Réforme de l’enseignement des mathématiques : étrange ironie de l’histoire !

Publié le 26 octobre 2017 - par - 17 commentaires - 2 043 vues
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Quelle étrange ironie de l’histoire !

Nous apprenons par les informations de huit heures, le jeudi 19 octobre au matin sur France Culture, qu’afin de réformer l’enseignement des mathématiques – qui en a bien besoin -, Jean-Michel Blanquer, notre ministre de l’Education nationale, allait confier cette tâche à Cédric Villani, séduisant, brillant et très médiatique mathématicien, titulaire de la médaille Fields  en 2010. Aujourd’hui député macronien. Le commentateur nous explique à ce propos que la “méthode d’enseignement des mathématiques de Singapour”, actuellement très en vue, serait l’une des meilleures au monde, ce dont on ne doute pas, et qu’il serait bon de s’en inspirer… Que tourne la roue de la fortune ! Cette méthode de Singapour, il me semble opportun de le rappeler, n’est, n’était à l’origine qu’un emprunt, une réactualisation, une adaptation… des méthodes d’enseignement traditionnelles françaises, dont les Indonésiens s’étaient eux-mêmes inspirés, et qui avaient cours dans nos écoles communales avant les réformes catastrophiques imposées en 89 par le gouvernement Jospin ! Les mathématiques ne furent pas la seule discipline durement affectée par ces réformes : écriture, lecture, histoire, géographie furent durement mutilées par des options apparemment techniques, mais qui en fait avaient comme moteur principal des options idéologiques clairement énoncées comme révolutionnaires et antibourgeoises.

L’enseignement primaire fut littéralement saccagé, notamment avec la méthode globale pour l’apprentissage de la lecture et de l’écriture et avec l’abandon quasi systématique de toute référence à la littérature classique (les enseignements plus élevés étant relativement protégés par les exigences disciplinaires). On rebaptisa ainsi pompeusement du terme de mathématiques un enseignement qui ne peut être de fait qu’un enseignement du calcul et d’une arithmétique élémentaire, pragmatique, fondée sur l’expérience courante et déjà susceptible de bien des complexités, fondatrice de la conscience du nombre, des proportions, et de leurs implications pratiques. Savoirs fondamentaux, si fondamentaux qu’on n’aurait jamais songé autrefois, sous le coup d’une telle évidence, à les qualifier ainsi, et qui dans le désastre auront été sacrifiés. On décida, pour protéger l’enfant du traumatisme d’un enseignement sélectif, d’appauvrir  drastiquement les contenus et l’on n’enseigna plus les tables, on infantilisa tous les élèves par des opérations mentales précarisantes, en restreignant l’enseignement du Cours Préparatoire à la pratique ânonnante d’une addition primitive, en reportant aux calendes grecques la multiplication, en éradiquant même la division, en éliminant la règle de trois, en formalisant de manière absconse le système décimal. Tout ce qui constituait un ensemble cohérent et fonctionnel fut déstructuré, émietté, dilapidé. Les résultats ne se firent pas attendre : chute libre du niveau des élèves. Le même travail de sape s’accomplissait dans les domaines de la lecture (méthode globale, abandon de la culture littéraire), de l’histoire, de la géographie. Ce système a perduré maintenant bien plus d’une génération, et le corps enseignant lui-même, formaté par les IUFM qui imposent ce catéchisme pédagogique en sanctionnant sévèrement les récalcitrants,  est aujourd’hui affecté des carences conséquentes !

Face à ce désastre, les écoles alternatives non conventionnées se développent un peu partout, sous la menace d’ailleurs de leur interdiction, afin d’échapper aux pressions des lobbies pédagogistes et de rétablir un minimum de bon sens, de santé mentale dans les objectifs, la manière de transmettre, les contenus. Une association citoyenne, SOS Education, les soutient quotidiennement, et lutte depuis déjà longtemps pour promouvoir le retour au bon sens au sein de l’éducation nationale. Cette association soutient depuis plusieurs années déjà  l’adoption – la ré-adoption ? – de la méthode dite “de Singapour” qu’elle promeut depuis plusieurs années, qu’elle défend bec et ongles, particulièrement en en diffusant presque exclusivement les manuels traduits en Français ! SOS éducation donc, que nos pédagogistes révolutionnaires et leurs affidés méprisent, déconsidèrent, vilipendent, diffament du haut de leur docte hauteur et de leur moralisme de flics de la pensée… Pédagogistes qu’un autre mathématicien de renom, lui aussi médaille Fields (2002), Laurent Laforgue, requis sous le ministère de Gilles de Robien (2005-2007) pour tenter d’ouvrir à la réflexion ces prêtres de la stupidité sur des orientations plus saines, avait quitté l’assemblée sous le coup de la colère et en claquant la porte, en les traitant vertement de “khmers rouges”, ce qu’on peut interpréter ici sans nul doute comme synonyme de crassement intolérants, irrémédiablement dogmatiques, et intrinsèquement malfaisants.

