Réflexions sur le séisme du Népal

nepalEn 1992 mes amis pakistanais furent très fiers de me montrer leur nouvelle maison. Quand je leur demandais s’ils avaient respecté les normes antisismiques ils ne comprirent même pas de quoi je parlais.
2005 – tremblement de terre au Pakistan = 100 000 morts…
Ce n’est pas le nombre 100 000 qui m’effraie… “que voulez-vous que ça fasse sur une planète surpeuplée de 7 milliards”…
Non, ce qui m’émeut profondément, c’est les individus, les habitants de ces petits villages où les routes n’arrivent même pas et où survivre signifie un équilibre précaire. Leurs champs ont-ils été ravagés par les éboulements d’énormes blocs qui dévalent des parois rocheuses? Sera-t-il possible de semer? Qu’en sera-t-il des récoltes? Après le séisme la famine? Leur bétail décimé, leurs habitations écrasées… les sources peut-être taries… ?
Et le travail des bénévoles qui y ont construit des écoles, dispensaires,  orphelinats… A quelques kilomètres, à Kalimpong des pères suisses ont même bâti une ferme pour enseigner aux indigènes à faire du fromage.
Mais il y a autre chose qui me chiffonne. Depuis que le monde est monde, ces pays se trouvent sur une faille qui bouge continuellement. Comment se fait-il que ces indigènes n’aient pas appris, par l’expérience,  à construire des habitations qui résistent aux tremblements de terre qui y sont presque quotidiens? Les Japonais l’ont fait, pourquoi pas les Népalais ou les Pakistanais? Si en 2003,  en Iran, la ville de Bam a été détruite, cela signifie que là non plus ils n’ont pas tiré les leçons de l’expérience… Pourquoi?
“Le tremblement de terre a été particulièrement meurtrier, causant 26 271 morts et 30 000 blessés. Ses effets ont été exacerbés par l’utilisation de briques crues comme matériel de construction ; de nombreuses structures n’étaient pas aux normes parasismiques établies en 1989 ». http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9isme_de_2003_%C3%A0_Bam
A Katmandou tout le monde a la télé, téléphones portables, autos et motos et un tas d’autres trucs inutiles qui coûtent cher, ne rapportent rien et ne servent à rien, mais ils n’ont pas l’élémentaire connaissance pour garantir leur propre sécurité…
Un autre aspect… il y a des dizaines de morts sur les montagnes ? Immédiatement la nouvelle est tombée que cette année l’escalade de l’Everest serait interdite et deux jours plus tard contre-ordre… Ben oui, les expéditions ça rapporte gros… permis d’escalade, agences de voyages, organisateurs, porteurs, tourisme, trekkings, c’est un gros business…
Mais sur place… l’escalade va-t-elle consister à enjamber des cadavres congelés et des tentes ensevelies sous les avalanches?
Et puisqu’on attend des secousses secondaires va-t-on remettre ça?
En 1997 Joe Simpson racontait dans “Dark shadows falling” que l’alpinisme himalayen était devenu tellement commercial  que personne ne s’arrêtait pour porter secours à un alpiniste en train d’agoniser par congélation…
Par contre, en 1966, l’alpiniste belge Jean Bourgeois participa à une expédition au Noshaq qui se termina mal, avec des morts et des blessés.  Bourgeois sauva la vie d’un de ses compagnons, tout en risquant la sienne.
L’affaire fit suffisamment de bruit pour que les journaux écrivent: “Si on tient compte, non seulement de sa valeur sportive, mais encore de sa signification humaine, la performance de Jean Bourgois mérite sans aucun doute  le Trophée”. Le Trophée du Mérite Sportif  est attribué chaque année au sportif belge le plus méritant. Toutefois, cette année-là, le Trophée du Mérite Sportif fut attribué non pas à Bourgeois, mais à Raymond Ceulemans… joueur de billard…
Bon allez, c’est pas tout ça, une fois de plus nos équipes de secours se précipitent et nos « chaînes du bonheur » récoltent… et ça de la part d’Occidentaux égoïstes et racistes… pas mal pour des xénophobes.
Anne Lauwaert

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