Réflexions après une deuxième lecture de votre livre "Les dessous du voile"

« La laïcité n’est pas négociable. »
Jacques Chirac, 21 octobre 2003

Chers amis de Riposte Laïque,
On doit toujours lire plusieurs fois les bons ouvrages et c’est ainsi que j’ai relu « Les dessous du voile ». La seconde lecture permet généralement de mieux percevoir les lignes directrices et la structure de l’ouvrage, de mieux en comprendre l’argumentation, de mieux en apprécier les richesses cachées. Dans le cas des « Dessous du voile », elle permet aussi, malheureusement, de mieux en ressentir le pessimisme profond ; car, à l’exception de la première partie (Le voile à l’école), qui se termine de façon relativement heureuse avec la loi de 2004, la suite n’est que l’interminable inventaire des métastases toujours plus proliférantes de ce cancer qu’est l’« offensive islamique contre la République laïque ».
Ce qui ressort de la première partie, c’est que ce sont les acteurs de terrain, professeurs et chefs d’établissements directement confrontés à l’offensive du voile à l’école, qui, par leur courage, leur pugnacité, leur clairvoyance, ont fini par enrayer cette offensive jusqu’à la faire bloquer par la loi de 2004 tandis que leur hiérarchie et leurs syndicats faisaient preuve d’une incommensurable veulerie en les abandonnant à leur sort ou, pire, en les combattant. Que la loi ait finalement été promulguée sous un Président de droite montre aussi clairement qu’il n’y avait — et qu’il n’y a toujours — rien à attendre de la gauche. Cerise sur le gâteau, on apprécie également à sa juste valeur l’arrêt de la CEDH de Strasbourg du 4 décembre 2008 tant il est rare que l’Europe défende notre laïcité !
Mais la suite est moins heureuse :
• La deuxième partie (La situation en France et en Grande-Bretagne) dresse un état inquiétant de quelques lieux.
Brigitte Bré Bayle tient la chronique d’une ville ordinaire, Marseille, traditionnellement ouverte, multiculturelle et chaleureuse, mais de plus en plus envahie par la marée noire de l’obscurantisme, des voiles, des burqas, des barbus et des prêcheurs intégristes, bien aidée en cela par une gauche locale lobotomisée. Le « Marseillistan » capitale européenne de la culture en 2013, ça va décoiffer !
Pierre Cassen rappelle l’affaire Fanny Truchelut qui s’est terminée, malgré le soutien trop isolé de RL, par la révoltante condamnation de Fanny en appel et la défaite des laïques et des féministes — dont certaines organisations portent la responsabilité.
Rosa Valentini décrit une Grande-Bretagne apocalyptique, qu’on essaie pourtant depuis longtemps d’imposer à nous autres, franchouillards indécrottablement ringards, comme modèle idéal du multiculturaliste anglo-saxon, mais devenue un quasi État islamique depuis que son gouvernement a décidé de tout accepter, de tout tolérer, de laisser faire jusqu’au délire, de refuser obstinément de regarder la réalité en face, ce qui n’a en rien empêché les attentats commis sur son sol par des terroristes nés, élevés, éduqués, instruits en Grande-Bretagne. À l’évidence, le multiculturalisme n’est pas la solution mais le problème. Que ce pays soit aussi le berceau du capitalisme ultra-libéral et celui qui subit le plus durement les conséquences de sa crise (et du coup, on nous le vante beaucoup moins comme modèle à imiter) n’est évidemment pas une coïncidence. Si la Grande-Bretagne préfigure notre avenir, il est urgent que nous commencions à stocker les kalachnikovs (d’ailleurs ça se fait déjà dans le 9-3).
• La troisième partie (Origines, causes et responsables de la situation actuelle) est le douloureux rappels de nos erreurs passées.