Les années qui ont suivi nous ont bien montré qu’il avait parfaitement compris la situation. SOS Education donc, courageuse association de défense de l’enseignement, n’a cessé pendant des années de promouvoir activement la méthode de Singapour.  Association décriée, stigmatisée par les mêmes au pouvoir et diabolisée par la gauche caviar. Je me suis entendu répondre un jour par un collègue,  dans le conservatoire où j’enseignais (car tout le monde est touché et dans la musique les IUFM ont leur pendant, leurs satellites, les CEFEDEM qui sont tenus bride courte par les mêmes obscurantistes “pédago”), alors que je l’évoquait à propos d’un autre tabou de la bien-pensance, la méthode syllabique : « on peut défendre cette méthode sans pour autant s’allier avec les fachos »… Car de facto, étant en désaccord avec la doxa, SOS éducation ne pouvait être qu’une assemblée de nazillons.

Si le bon sens, que probablement ne contredira pas la pensée d’un mathématicien habile, est si peu audible qu’il faille lui substituer ce type de médiatisation ostentatoire – faire appel à une personnalité médiatique, brillant mathématicien, pour seulement rétablir le bon sens si longtemps décrié, et faire appel à l’exotisme (c’est où, la Malaisie ?) pour finalement promouvoir ce qui était ancré depuis plus d’un siècle dans nos traditions, c’est bien que l’intelligence commune, celle sur laquelle se fonde normalement le débat démocratique, a disparu corps et âme dans un système de pensée hautement totalitaire.

Bien de modestes enseignants qui n’ont pas sombré dans le dogme, et dont l’avancement de carrière a été bloqué pour cette raison, seraient alors d’aussi bons conseillers qu’un mathématicien prestigieux.

La méthode de Singapour était ce jour là illustrée par le commentateur par l’une de ses caractéristiques : l’emploi d’objets singuliers concrets (gobelets et billes) en cours préparatoire, pour matérialiser des opérations arithmétiques élémentaires au cours de manipulations simples. Ironie ? Achetez au hasard, d’occasion, n’importe quel ouvrage d’enseignement de l’arithmétique en école primaire datant des années 30, 40, 50, ou même antérieurs ; et vous verrez que c’est ce qu’on faisait chez nous il n’y a pas si longtemps que ça. Et que billes, grains de riz ou cailloux, gobelets ou cercles de craie ne changent rien à l’affaire. L’enseignement des mathématiques en France était alors réputé mondialement, et les classes d’élite qui forment aujourd’hui encore en France d’excellents mathématiciens vivent de cet héritage que quelques filières prestigieuses – et onéreuses – ont préservé. Face au désastre de la situation actuelle, en tant qu’enseignant de la musique  (flûte traversière, piano), il y a bien longtemps que j’ai dû compenser des lacunes qui se répercutent immanquablement  sur mon enseignement. L’un des points les plus importants étant que l’enseignement des quatre opérations, pour être cohérent, doit se faire de manière quasi simultanée, quand notre nouvelle école reporte à la fin du primaire l’apprentissage de la division, et de quelle manière ! Et que cette lacune structurelle, avec bien d’autres, conduit les enfants à être tout bonnement paralysés devant les nombres. Alors, parfois même à des élèves de secondaires, qui font de l’équilibrisme avec des concepts plus élaborés mais qui ne savent pas encore très bien qu’on peut diviser par deux un nombre impair, je dois revenir comme un instit de CP sur des concepts de base aussi élémentaires que les fractions ! Et je m’appuie évidemment pour les plus petits sur la méthode de Singa… Pardon : sur les bonnes vielles méthodes de l’éducation nation… non, de l’instruction publique d’autrefois. Si moderne.

La division ?

Voici un petit dialogue que je pratique avec des enfants de CP, sans que cela pose problème (la division est utile pour comprendre le rythme):

—    Combien cela fait, quatre divisé par deux ?

—    Je n’ai pas étudié la division (réponse souvent donnée par des enfants même de cours moyen…)

—    Ce n’est pas compliqué : tu as quatre billes : tu les partage avec un camarade, et vous en avez autant chacun. Combien en as-tu ?

—    Silence de trois, quatre secondes… Deux !

