Renaud Camus : Jamais la France et le peuple français n'ont été soumis à une menace aussi grave

Riposte Laïque : Vous étiez plutôt connu comme écrivain. Vous avez créé le Parti de l’In-nocence, en 2002. Pouvez-vous expliquer les raisons de cette démarche ?
Renaud Camus : Le désespoir, principalement. 2002, c’est l’année du choix impossible, Chirac – Le Pen — impossible parce qu’aux deux parties en présence il était pour moi exclu d’apporter mon vote. Chirac (et Jospin ç’aurait été bien sûr la même chose), c’était la continuation de la politique en cours, l’immigration à outrance, la porte ouverte à la contre-colonisation, le délabrement de l’École, la grande déculturation, l’assentiment passif à ce qui survient, l’amitié du désastre. Le Pen, c’était le drame par excellence de notre époque historique, ou plutôt sa tragédie, car cette aporie est d’essence tragique : un homme et un parti qui sur le point capital de la situation en cours, à savoir ce que j’appelle, moi, le Grand Remplacement, voient juste, disent juste, prédisent juste et sont seuls à le faire ; mais auxquels il est impossible de se rallier parce que d’autre part ils s’ingénient, à coups de mauvaises petites phrases, de plaisanteries abjectes, de provocations sinistres, à des ambiguïtés sordides, à des compromissions intolérables, à des contradictions radicales vis à vis de ce qu’il faudrait défendre, la culture, la civilisation, l’histoire, l’honneur, la liberté. Oui, ce beau sujet de tragédie : un homme est seul à voir juste mais par les mots qu’il emploie, par les associations qu’il suggère, il semble faire exprès d’interdire qu’on se rallie à sa vision et qu’on adhère à sa personne, qu’il fait tout pour rendre haïssables.
Riposte Laïque : Vous avez annoncé votre intention de vous présenter aux prochaines élections présidentielles. Quel message voulez-vous faire passer, et pensez-vous sérieusement avoir les moyens d’aller au bout de cette démarche ?
Renaud Camus : Mon message est qu’il y a le feu à la maison, que jamais la France et le peuple français n’ont été soumis à une menace aussi grave, qu’il en va de leur indépendance et de leur existence même, car si leur identité est changée, comme c’est en train de se produire à grande vitesse, par définition ce n’est plus d’eux qu’il s’agit, sinon au sens purement géographique, comme Metternich disait de l’Italie que c’était une expression géographique. Il n’y aura plus de France qu’en tant qu’ expression géographique, ce à quoi nous préparent bien sûr l’enseignement de l’oubli, l’effondrement de la langue et la grande déculturation. J’irai forcément au bout de ma démarche puisque le bout de ma démarche sera le bout de mes forces.

Renaud Camus (2e à partir de la gauche), présent à l’apéro saucisson-pinard du 18 juin, avait salué les organisateurs.
Riposte Laïque : Ecrivain, vous avez subi, il y a plusieurs années, un véritable lynchage médiatique, vous accusant d’antisémitisme. Comment se remet-on d’une telle épreuve, et quel est votre regard actuel sur les médias ?
Renaud Camus : Mon regard sur les médias ne dépend pas de ce qui m’est arrivé, c’est ce qui m’est arrivé qui était la conséquence de mon regard sur les médias. Eux et moi nous sommes détestés d’emblée, bien avant l' »affaire ». Je les ai toujours critiqués. Or ils sont le dieu terrible qui n’oublie ni ne pardonne. Ils peuvent vous traîner dans la boue, vous ridiculiser, vous couvrir d’opprobre, gâcher ou détruire votre vie, mais eux, qui pourtant, intellectuellement, moralement, ne sont pas au-dessus de tout reproche, eux ne peuvent faire l’objet d’aucune critique, ne tolèrent pas le moindre reproche. Un homme qui critique un journal, un hebdomadaire, une émission de radio ou de télévision, est un homme mort aux yeux de ce journal ou de cette émission. Et s’il n’est pas mort on le tuera, on l’effacera, il n’existera plus. Nous sommes dans la situation historique sans précédent où le pire ennemi de la liberté d’expression, celui que se charge avec enthousiasme d’en dénoncer et traquer en permanence les fidèles, c’est celui-là même pour qui elle a été inventée, le journalisme (au sens large).