Gabrielle Desarbres fait l’historique de ces 20 dernières années de capitulations successives qui nous ont mené du voile au hidjab, en France mais aussi en Europe et dans le monde, à la lumière des intérêts géostratégiques des grandes puissances. J’espère que la dernière ligne : « Cette voie [de l’aide économique et sociale] est la seule, l’unique, qui puisse éviter un embrasement généralisé du monde », n’est pas prophétique.
Robert Albarèdes démolit méticuleusement la doxa de l’immigration « richesse pour la France » et autres sornettes du même acabit (« Les étrangers sont une chance ! », proclamait l’ex-mao Alain Badiou (1) dans un ouvrage qui eut un grand succès après l’élection présidentielle de 2007), immigration maghrébine devenue vecteur du prosélytisme islamique et de sa volonté d’imposer cette religion contre notre République laïque et démocratique. C’est très courageux de dire aujourd’hui que « la France n’a pas besoin d’immigration », l’auteur va certainement être traité de xénophobe-raciste-islamophobe- lepéniste mais je l’approuve (et mon père était immigré).
Christine Tasin montre comment l’extrême gauche a fini par contaminer toute la gauche avec ses idées « libertaires donc liberticides », comment l’extrême droite lui a fourni un repoussoir idéal de connivence et comment l’islamisme, bien à l’abri de ses deux « alliés objectifs », a pu prospérer aux dépens de la laïcité et de la République — et des femmes musulmanes, toujours en première ligne pour recevoir les coups.
• La quatrième partie (Islam et féminisme) serait la plus décourageante si j’étais une femme (« Merci de ne pas m’avoir fait femme », comme dit une prière pas du tout misogyne récitée par les hommes juifs !)
Annie Sugier révèle un aspect peu connu de la lâcheté occidentale face à l’offensive islamique, celui du sport et des Jeux Olympiques pour lesquels la conception rétrograde de la femme dans l’islam semble être devenue la nouvelle mode. L’argument : « Mieux vaut des femmes voilées que pas de femmes du tout », est malheureusement bien connu dans nos contrées aussi.
Anne Zélensky affirme que les féministes et les laïques doivent faire route ensemble (et pas simplement parallèle) afin d’empêcher les intolérants d’utiliser notre tolérance à leur profit. Je l’approuve entièrement tant il est évident que les droits de « l’homme » n’ont de sens que s’ils s’appliquent indifféremment aux deux sexes, mais en revanche je ne crois pas en son explication du besoin de transcendance et de rites laïques. À mon modeste avis, ce besoin est le symptôme que l’Homme est toujours coincé dans un stade infantile de son histoire évolutive, un stade où il croit encore à ses propres contes de fées et confond ses illusions avec le réel — ou sa vessie avec une lanterne.
Mais il lui faudra bien dépasser ce stade s’il veut devenir adulte, et pour cela se gouverner avec sa raison du XXIe siècle (son néocortex) et non avec ses pulsions du paléolithique (son cerveau limbique). En termes plus brutaux, ou il parviendra à se débarrasser des religions (toutes !) ou les religions se débarrasseront de lui.
Michèle Vianès décrypte le triste sort fait aux femmes par les trois monothéismes. C’est peu dire en effet que les trois « religions du livre » sont patriarcales, misogynes, machistes, sexistes, racistes, mais c’est bien normal puisque les trois ont été inventées dans des sociétés nomades archaïques proche-orientales elles-mêmes patriarcales, misogynes, machistes, sexistes et racistes, dont elles n’ont fait que reproduire et légitimer les préjugés les plus rances en les prétendant d’essence divine. Ainsi, l’homme est le seul animal dont le mâle bourré de testostérone depuis sa conception ne cesse de tourner son agressivité contre la femelle de l’espèce au nom d’une divinité toute-puissante fantasmée que personne n’a jamais vue !
