Réflexion de 2020 sur l’étrange défaite de 1940, de Marc Bloch

Publié le 25 août 2020 - par - 11 commentaires - 1 203 vues
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Ma lecture récente de « l’étrange défaite » ouvrage rédigé par Marc Bloch, historien tombé sous les balles de l’ennemi le 16 juin 1944 au cri de « vive la France », pour apporter son témoignage des causes de la défaite de la France, est d’une actualité telle que je me sens contraint de partager ma lecture avec vous et annoncer notre future capitulation qui est pourtant déjà écrite dans cet ouvrage et qui permet d’affirmer que nos gouvernements ne savent pas tirer les leçons de notre histoire.

Après avoir rappelé que « je suis juif, sinon par religion, que je ne pratique point, non plus que nulle autre, du moins par la naissance. Je n’en tire ni orgueil ni honte, étant, je l’espère, assez bon historien pour n’ignorer point que les prédispositions raciales sont un mythe et la notion même de race pure est une absurdité particulièrement flagrante, lorsqu’elle prétend s’appliquer, comme ici, à ce qui fut en réalité un groupe de croyants, recrutés jadis dans tout le monde méditerranéen, turco-khazar et slave. Je ne revendique jamais mon origine que dans un cas : en face d’un antisémite. »

Il précise en liminaire, « que la France, dont certains conspireraient volontiers à m’expulser aujourd’hui et, peut-être (qui sait ?) y réussiront, demeurera, quoi qu’il arrive, la patrie dont je ne saurai déraciner mon cœur. J’y suis né, j’ai bu aux sources de sa culture, j’ai fait mien son passé, je ne respire bien que sous son ciel, et je me suis efforcé, à mon tour, de la défendre de mon mieux. »

Puis l’historien aborde, sous forme d’un examen de conscience d’un Français, « contraint, parlant de mon pays, de ne pas en parler en bien ; il est dur de devoir découvrir les faiblesses d’une mère douloureuse ».

« Je n’ai pas, je crois, l’âme inaccessible à la pitié… je ne m’habituerai jamais : celui de la terreur sur des visages d’enfants fuyant la chute des bombes… Il y a longtemps qu’Hérodote l’a dit : la grande impiété de la guerre, c’est que les pères mettent les fils au tombeau… »
C’est ainsi que «  on s’estima sage de tout accepter plutôt que de subir… Singulière sagesse, qui ne se demandait point s’il peut être, pour une civilisation comme pour une économie, pire catastrophe que de se laisser convaincre par une nation de proie ! »

« il faut avoir le courage de le dire. Cette faiblesse collective n’a peut-être été, souvent, que la somme de beaucoup de faiblesses individuelles. »

« j’ai trop vu la guerre, enfin, pour ignorer qu’elle est une chose à la fois horrible et stupide » Mais, « c’est un pauvre cœur que celui auquel il est interdit de renfermer plus d’une tendresse ».

« Comme la parole qu’ils prêchaient était un évangile d’apparente commodité, leur sermons trouvaient un facile écho dans les instincts paresseusement égoïstes qui, à côté de virtualités plus noble, dorment au fond de tout cœur humain. Ces enthousiastes, dont beaucoup n’étaient pas personnellement sans courage, travaillaient, inconsciemment à faire des lâches ».

« le plus singulier était , sans doute, que ces intransigeants amoureux du genre humain ne s’étonnaient pas de se rencontrer, sur les routes de la capitulation, avec les ennemis-nés de leur classe et de leurs idéaux ».

« ils y avaient perdu le sens des valeurs nationales et ne devaient plus jamais les retrouver ».

« le plus grave était que la presse dite de pure information, que beaucoup de feuilles même, parmi celles qui affectaient obéir uniquement à des consignes d’ordre politique, servaient en fait, des intérêts cachés, souvent sordides, et parfois, dans leur source, étrangers à notre pays. Sans doute, le bon sens populaire avait sa revanche. Il la prenait sous la forme d’une méfiance croissante envers toute propagande, par l’écrit ou par la radio ».

« Mais le fait est là : et nous pouvons maintenant en mesurer les résultats. Mal instruits des ressources infinies d’un peuple resté beaucoup plus sain que des leçons empoisonnées ne les avaient inclinés à le croire, incapables, par dédain comme par routine, d’en appeler à temps à ses réserves profondes, nos chefs ne se sont pas seulement laissé battre. Ils ont estimé très tôt naturel d’être battu ».

Voilà en substance, ce que nous enseigne ce témoignage précieux d’un patriote qui doit servir d’exemple et de leçon à nos contemporains qui doivent réagir à l’oppression et je conclurai par cette déclaration émouvante « je souhaite, en tout cas, que nous ayons du sang à verser : même si cela doit être celui d’êtres qui me sont chers (je ne parle pas du mien, auquel je n’attache pas autant de prix). Car il n’est pas de salut sans une part de sacrifice ; ni de liberté nationale qui puisse être pleine, si on n’a travaillé à la conquérir soi-même ».

Bonne lecture et que vive la France !

Guy Sebag

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