Réforme du système de sante US : le rôle détestable de l'Eglise catholique

Inutile de chercher à comprendre quelque chose au système de santé américain. Tout ce qu’il faut en savoir c’est que, bien que les Américains y engloutissent des sommes faramineuses (16% de leur PIB !), il est profondément injuste puisque 36 millions de citoyens, les plus pauvres, en sont privés.
Cela explique que depuis des lustres les démocrates s’échinent à l’améliorer. Mais il faut croire qu’il y a dans cette affaire quelque chose qui touche à l’idée même que se font les Américains de leur identité, pour qu’ils refusent avec un tel acharnement de le faire évoluer.
« Ils », ce ne sont pas seulement les Républicains, puisque le 7 novembre lors du vote à la Chambre des représentants, du projet de loi sur la réforme du système de santé pas moins de 39 Démocrates ont voté contre, malgré toutes les négociations internes. Au total, la réforme, qui doit encore affronter le Sénat, a été approuvée de justesse par 220 voix pour et 215 contre.
L’adminstration Obama en avait fait une priorité, alors leurs élus, en tête desquels Nancy Pelosi la présidente Démocrate de la Chambre des Représentants, ont cherché à faire bouger les lignes, en tentant de casser l’unanimité dans les rangs Républicains (mais là c’était plutôt perdu d’avance…) et surtout en s’efforçant de limiter la division du camp Démocrate ( avec pour cible principale les cathos-à-profil-social-type-Boutin). Voilà pourquoi le compromis s’est fait sur le dos des partisans de l’avortement au sein même du camp Démocrate! Donc sur le dos des femmes.
Côté Républicain, alors même que les consignes du parti étaient catégoriques (« pas une voix pour le projet Obama, pas une ! ») il y eut tout de même la défection de Joseph Cao. Premier Américano-Vietnamien élu à la Chambre Représentant, on savait Joseph Cao, sensible à la réforme – ses électeurs de Louisiane étant encore traumatisés par le désastre consécutif à l’ouragan Katrina . Il en profita pour faire entendre sa petite musique. Ancien missionnaire jésuite, Cao a posé une condition : que la réforme inclut un amendement bannissant explicitement les subventions fédérales aux services pratiquant l’avortement. Inutile de dire que les négociations ont été bon train. Au final, l’amendement est passé par 240 pour et 197 contre !
Mais ce serait trop facile de tout mettre sur le dos de Cao. Les opposants à l’avortement ont fourbi leurs armes dès qu’ils ont flairé la possibilité d’un blocage de la réforme promise par Obama en posant des conditions sur le terrain de la lutte contre l’avortement. Ainsi, dès la fin juillet, les évêques ont envoyé une série de lettres de plus en plus sévères aux parlementaires afin de leur faire savoir qu’ils considéraient la question du financement des actes d’IVG à travers l’assurance santé, comme une affaire majeure et non négociable.
Aux funérailles du Sénateur Kennedy, au mois d’aôut, le cardinal archevêque de Boston réussit à s’entretenir avec Obama pour lui transmettre le même message : « les évêques sont prêts a soutenir la réforme mais pas si elle permet les IVG ». S’en est suivi un intense travail de lobbying des évêques auprès des prêtres et des paroissiens, pour qu’ils fassent pression sur leurs élus. Des Démocrates …conservateurs ont discuté du sujet et négocié avec leurs leaders pour qu’ils admettent les exigences des évêques. Le 8 octobre, 3 membres de la conférence des évêques ont écrit au nom de celle-ci aux parlementaires : « si la législation finale ne respecte pas nos principes, nous n’aurons pas d’autre choix que de nous y opposer ».
Nancy Pelosi la présidente Démocrate de la Chambre des Représentants, voulant à tout prix sauver la réforme Obama, a convoqué dans son bureau les Démocrates anti-avortement. Elle s’est entretenue avec la conférence des évêques pour s’assurer que les modifications apportées au texte étaient acceptables, elle a même consulté par téléphone un cardinal … à Rome !!!
Les défenseurs du droit à l’IVG se sont indignés de telles pratiques, en particulier, Cécile Richards de la Planned Parenthood Federation, a accusé les évêques d’intervenir pour « introduire leur propre idéologie dans le système national de santéde ». Au total, l’amendement au projet de réforme du système de santé interdit toute couverture des actes d’IVG par une assurance payée par les contribuables américains.
Annie Sugier

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