L’auteur explique très justement que « les religions ont été fixées par les hommes, pour les hommes » et que ceux-ci se sont toujours efforcés de contrôler ce qu’ils ne possédaient pas, à savoir le « pouvoir exorbitant » des femmes de donner la vie. C’est à cet usage en effet qu’a été créée l’institution du mariage, sacralisée et naturalisée par la divinité locale, mais essentiellement destinée à contrôler et à diriger la sexualité des femmes dans des voies socialement acceptables par — et profitables pour — les hommes, c’est- à-dire celles qui garantissent la filiation légitime et assurent la transmission des héritages. Mais une autre composante me paraît essentielle : si les hommes sont frustrés et jaloux de ne pouvoir donner la vie, ils ont découvert très tôt qu’ils possédaient un redoutable substitut à cela, le pouvoir de reprendre cette vie — en donnant la mort. Ainsi a été créé un « art » éminemment viril, celui de la guerre. Et donner la mort est bien le pouvoir suprême : alors qu’une femme n’a qu’une courte période de fécondité pendant laquelle elle ne peut donner la vie qu’à un nombre réduit de petits et chaque fois après plusieurs mois d’une lente et délicate élaboration qui lui coûte fréquemment sa santé voire sa propre vie (et pendant lesquels elle est une charge pour sa tribu), un homme même âgé peut encore aisément donner la mort à un nombre considérable de ses semblables et se vanter d’avoir, tout au long de sa vie, fait couler des fleuves de sang. On peut tuer toute vie, l’inverse est impossible.
Puisque Anne Zélensky parle d’un malaise dans la civilisation, je dirais que c’est, suivant Freud, la victoire de Thanatos sur Eros ou, en termes plus modernes, l’inexorable accroissement de l’entropie qui fait que la destruction est toujours plus facile, plus rapide, plus expéditive, plus définitive que la création qui est, elle, difficile, lente, complexe et toujours provisoire. Preuve indirecte en est donnée par nos sociétés contemporaines où l’exhibition publique de la sexualité est sévèrement réglementée car contraire aux « bonnes moeurs » tandis que celle de la mort violente, souvent hyperréaliste, est omniprésente dans la culture de masse, le cinéma, la télé, les jeux vidéo. Je laisse aux psy le soin d’expliquer cette irrésistible attirance pour la pulsion de mort qui est la nôtre.
Une citation qui s’impose : « L’homme primitif, ayant découvert que ses biceps sont plus volumineux que ceux de sa compagne, en profite pour la terroriser, ainsi que ses enfants. Dès qu’il perçoit une résistance à sa volonté, il frappe : les bases du droit familial sont jetées. À partir de là vont se fonder les autres droits qui régiront d’abord la tribu puis la nation. Ils ne seront que les ramifications de ce droit fondamental, celui du muscle. » (2)
Maurice Vidal explique toute la funeste symbolique du voile, à l’usage des « ventres mous de l’intelligentsia européenne » qui sont aussi « les déserteurs de l’intelligence immédiate et du courage », et il rappelle fermement que « la France n’est pas le pays des femmes voilées ». Certes, mais elle en prend le chemin.
• La cinquième partie (Islam et République) nous rappelle que l’histoire est politique.
Mohamed Pascal Hilout fait une analyse clinique de l’islam, dont le grand intérêt est qu’elle est faite « de l’intérieur » par un musulman qui vit cette religion au quotidien et est donc bien placé pour en parler. Et s’il a des mots féroces contre elle, c’est parce qu’il vit en France au XXIe siècle et non en Arabie au VIIe, affirmant même courageusement : « Je suis devenu adulte et capable d’entendre mes quatre vérités ». Mais dans combien de siècles ses coreligionnaires parviendront-ils à dire la même chose ?
Empédoclatès explique les coups portés à la loi de 1905 pour abattre la laïcité, qualifiée pour l’occasion de laïcité « ouverte », ou « positive », ou « moderne » ou « tolérante », toutes expressions mensongères destinées à « mieux changer la réalité historique ». Si le chanoine du Latran est le premier responsable de cette forfaiture, il bénéficie de la complicité active d’une grande partie des faux-culs de la classe politique et des élus locaux et territoriaux. En définitive, l’islam n’est que la « tête de pont » d’une offensive soutenue par les autres « forces religieuses, idéologiques et politiques dominantes qui engrangeront ensuite, pour leurs propres comptes, les bénéfices de l’effacement de la laïcité ».
