Régresser ? Non merci !

Les 120 jours de fêtes religieuses du Moyen Age permettaient, sans doute aucun, aux ecclésiastiques de contrôler la vie au sein de la paroisse ainsi que les pensées , les croyances , les paroles des hommes et des femmes qu’ils dominaient …
On sait le rôle joué, dans les siècles passés soumis à l’idéologie religieuse en ses composantes catholique ou protestante, par les confesseurs, prêtres et pasteurs de tout acabit dans la « gestion » des bonnes mœurs qui allait jusqu’à décider des mariages , distribuer les « bons points du salut », ou désigner les mécréants à punir …
Qui n’a encore en mémoire les méfaits, crimes et massacres perpétrés, des siècles durant, par une inquisition dont la « croisade contre les Albigeois » , au XIIIème siècle, reste remarquable par la multiplicité des bûchers qui ont éclairé , au nom de la « bonne foi » et de la parole divine immuable , le pays cathare ?
Nul n’ignore les guerres religieuses qui ont traversé notre histoire en l’endeuillant de manière irréversible, ou l’action destructrice des religions appelées à l’appui des puissants quand ils guerroyaient .
Chacun connaît la fonction éminemment politique , économique et sociale jouée par l’église catholique dominante aux XVIIème et XVIIIème siècles, en particulier, et tout au long du XXème encore malgré les limites et barrières établies, qui enfermait la femme dans la cuisine et la maternité, laissait les filles en dehors du partage des biens, les confinait dans des couvents, suscitait -dans notre « Midi »- le fichu et le noir comme vêtement caractéristique, obligeait au poisson le vendredi et au carême ensuite, bref, séparait la vie publique entre le masculin dominant et le féminin assujetti , et aliénait le libre choix de chacun !
Et il reste vif en nos mémoires le souvenir des efforts permanents faits par cette même église, tout au long des siècles, pour freiner le progrès scientifique, l’essor de la raison, la libération de la pensée…au nom d’une révélation immuable et dominatrice, au nom de textes obsolètes et illuminés, au nom de croyances manipulatrices et trompeuses.
Notre Histoire a vécu cette primauté , dans l’espace public et dans tous les domaines, de la religion, chrétienne, bien sûr, catholique majoritairement. Mais, par l’Humanisme du XVIème et les Lumières du XVIIIème en passant par les Libertins du XVIIème, elle a su mettre l’Homme au centre – et Dieu ailleurs , ou nulle part – et rendre sa vie sur Terre, ici et maintenant, essentielle , tout en libérant la pensée et en développant l’esprit d’analyse et d’observation , prémices de l’esprit scientifique et clés de la Connaissance par lesquelles la modernité s’est constituée.
Aujourd’hui, alors que notre Histoire a élaboré la société qui est la nôtre, où la femme et l’homme jouissent des mêmes droits et devoirs , où l’individu a acquis son autonomie de penser, de dire, d’agir dans le cadre d’une loi générale collectivement élaborée, où la connaissance scientifique et ses applications technologiques et techniques nous permettent de vivre d’une manière à laquelle le plus illuminé des prophètes du passé n’aurait pu songer, où se précisent les concepts de liberté individuelle, de droits (et devoirs) de l’Homme, de citoyenneté pleine et entière, certains voudraient, au nom d’une religion passéiste dont il faudrait accepter la parole « divine » révélée et la loi « livresque , par respect d’une tradition séculaire témoignage d’une civilisation obsolète, que tout cela soit remis en question et que notre espace politique et social accepte à nouveau ce qu’il a détruit dans sa longue marche vers la liberté et la démocratie.
Ces beaux esprits du « parisianisme larmoyant » nous demandent d’organiser une société à plusieurs vitesses, à plusieurs facettes, où d’immenses espaces seraient laissés à la loi religieuse, coutumière, communautaire, en espérant que cela permettra d’effacer l’unité laïque et égalitaire de la République, où l’espace public serait partagé de manière étanche entre ceux qui croient en Allah, ceux qui croient en Dieu, ceux qui se réfèrent à la loi d’un livre, ceux qui préfèrent la croyance aveugle en une autre divinité (remarquons que ces « bien pensants » compassionnels et communautaristes ignorent toujours, dans leurs discours, les 30% de français qui ne croient en rien), chacun vivant au gré de sa loi étroite.
Ces humanitaristes de la tolérance libertaire et libérale nous suggèrent de régresser. Car se retrouver soumis à la loi religieuse, à la règle traditionnelle, à la coutume ancestrale – quelles qu’en soient les origines – est une régression historique et humaine .
Et force est de remarquer qu’ils ont un accès privilégié à la caisse de résonance des média, qu’ils trouvent des relais complaisants dans le monde politique de droite comme de gauche (et au plus haut niveau), qu’ils sont soutenus par de supposés « laïques » qui ne le sont que si la laïcité est « positive », ou « ouverte », ou « rénovée » ,ou « du XXIème siècle » ou encore « de tolérance » ,comme le disait une ancienne candidate à la présidence de la République.
Comme homme libéré de toute croyance révélée, comme citoyen responsable construit dans le lent cheminement de la lutte historique pour la démocratie et le principe d’organisation laïque de la République, comme individu pénétré de l’esprit de raison construisant ma liberté d’homme, je dis « non , trois fois « non », mille fois « non » – pour mon pays, et pour les hommes et les femmes qui l’ont construit et le construisent encore- à cette régression .
Empédoclatès
« Du bon usage de la raison »

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