Cela dit il y a une énorme différence de position, pour moi, entre l’affaire à laquelle vous faites allusion et les conditions actuelles. En 2000 on était dans la plus totale ambiguïté, les accusations dont je faisais l’objet n’avaient aucun fondement, j’avais d’autant plus de mal à m’en défendre qu’elles étaient le contraire même de ce que je pouvais ressentir et penser (et qu’on ne me donnait nulle part l’occasion d’exprimer, bien entendu). Aujourd’hui, au contraire, il n’y a aucune ambiguïté. On me reproche de parler d’ immigration massive, de Grand Remplacement, de contre-colonisation, d’ islamisation : tout cela est parfaitement exact, je plaide coupable. Évidemment l’adversaire n’en juge pas selon les mêmes critères que moi, il me traite de raciste et moi je ne me vois pas le moins du monde comme raciste, bien entendu ; mais je le suis certainement selon ses critères à lui, qu’il croit justes et que je crois faux. Il y a ambiguïté sur les mots, divergences quant au jugement à porter sur mes opinions. Il n’y a pas ambiguïté sur le fond, sur ces opinions elles-mêmes. C’est beaucoup plus confortable.
Riposte Laïque : Vous interviendrez aux prochaines assises sur l’islamisation de l’Europe. Vous étiez déjà présent le 18 juin sur les Champs-Elysées. Pourquoi, vivant dans le Gers, êtes-vous si sensible à cette question ?
Renaud Camus : Ça alors, je n’ai jamais compris ce type d’approche. Je vis dans le Gers, ça ne m’empêche pas d’être français, citoyen français, d’avoir des opinions à propos de mon pays et de la politique en général, opinions qui ne sont pas entièrement conditionnées, j’espère, par les circonstances de ma vie personnelle. D’ailleurs je suis constamment sur les routes.
L’islam est une grande civilisation qui a développé, à de certains moments de son histoire, un art admirable en de certains domaines, l’architecture, la poésie, la musique. Je suis pour la diversité du monde, la vraie, alors que ceux qui n’ont que ce mot à la bouche et en appellent éternellement à l’autre, à l’Autre, me semblent ne préparer que le triomphe désolant du Même, du Pareil au Même, du sinistre village universel, cette banlieue généralisée fondue dans la déculturation de masse.
L’étrange est que pour l’islam la phase actuelle d’expansion tout azimut, de diffusion et de conquête, ne semble pas du tout coïncider avec un grand moment de civilisation comme il en a connu au cours de son histoire. Frappe surtout au contraire, dans tous les pays où il règne déjà, et qui sont tous, peu ou prou, des dictatures, la curieuse inaptitude au politique, au contrat social, à ce moins pour le plus qui est à l’origine de toute organisation pacifique de la cité et que nous appelons pour notre part, à l’In-nocence, le pacte d’ in-nocence, de non-nocence. Seule la tyrannie arrive à contrôler tant bien que mal cette apparente incapacité des sociétés islamiques au pacte social. Dans tous les pays de culture islamique la dictature parvient seule à pallier par la force, par la peur, par le truquage électoral, le refus civilisationnel, de la part de chacun, du moins pour le plus qui est la condition indispensable de l’État de droit et de la démocratie, ce formalisme. Or, dans nos pays, la nocence, qui va des fameuses « incivilités », si délicatement nommées, jusqu’au crime organisé, et qui fait déborder nos prisons, est, avec les ventres, avec la démographie, l’instrument même de la conquête, par l’espèce de ménage ethnique auquel elle se livre en permanence, obligeant à fuir de son aire d’action tous ceux qui n’en peuvent plus de l’endurer quotidiennement ; et de la sorte élargissant sans cesse les territoires déjà soumis au conquérant, déjà soustraits à l’autorité de la loi indigène.