—    Bravo ; Tu viens de faire une division par deux. Plus difficile : tu as six billes : Combien en auras-tu après le partage ?

—    Silence de trois, quatre secondes… Trois !

—    Tu as compris.
Je passe à l’idée abstraite :

—    Alors, huit divisé par deux ?

—    Quatre.
En cinq minutes, on est passés du “concret” à “l’abstrait”, de l’expérience à la notion. Il n’est pas rare alors que je puisse aussitôt continuer.

—    Et trois divisé par deux ?

—    On ne peut pas.

—    Avec des billes, effectivement on ne peut pas ; mais avec des gâteaux, on peut…

“Un et demi”, puis trois et demi…  sont alors vite assimilés. Il suffit de reprendre cet exercice pendant quelques cours et l’automatisme est acquis dans la rapidité. Porte ouverte – mais ce n’est plus mon affaire, encore que… – vers la division euclidienne, base essentielle de la compréhension arithmétique. Je prolonge par des divisions par trois, quatre. Et ça marche. Mes petits de sept ans comprennent tous. Non seulement ils ont fait, mais il s’avère que le concept de division leur est acquis car ils peuvent extrapoler sans grande difficulté.

Notre nouveau ministre s’est déjà clairement prononcé face aux “pédagogues” dogmatiques dont il a la charge et dans les médias, sur un retour à la méthode syllabique. Car comment comprendre l’arithmétique si une pensée verbale cohérente vous fait défaut ? L’un d’eux a eu la meilleure idée qui pouvait lui venir : il a démissionné. Michel Lussault, président du Conseil supérieur des programmes (CSP), (lemonde.fr/education/article/2017/09/26/) : « J’ai le sentiment que le ministre n’est pas prêt à confier au CSP des missions correspondant aux chantiers à venir, comme ceux du lycée et du bac . A chacune de ses déclarations, Jean-Michel Blanquer prend grand soin de se présenter comme l’anti-Najat Vallaud-Belkacem , celui qui veut sortir l’école de la funeste politique de refondation décrite par ses détracteurs comme le parachèvement de la destruction de l’école par les « pédagogistes » et les « égalitaristes ».

Bon courage, M. Blanquer. Je crois que vous en avez, et je souhaite de tout cœur que vous soyez l’artisan d’un retour au bon sens.

Yves Queyroux, musicien, professeur de musique

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Notifiez de
kalidas

Précisons aussi une différence très importante entre Singapour et la France. Là bas, il n’y a pas de zones de non droit, pas de grèves, et quasiment pas de délinquence. Tout le monde, y compris les femmes, peut se ballader n’importe où même à 2h du matin sans subir aucun désagrément. Quant à l’école, inutile de dire que les élèves y sont attentifs et disciplinés, et que lorsqu’ils rentrent en classe, c’est pour travailler et rien d’autre. Quant au mot « pédagogiste », il est inconnu en mandarin, en malais, en tamoul et en anglais (qui sont les 4 langues officielles du… lire la suite

danielle

après la methode syllabique mon fils est tombé sur un instit qui appliquait la methode globale qui la degoute de l’ecole

dufaitrez

Matheux de formation, et devant aider enfants et petits enfants, il faut rester concret !
Comme la lecture, les maths sont un B.A.BA !
L’abstraction, menant aux sommets, est réservée aux adultes, si ils suivent !!
Macron, nul, Blanquer génial !
Avec Villani, les champs (fields) seront fertiles !

Parlervrai

On est gouvernés par des gens qui ne savent pas appliquer une règle de trois, alors comment voulez-vous réformer les maths ?
(je ne parle même pas de monsieur « ile de Guyane », il doit être gratiné en maths)

Laurent P.

Personnellement, je fais parti de la génération sacrifiée. J’ai été sauvé in-extremis par mon intérêt pour la science fiction. Dans les films et les séries de SF il y avait des ordinateurs. Et un jour mes parents ont accepté de m’acheter une calculatrice programmable, sorte d’ordinateur préhistorique. Le manuel de cette calculatrice utilisait les formules de géométrie « classiques », totalement inconnues pour moi (volume, surface, durée…) afin de montrer comment utiliser la programmation. C’est grâce à ça que j’ai compris les bases du calcul et à quoi pouvaient servir les mathématiques. Parce que sinon on ne m’avait enseigné que les surjections,… lire la suite

Gally

Mais monsieur, vous êtes un sauvage ! Vous voulez enseigner la division euclidienne à des enfants de 6 ans alors qu’elle est au programme de la 6ème ?!? Bourreau d’enfants va !
http://www.maxicours.com/se/fiche/7/1/240717.html/6e