Guylain Chevrier, en historien, rappelle que « le modèle français d’une démocratie républicaine et laïque », si contesté aujourd’hui, est rien de moins que le socle de nos libertés fondamentales essentielles, non pas tombé du ciel mais enraciné par les luttes dans notre histoire. Il a mille fois raison quand il affirme qu’« il n’y a d’avenir qu’avec la laïcité » (bénédiction et salut soient sur lui ;-).

Si au moins l’actualité était plus rassurante :
• Les élections européennes ont donné une imposante majorité de 60 % aux abstentionnistes, certes, mais pour les politiciens, les sondeurs, les médias et toute la clique dirigeante, c’est l’UMP de notre Lider Minimo à talonnettes et Europe Écologie du libéral-libertaire et pédophile soixante-huitard repenti qui ont gagné. Ça se passe comme ça en politique, malgré un taux d’abstention qui ferait retoquer pour défaut de quorum n’importe quelle Assemblée Générale de copropriétaires. Sans doute la gestion de 27 États est-elle moins importante que celle d’un immeuble d’habitation. Le PS fait le même score que les écolos, ce qui est une belle gamelle pour lui, et le MoDem est dans les choux. On aurait pu espérer de meilleurs scores pour les quelques listes laïques, mais Dupont-Aignan est resté scotché dans le bruit de fond tandis que Mélenchon, s’il obtient le meilleure résultat de « l’autre gauche », ne lève pas l’ambiguïté sur ses convictions laïques réelles, hier allié du PCF pour les européennes, demain allié probable du NPA pour les régionales, deux partis qui ne portent pas vraiment les idées de RL.
Nos nouveaux chouchous médiatiques sont donc des tenants du TCE de
2005 et de son copié-collé de Lisbonne 2008, avec toutes les joyeusetés anti-laïques qu’ils comportent : le dogme de la concurrence libre et non faussée, l’Europe et les régions contre les Nations souveraines, la désintégration communautaire à base ethnique, religieuse, linguistique et/ou sexuelle contre l’universalisme républicain de citoyens égaux et émancipés de toute sujétion identitaire, le rôle actif accordé aux religions dans la vie publique contre « L’État chez lui, l’Église chez elle » (Victor Hugo).
En outre, le fond de sauce bio des écolos, s’il est globalement recevable, a un désagréable arrière-goût obscurantiste avec sa mystique d’une nature foncièrement bonne que nous aurions le devoir de protéger en toute circonstance de la technologie foncièrement mauvaise, ce qui peut conduire, via une novlangue assez nébuleuse mais largement utilisée comme « doux » (énergies ou médecines), « durable » (développement ou croissance), « renouvelable » (énergies), « citoyen » (tout doit l’être désormais) et bien sûr « diversité » (brillamment récupérée par d’autres), aux slogans trompeurs du marketing, aux fausses sciences qui sont de vraies élucubrations, au charlatanisme, aux sectes, voire au rejet pur et simple de la raison.
Et comme tout cela est emballé dans une injonction d’urgence planétaire à traiter sans délai, un second totalitarisme vert (avec celui de l’islam) n’est peut-être pas si éloigné.
• Je me réjouis que la question de la burqa (ou niqab ou quel que soit le nom qu’on donne à cette horreur ambulante moyenâgeuse) soit enfin posée grâce au député-maire PCF André Gérin et que notre Guide Suprême ait même fait une déclaration semblant aller dans le bon sens (mais qui n’est peut-être que du vent, comme à son habitude). Mais qu’on ait éprouvé le besoin de créer une commission d’enquête parlementaire pour en blablater au lieu de légiférer sans tarder (comme on a fait pour l’interdiction de la cagoule dans les manifestations) en dit long sur la volonté molle du genou de nos politiciens. Parmi les premières réactions on a d’ailleurs entendu sans surprise un argument archi- éculé depuis 20 ans : « Je suis contre la burqa [pour toutes sortes de raisons], mais… faut pas l’interdire [pour toutes sortes d’autres raisons] ! » Comme s’il était cohérent de balancer des bombes sur les talibans en Afghanistan tout en les laissant croître et prospérer chez nous. Voir l’article de Maurice Vidal dans RL 94, « Ni voile, ni burqa » (3), qui dit tout cela mieux que moi, et pour les plus pessimistes ou les plus réalistes, voir celui de Marc Cohen sur Causeur, « Il n’y aura pas de loi sur la burqa » (4).
