-représentation des indépendantistes dans les institutions, avec la recherche permanente d’un consensus qui aboutit chaque fois à céder aux exigences des partisans de Kanaky.

Et ils se souviennent de la forme d’ouverture que prônait le héros des Kanakistes, Eloi Machoro, lors des élections du 18 novembre 1984 : l’ouverture à la hache.

MM. Barbançon et Chauchat souhaitent que, le dimanche 4 novembre, les Calédoniens fassent autre chose que d’aller voter. Mais le transport des armes est interdit, donc pas de coup de chasse, la vente d’alcool aussi, donc pas de coup de fête. Peut-être un coup de pêche ?

Ou alors rêvent-ils qu’une partie de ceux qui veulent voter NON à l’indépendance glissent un bulletin OUI pour faire plaisir à Daniel Goa, Rock Wamytan, Paul Néoutyne, pour qu’ils ne sentent pas trop humiliés ?

Ils n’ont rien à craindre. Les politiciens loyalistes demandent à leurs électeurs de saluer sobrement la victoire de la France le 4 au soir, pas de drapeaux dans les rues, pas de Marseillaise.

Si, par malheur, le vote Kanaky l’emportait, on ne peut douter une seconde que ce serait la même chose: respect total des vaincus, pas de hurlements triomphants, pas de mépris des vaincus. Pas de pillages. Pas d’incendies. Seulement la paix, l’amour, la tolérance du vivre-ensemble que les politicards locaux appellent le “destin commun”.

Comme à Thio en 1984-1985 ?

Marcus Graven