[serait parti se pendre lorsqu’il a réalisé que la division euclidienne, qu’il étudia en primaire, est désormais officiellement enseignée au collège, si tout du moins il n’avait pas quitté la France et ne sait donc pas que ces enfants éviteront cette « éducation »]

patphil

le bon sens paysan vs l’intellectualisme bobo

Parlervrai

Mais qu’est-ce donc ça, « bon sens » ?

bon sens

toute cette simplification à visée égalitaire touche aussi la musique : on aimerait tant apprendre la musique sans devoir se taper le solfège … ok ça donne la musique actuelle : approximative, sans connaissance des règles de l’harmonie, sans mélodie, sans voix dans les chansons …
c’est en fait le même processus simplificateur partout et en tout

FLANDRE

Mais va t-on enfin s’en prendre aux multiples responsables de droite comme de gauche qui, depuis 1981 sabotent l’instruction publique : Les idiots « pédagogues » du ministère, les multiples ministres qui n’ont rien compris, les enseignants, pleutres moutons qui s’abstiennent de toute critique par peur de leur hiérarchie syndicalisée et nauséabonde, les associations de parents d’élève dirigées par de piètres parents, les parents eux-mêmes qui continuent d’élire les mêmes sinistres crapules ?

Joël

Je ne comprends pas que M. Blanquer n’ait pas viré le CSP dès sa prise de fonctions. Bon nombre d’instit…heu professeurs des écoles de nos campagnes sont bien plus pédagogues que ces bobos parisiens qui voudraient bien refaire mai 68 à chaque rentrée. Il suffit de voir le foutoir que font les programmes complètement chamboulés d’une année à l’autre et qui font qu’à chaque rentrée, les élèves ne peuvent plus se baser sur les acquis de l’année précédente mais sont tenus de pratiquement repartir de 0.
Et on s’étonne qu’ils « n’agglomèrent » pas le savoir.

Colonel de Guerlasse

Né en 1948, « matheux » et musicien, j’ai reçu l’enseignement classique. Chef d’entreprise j’ai vu le niveau du personnel de mes fournisseurs baisser à vue d’oeil, il m’arrive parfois de corriger des factures, voire de les refaire complètement. Pour la lecture, j’ai acheté le Beusher à plusieurs enfants, en faisant comprendre que leur enseignant allait s’apercevoir rapidement que l’élève allait rapidement dépasser les crétins programmés de sa classe.

al fareed

tant qu’à s’inspirer de Singapour (plus partie de la Malaisie depuis 1965) on pourrait ajouter la propreté, le respect des lois, la lutte contre la corruption etc …. et on commencera a voir le bout du tunnel.

Sylvie Danas

Oui. Et une immigration strictement contrôlée, dans un pays où nombre de métiers sont réservés aux nationaux, à commencer par celui de chauffeur de taxi. Certains diront qu’à Singapour, ça rigole pas. Effectivement, cracher un chewing gum par terre est passible de poursuites. Mais en revanche, on retrouvera au même endroit ou au poste de police le plus proche un portefeuille bien garni qu’on a laissé tomber par terre. Vous préférez Barbès ? Libre à vous

Coiron

Derrière les grandes têtes d’ânes qui ont occupé le poste de ministre , il y a une coterie de « hauts » fonctionnaires , coupables de ce déclin de l’Education Nationale ; nous aimerions bien qu’ils soient nommés et cerise sur le gâteau , les portraits publiés . Qui sont les auteurs de ces méthodes crapuleuses ?

Joël

Il n’y a pas les photos mais avec ça, vous avez déjà une idée de la brochette de charlatans : http://www.education.gouv.fr/cid75495/le-conseil-superieur-des-programmes.html#Les_membres%20du%20Conseil%20sup%C3%A9rieur%20des%20programmes
Aucun enseignant de terrain ne siège au CSP
Je peux me tromper mais il me semble qu’il y a quelque temps, RL ou RR avait publié un article avec les photos.

GAVIVA

J’ai bénéficié d’un synchronisme à faire rêver: je suis née en 83, j’ai savouré la méthode globale: une phrase écrite sur une bande de papier, les mots découpés à toi de reconstituer….La 1ère fois que j’ai vu la méthode syllabique, c’était dans la petite maison dans la prairie. Si je n’avais pas été passionnée de lecture j’aurais fini illettrée. Additions au cp, soustractions en ce1, multiplications en ce2, divisions en cm1…Je haïssais les maths. Et le pire, tous els samedi matin « réunion » en fait c’était une séance de délation, de dénonciation collective avec autocritique….On avait des instits cocos! 1995, entrée… lire la suite