Il y a 5 ans on pouvait légiférer sur le voile à l’école malgré l’hostilité ambiante mais grâce à une volonté politique au plus haut niveau. Aujourd’hui on doit légiférer sur la burqa exhibée partout dans l’espace public mais la volonté politique ne brille pas par sa vigueur. Alors, sur quelles autres nouvelles absurdités sera-t-on contraint de légiférer dans 5 ans ? sur la complète suppression des porcs (ce qui plaira peut-être aux Bretons, aux écolos et aux trouillards de la grippe A) et des chiens puisqu’ils heurtent la chatouilleuse sensibilité de nos envahissants amis de la RATP (5) ?
Sur l’organisation du travail dans les entreprises adeptes de la diversité, avec total respect par tous les employés des 5 prières quotidiennes et du mois de ramadan ? sur l’interdiction de tous les mots français pouvant laisser penser qu’il existe d’autres religions que l’islam ? sur l’expurgation des livres d’histoire de tout ce qui est antérieur au VIIe siècle ? sur le remplacement de la loi civile par la divine charia, par exemple en matière de moeurs ou de famille ?
Sur le serment d’investiture que le Président de la République
(islamique) devra prêter sur Mein Koran ? sur la licité (halal) ou non
(haram) de tenir sa femme en laisse sur la voie publique et sur la longueur de ladite laisse ?
Un petit pas après l’autre, nous allons bien finir par brader sans nous en apercevoir — ou pire, en nous en apercevant — notre société démocratique pleine de défauts contre une barbarie importée pleine d’inventivité totalitaire, et quand nous nous réveillerons enfin ce sera pour patauger en plein cauchemar islamique et il sera trop tard pour réagir. Souvenons-nous que lorsque Khomeiny s’efforçait de séduire les femmes susceptibles de l’aider à prendre le pouvoir en Iran, il affirmait : « La femme n’a absolument aucune différence avec l’homme », mais sitôt la dictature théocratique installée, il changea de ton et décréta, pour le plus grand malheur des Iraniennes : « Le voile ou un coup sur la tête » (6). Car s’il faut évidemment interdire la burqa, il ne faut pas oublier qu’elle est d’abord le problème des hommes malades mentaux qui l’imposent et non celui des femmes qui la subissent.
• Le tragique accident de l’Airbus A310 de Yemenia, le 30 juin, au- delà de la douleur des familles concernées, nous a montré l’incroyable culot des communautaristes et de leurs idiots utiles dans un numéro de racolage victimaire sans scrupules qu’ils pratiquent à la perfection :
— Le CRAN (7) a publié un communiqué le 2 juillet (8) dans lequel il affirme que le drame a « suscité la colère et l’indignation au sein des populations noires de France », ce qui est une façon lourdement raciale, pour ne pas dire raciste, de récupérer l’accident au seul bénéfice de son fonds de commerce. Ensuite, il semble accuser sournoisement la France de magouilles en écrivant qu’il « est choqué qu’un appareil interdit en France parce qu’il ne répond pas aux normes de sécurité puisse tout de même transporter très régulièrement des citoyens et résidents français », et n’hésite pas à vanter sa perspicacité et à se présenter comme l’interlocuteur des autorités françaises : « le CRAN avait demandé au gouvernement [français] d’oeuvrer à la mise en place rapide d’une liste noire [sic] mondiale des compagnies aériennes dangereuses afin que les français [sic] ayant de la famille en Afrique, aux Antilles ou plus généralement à l’étranger, ne soient plus les otages de ces compagnies sans foi ni loi qui mettent en danger des vies humaines pour des raisons commerciales ».
