Réforme de la notation des enseignants : tempête dans un verre d’eau

Publié le 19 décembre 2011 - par - 678 vues
Share

Beaucoup de bruit pour rien. Telle est la conclusion qui s’impose devant la réforme de la notation des professeurs et la grève qu’elle a déclenchée.

Ceux-ci, jusqu’à présent, étaient évalués, sur 40, tous les ans, par leur chef d’établissement, selon des critères immuables et une grille d’avancement férocement gardée par les syndicats qui veillaient à ce que tous, au cours de leurs 4 décennies et des poussières d’exercice, aient une note entre 34 et 40 et se battaient pour que tous aient 40 le plus vite possible, toute différence de notation étant, forcément, discriminante, inégalitaire et injuste !

D’autre part, les mêmes enseignants avaient une note sur 60 mise par l’inspecteur pédagogique de leur discipline qui les voyait tous les 4 à 8 ans, pendant une heure de cours.

Évidemment les enjeux étaient terribles, à savoir que si vous aviez un total de 88,5 et non 89 vous pouviez attendre entre 6 mois et deux ans de plus pour passer à l’échelon supérieur… Pas de quoi stresser de peur de perdre son emploi ! Le seul enjeu est financier. Un de mes anciens inspecteurs avait coutume de dire que la différence entre celui qui a toute sa carrière ses échelons à la date normale (à l’ancienneté) et celui qui, parce que mieux noté les a « au grand choix », c’est l’équivalent d’une maison de campagne. Peut-être. Mais une maison de campagne c’est du luxe dont on peut se passer. Et l’important est ou du moins devrait être ailleurs !

En ce qui concerne la réforme actuelle, je renverrai dos à dos le gouvernement et les syndicats. Ils ont tout faux. Tous. Et ils sont pitoyables.

Tout simplement, d’abord, il me semble indubitable qu’un chef d’établissement qui sait à peu près tout ce qui se passe dans son établissement, qui entend élèves et parents parler, qui voit dans les conseils de classe comment les professeurs connaissent leurs élèves, leurs critères d’évaluation, qui lit les cahiers de textes de la classe etc.  est le mieux placé pour juger et évaluer. D’ailleurs, tout le monde, dans un établissement, s’accorde pour dire « untel est un bon prof ». Pas besoin d’être un spécialiste de la discipline enseignée comme le braillent les opposants à la réforme pour savoir quand quelqu’un fait bien son travail.

Néanmoins, et c’est là le problème, les critères d’évaluation des enseignants sont complètement dévoyés à cause des modes imposées depuis Jospin par les pédagogistes, les parents et autres intégristes gauchistes de l’éducation.

Foin de l’efficacité de la transmission disciplinaire et des dizaines d’heures passées par l’enseignant sérieux à préparer un cours qui soit une réussite par le contenu et la pédagogie utilisée.

Les critères à la mode ? L’enseignant s’implique-t-il dans des projets pluri-disciplinaires et inter-disciplinaires ? Traduction : passe-t-il des heures de réunionnite avec ses collègues d’autres disciplines à parler du sexe des anges ? L’enseignant a-t-il pris en charge un projet fumeux de théâtre, d’arts plastiques ou autres susceptible de faire  remarquer   l’établissement et donc son chef d’établissement par le recteur ? L’enseignant fait-il venir un acteur pour faire faire du théâtre à ses élèves une ou deux heures par semaine toute l’année au lieu de l’abrutir avec de la grammaire ou de l’orthographe ? L’enseignant a-t-il accepté de faire des heures supplémentaires non rémunérées pour rencontrer, chaque semaine, l’assistante sociale, le médecin scolaire, l’éducateur etc des « élèves à problèmes » ? L’enseignant professeur principal a-t-il passé deux à trois heures avec le conseiller d’éducation, avant le    conseil de classe, pour mettre la « note de vie de classe », qui doit être entre 16 et 20 pour ne pas « stigmatiser », en comptant pour chaque élève, les mots dans le carnet de liaison, les colles, les exclusions… ?

Alors, forcément, la notation des enseignants par les chefs d’établissement, ne posera pas de problème pour le vivier de ceux qui, parmi ces derniers, et il y en a encore, Dieu merci, savent ce qui est important et ce qu’enseigner veut dire. Mais pour tous ceux qui ont les dents longues et qui veulent faire carrière, il va leur falloir imposer les nouvelles façons d’être professeur : brasser du vent, ne pas enseigner, mais animer et occuper.

Il n’y a plus rien à attendre du monstre Éducation nationale. Il n’y a plus qu’à espérer un changement politique qui s’accompagne d’un changement de société qui nécessitera, forcément, une autre école. C’est urgent. Alors laissons pleurer ces syndicats enseignants –comme la FSU qui a osé signer un appel à soutenir Houria Bouteldja- qui enfoncent l’école et les enseignants au lieu de se battre pour leur résurrection.

Christine Tasin

http://christinetasin.over-blog.fr/

 

 

 

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.