C’est pourquoi il est absurde de séparer, comme le font sans cesse les autorités en leur avide collaboration à ce qui survient, la lutte contre la délinquance, le policier, le social, le pénal, le répressif, le pénitentiaire, et d’autre part le politique, l’immigration, la défunte intégration, le multi-culturalisme, l’aménagement du territoire. Entre ceci et cela il n’y a pas de solution de continuité. De la part d’une civilisation qui n’a jamais bien fait la distinction entre la guerre et la razzia, la nocence est la forme militaire de la conquête, de même que la démographie, les familles nombreuses ou très nombreuses, sont sa forme sociale. Il ne faut pas s’y tromper : les casseurs, les brûleurs d’école et de bibliothèque, les agresseurs de pompiers et les voleurs de sacs à main de vieille dame, les petites frappes de R.E.R. et les caïds de cités sont des soldats, des guerriers, des conquérants, le bras armé de la contre-colonisation, laquelle est beaucoup plus une colonisation, une vraie, que la colonisation le fut jamais.
Le grand mérite des concepts de nocence et d’ in-nocence c’est qu’ils font le lien, qu’ils permettent d’envisager ensemble le politique et l’écologique (la nocence c’est bien sûr la nuisance, la pollution, la dévastation de la terre, son devenir-banlieue), le politique et le quotidien, les wagons du R.E.R., les halls d’immeubles, les « événements », les « cités sensibles » ; et, bien sûr, la langue pourrie, pervertie, mensongère, imposée par l’antiracisme dogmatique et par les porteurs de valise du Grand Remplacement — cette langue si merveilleusement pudique qui sert à ne pas dire, à ne pas voir, à ne pas montrer, à ne pas croire et surtout à ne pas nommer ce qu’on éprouve pourtant tous les jours : incivilités, justement, cités sensibles (la plus poétique de ses inventions délicates), quartiers populaires, jeunes, diversité, multiculturalisme, etc.
Riposte Laïque : Vous venez de publier, aux éditions David Reinharc, votre dernier ouvrage, L’abécédaire de l’In-nocence. Est-ce un programme présidentiel ?
Renaud Camus : C’est plus et moins. D’abord c’est un ouvrage collectif, rédigé par les membres du parti, par ses sympathisants, par les habitués de son forum et par moi : une anthologie, classée par ordre alphabétique selon les principes de la collection. Par ordre alphabétique comme tout le reste il y a un bon nombre des communiqués du parti, publiés presque quotidiennement depuis dix ans, des interventions de membres ou de non-membres sur le forum d’In-nocence.org, et bien sûr le programme du parti, qui n’est pas un programme présidentiel à proprement parler mais qui ressemble beaucoup à ce que serait le mien.
Vous savez, nous sommes très attachés aux institutions de la Cinquième République. Un président tel qu’elles le conçoivent n’est pas un technicien, pas nécessairement non plus un politicien. On a eu à ce poste beaucoup de professionnels de la politique, dernièrement : on a vu ce qu’ils avaient donné. Un journaliste m’a trouvé peu disert sur les quotas laitiers, ces jours-ci. Je ne nie pas l’importance du problème, mais enfin il s’agit bien des quotas laitiers ! Pour en finir ici comme j’ai commencé : le feu est à la maison. Il s’agit de la survie, ou non, de la culture et de la civilisation française, de l’indépendance de la France, de la liberté de son peuple, de sa perpétuation dans son identité ou de son absorption définitive et sans recours dans la déculturation « diversitaire », majoritairement musulmane. À propos de l’immigration, à propos de l’École, à propos du destin de notre culture nationale et de nos modes de vie, les électeurs comprendront toujours très bien ce que je représente. Si dans les circonstances que nous vivons ils en sont encore à se déterminer pour un candidat ou pour un autre en fonction de ses vues sur les quotas laitiers ou sur le mariage homosexuel, nous n’avons pas grand chose à nous dire et je n’ai rien à leur offrir. En revanche, à ceux qui pensent comme moi que notre pays et notre peuple, soumis à la menace du Grand Remplacement, sont confrontés à l’une des crises nationales les plus graves de leur histoire, à ceux-là j’offre l’occasion de se compter et d’agir, de refuser ce qui arrive.
Propos recueillies par Pierre Cassen

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