Mais quelles sont donc ces compagnies sans foi ni loi mues par la seule cupidité ? Ce n’est pas le communiqué qui nous l’apprendra puisqu’il oublie opportunément de préciser que l’avion appartenait à la compagnie nationale yéménite, que celle-ci n’est pas détenue par la France mais par l’État yéménite à 51 % et l’État saoudien à 49 % (ce qui doit faire un confortable matelas de dollars), et qu’il assurait la liaison entre deux villes pas vraiment françaises, même vues de loin, Sanaa, capitale de la République du Yémen (État souverain depuis
1990) et Moroni, capitale de la République Fédérale Islamique des Comores (État souverain depuis 1975), près de laquelle il s’est abîmé en mer. Où est donc la responsabilité de la France dans cet accident, hormis une éventuelle mais non envisagée à l’heure actuelle responsabilité technique d’Airbus ? Le CRAN doit le savoir lui, puisqu’il « demande à être reçu, le plus rapidement possible, par M.
Dominique Bussereau, pour évoquer cette question ». Et de quoi le fils de ministre Patrick Lozès (9) va-t-il entretenir le ministre Bussereau ? Des autorités musulmanes yéménites et saoudiennes propriétaires d’une compagnie qui n’hésite pas à faire voler des avions-poubelles en Afrique pour maximiser ses profits comme tout bon requin capitaliste qui se respecte ? Une telle abomination doit être si peu concevable qu’on préfère se retourner prudemment contre la France, c’est plus sûr.
— L’inénarrable Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF et nettement moins inspirée que son collègue André Gérin, nous joue la même partition le 2 juillet (10), par une lettre envoyée à François Fillon, dans laquelle, après avoir exprimé « la tristesse des femmes et des hommes concernés [qui] n’a en effet d’égal que leur colère face à la poursuite de l’exploitation par certaines compagnies aériennes de ce qu’ils considèrent comme des « avions-cercueils » pour la liaison avec leur pays d’origine », elle « demande solennellement » au Premier Ministre d’intervenir « pour une reprise de la liaison aérienne Paris- Moroni par la compagnie nationale Air France ». On rêve ! La Marie- George ordonne à notre compagnie plus vraiment nationale de reprendre l’exploitation d’une ex-ligne coloniale au nez et à la barbe (fournie) de ces incapables de yéménites !
— Moins péremptoire, un membre de l’association de défense « SOS voyage aux Comores » (créée l’été 2008) et élu PCF de La Courneuve, reconnaît (11) lui que son association n’a pas alerté les autorités françaises « puisque le vol part du Yémen », mais qu’elle a « interpellé le gouvernement comorien, sans jamais rien obtenir », qu’une « délégation a aussi été reçue à Sanaa, au Yémen, mais ça n’a rien donné », que « les autorités comoriennes sont responsables d’avoir laissé voler une compagnie pas fiable », qu’elle a « même rencontré Air France pour voir s’ils pouvaient de nouveau assurer la liaison abandonnée depuis dix ans ». N’est-ce pas à cause des rebuffades yéménites et comoriennes que cette association s’est tournée vers Air France ?
— Le Canard Enchaîné du 8 juillet, page 3, dévoile le pot aux roses et le cynisme des protagonistes : le gouvernement comorien a passé, le 27 octobre 1999, avec la compagnie Yemenia, « un accord qui lui offre quasiment sans partage le ciel des Comores ». Cet accord fait de Yemenia le « transporteur national » du pays, chargé de former les personnels, de fixer les prix, et même de contrôler — c’est-à-dire d’écarter — la concurrence ; ainsi Yemenia obtient en 2000 « l’exclusivité de transporter les pèlerins » vers La Mecque, et en 2006 elle empêche l’arrivée d’une compagnie charter française, Axis Airways, sur « le juteux marché des vacances d’été entre la France et Moroni », avec à la clé un bénéfice pour Yemenia de plus de 12 millions d’euros. Et Le Canard de conclure : « Les milliers de Comoriens qui défilent dans les rues pour réclamer l’interdiction de Yemenia aux Comores peuvent continuer à marcher ».
Voilà donc clairement affichée la duplicité de ces gens : si la France intervient dans les affaires intérieures d’États souverains, elle est immédiatement dénoncée comme coupable d’ingérence néocolonialiste (et aux Comores ou en Françafrique, elle a effectivement beaucoup donné), mais si elle n’intervient pas, elle est tout aussi violemment dénoncée comme complice de non assistance et d’abandon à un sort misérable de pauvres victimes africaines (et anciennement colonisées). En psy, ça s’appelle un « double bind », c’est-à-dire deux obligations simultanées et mutuellement exclusives, donc impossibles à satisfaire ; éviter de tomber dans ce pétrin car ça se termine toujours mal.
Malheureusement, on n’a pas entendu les autorités françaises répondre fermement à ces accusations délirantes. Pourtant, on aurait pu rétorquer que les Comores ont voté majoritairement pour l’indépendance lors du référendum de 1974 (12), à l’exception de Mayotte qui a choisi de rester française, puis ont déclaré unilatéralement leur indépendance le 6 juillet 1975. On aurait pu rappeler également que François Baroin, lorsqu’il était ministre de l’Outre-Mer, avait suggéré (13) que le droit du sang remplace le droit du sol à Mayotte en raison de l’énorme « immigration d’accouchement » clandestine en provenance des Comores destinée à conférer illégalement la très précieuse nationalité française à ces enfants ; plus récemment, les Comores ont allumé un vrai bâton de dynamite en refusant de récupérer chez eux leurs clandestins expulsés de Mayotte (14) ; si ce n’est pas là une invasion de peuplement déguisée en chantage, ça y ressemble beaucoup. Quant à demander à la France d’assurer la sécurité aérienne (et pourquoi pas aussi routière et maritime pendant qu’on y est ?), voire d’assurer la liaison aérienne tout court avec tous les pays dont elle a des ressortissants, des « issus de » ou des binationaux, c’est le summum du crétinisme bien-pensant (il existe des lois internationales mais on semble avoir oublié comment et avec quel succès les illuminés de l’Arche de Zoé, remplis des bonnes intentions dont l’enfer est pavé et de leur bon droit à l’ingérence, avaient décrété qu’ils pouvaient s’asseoir dessus), en plus d’être le summum du colonialisme (qui fait de nous des riches et des coupables-à- mauvaise-conscience-qui-doivent-payer pour l’éternité), du misérabilisme (qui fait d’eux des pauvres et des victimes-à-bonne- conscience-qui-ont-des-droits pour l’éternité) et de l’infantilisation (ils sont incapables de s’en sortir sans nous).
Bref, et comme toujours dans ces circonstances, les Comores refusent d’assumer les conséquences de leurs actes, l’indépendance oui mais à condition de conserver — ou de mettre la main sur — les généreux avantages sociaux de l’ex-colonisateur ; le beurre, l’argent du beurre et la Carte Nationale d’Identité française en prime, c’est habituel et ça convient tout à fait aux bonnes consciences antiracistes ; avec de pareils amis, l’Afrique n’a pas besoin d’ennemis. On m’a un jour assuré que le livre « Négrologie » de Stephen Smith (15) n’était qu’un brûlot raciste anti-africain et pour me le démontrer, on m’a donné à lire la réponse (assez barbante à vrai dire) d’un collectif d’auteurs, « Négrophobie » (16) ; je crois de plus en plus que Stephen Smith était dans le vrai.
Tout cela n’est vraiment pas bon pour le moral. Alors je vous le demande : vers quel parti se tourner quand on est farouchement républicain et laïque et qu’on veut agir ? parce qu’on en a marre de voir sa « sensibilité » d’athée de plus en plus souvent agressée par les manifestations publiques ostentatoires de microcéphales tellement éblouis par leur propre ignorance qu’ils l’ont divinisée ? parce qu’on ne supporte pas de voir son pays faire dans son froc chaque fois qu’un barbu inculte, adepte fanatisé de cette religion, vocifère contre lui ? parce qu’on est convaincu que cette religion n’est qu’une idéologie criminelle comparable au nazisme puisqu’elle n’hésite jamais à faire pleuvoir ses fatwas de mort — par égorgement, décapitation, attentat-suicide ou terrorisme en tous genres — sur qui ose la critiquer, la moquer ou ne pas se comporter envers elle en esclave soumis et respectueux ? parce qu’on refuse de participer à ce suicide collectif imposé, exigé, ordonné, organisé par la clique dominante ?
parce qu’on n’accepte pas que le pays qui se prétend celui des Lumières, de la Révolution de 1789, de la démocratie, de la raison, des Droits-de-l’Homme, de la Liberté-Égalité-Fraternité-Laïcité, se laisse mener comme un mouton promis au méchoui par des barbares surgis comme des fossiles d’un autre temps, d’un autre lieu, d’une autre société, vers un âge de ténèbres radicalement incompatible avec son histoire, sa culture, ses penseurs, ses combats, ses valeurs ? parce qu’on est convaincu que cet obscurantisme sera si total qu’il nous fera bien vite regretter les mille ans de notre Moyen Âge ?
N’y a-t-il donc plus que l’extrême-droite pour défendre notre Nation et notre République ? Mais si c’est pour remettre le christianisme en selle, autant remplacer la peste par le choléra. Qui osera affirmer haut et fort qu’une règle fondamentale de toute société civilisée est qu’« à Rome on fait comme les Romains » ? et que Rome n’a pas à tolérer les comportements qui violentent sa culture ? et que ceux qui refusent cette évidence de bon sens doivent émigrer dans un pays conforme à leurs voeux — il n’en manque pas — où leur comportement sera la norme, ce qui satisfera tout le monde ?
Salutations républicaines, fraternelles et laïques, et bonnes vacances,
Michel Tonarelli
(1) Alain Badiou, « De quoi Sarkozy est-il le nom ? », Nouvelles
Éditions Lignes, 2007, p. 94. En bon gauchiste qu’il est resté,
l’auteur combine un amour béat pour les étrangers, surtout sans
papiers (voir notamment chapitre III, point 1, chapitre IV, point 8),
à une franche détestation de son propre pays, considéré comme
foncièrement réactionnaire et peureux c’est-à-dire « pétainiste
» (voir notamment chapitre VI).
(2) Jean Bacon, « Les Saigneurs de la guerre », Éditions Phébus, 2003,
p. 27
(3) http://www.ripostelaique.com/Ni-voile-ni-burqa-voila-ce-qu.html
(4) http://www.causeur.fr/il-n’y-aura-pas-de-loi-sur-la-burqa,2627
(5) Religion d’Amour de Tolérance et de Paix
(6) Caroline Fourest & Fiammetta Venner, « Tirs croisés – La laïcité à
l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman », Calmann-Lévy,
2003, p. 58
(7) Conseil Représentatif (qu’ils disent !) des Associations Noires
(8) http://lecran.org/?p=299
(9) http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Lozès
(10) http://www.pcf.fr/spip.php?article3807
(11) http://www.humanite.fr/L-Airbus-de-Yemenia-chronique-d-un-accident-annonce
(12) http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_des_Comores
(13) Le Figaro du 17 septembre 2005
(14) http://www.malango-actualite.com/article-les_comores_n_acceptent_plus_les_expulses_de_mayotte-3588.htm
(15) Stephen Smith, « Négrologie – Pourquoi l’Afrique meurt », Calmann-
Lévy, 2004
(16) Boubacar Boris Diop, Odile Tobner & François-Xavier Verschave, «
Négrophobie », Les Arènes, 2005

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