Rendre sa monnaie au peuple : un exercice de démocratie

Publié le 9 mai 2018 - par - 13 commentaires - 742 vues

Rendre sa monnaie au peuple : un exercice de démocratie et de saine économie

A propos du référendum suisse et de la conférence à l’Assemblée nationale française

1 De la monnaie

La monnaie n’est pas un phénomène facile à comprendre. Un prix Nobel (l’Américain Joseph Stiglitz) la définit par ses trois fonctions d’échange, de compte (et d’évaluation), de réserve (et thésaurisation). Ce faisant Stiglitz – comme tous ses collègues –  demeure tellement classique que – sans le savoir – il reprend la définition de la monnaie donnée par Aristote il y a 25 siècles. Tout aussi vraie et intangible que les théorèmes contemporains d’Euclide, Thalès , Pythagore, Archimède.

Mais pour assumer sans désordre ses fonctions, la monnaie doit être adaptée à ce qu’elle mesure en restant sincère et stable. Que dirait-on d’un décimètre en caoutchouc où d’un poids qui perdrait son contenu de limaille de plomb ? Une balance dont le fléau serait faussé ?

Depuis la nuit des temps, on a tenté de donner à la monnaie cette stabilité en utilisant des biens utilisables pour d’autres usages possibles (une sorte de troc transposé), dont la diffusion géographique suffisante permet l’échange universel, et dont la rareté relative assure la stabilité des cours : blé, sucre, cauris, bronze, argent et or.

Assez tôt dans l’histoire, le pouvoir politique a estimé qu’il était d’ordre public de garantir la sincérité de la monnaie : dans l’Athènes de Périclès, l’unité de monnaie était la drachme de 4,36 grammes, dévaluée deux siècles plus tard à 2,65 grammes. Car l’État se paye pour ses missions (le ”seigneuriage”) d’émission, de frappe ou d’impression, et de contrôle. Si le Temple a perfectionné les instruments de paiement (lettre de change) ce fut toujours en  respectant le poids des monnaies mentionnées sur les documents.

2 Des errements monétaires

Pourtant il y eut  des tentatives hasardeuses et catastrophiques de remplacer l’or par des billets censés le représenter : les billets de John Law sous la Régence, puis les assignats de la République.

En 2008 c’est l’affaire des subprimes : mêmes causes mêmes effets… Émission de monnaie scripturale incontrôlée par les banques privées qui consentent des crédits insensés. Ce sont les contribuables qui ont dû financer les banques privées en faillite technique; et ils ont parfois perdu leurs économies et leur maison…. Le peuple suisse a dû, lui aussi, payer pour sauver  certaines  banques privées qui s’étaient mises en danger.  Mais la seule vraie démocratie au monde a décidé de revenir à de sains principes.

Certes, on a tenté d’organiser le secteur bancaire pour prévenir le retour d’un tel fléau ; ce sont les accords ”Bâle III” (2010). Notamment en (ré-) introduisant des ratios de liquidité (le LCR ou Liquidity Coverage Ratio et le NSFR ou Net Stable Funding Ratio. Mais il demeure que les taux de couverture par les fonds propres ou empruntés sont très faibles (de 2 à 10 %) . Et les accords Bâle III ont ignoré le hors bilan qui est la cause du krach de 2008…

Depuis 1973, avec la suppression de l’équivalence garantie or/dollar (qui était la monnaie mondiale de référence), le système monétaire et bancaire est instable et injuste : il autorise des fortunes spéculatives indécentes des inutiles (Soros) et provoque la ruine odieuse des plus méritants et utiles. Le Serpent monétaire européen (Bâle I) n’y a pas résisté.

A l’heure actuelle selon le FMI (2017) la dette du secteur non-financier de l’économie mondiale a atteint un montant record de 152.000 milliards de dollars, soit plus du double (2,25) de la richesse mondiale… Certains auteurs chiffrent le total de toutes les dettes souveraines et privées à 1 million de milliards de dollars… Cette bulle est nécessairement vouée à éclater.

3 De l’Initiative Monnaie Pleine (http://www.initiative-monnaie-pleine.ch/)

Ce projet suisse a un triple mérite :

– il est démocratique puisque le projet de loi a été proposé à la votation par une démarche citoyenne (référendum d’initiative populaire)

– il est constitutionnel puisque le référendum propose d’inscrire le contrôle de l’émission monétaire par l’État dans la Constitution !

– il est économiquement sain et imparable puisque empêchant à jamais la constitution de bulles par un strict contrôle de l’émission monétaire à proportion du réel économique et éventuellement des besoins (relance).

Voici ce qu’en disent les promoteurs de cette votation :

“1. Seule la Banque nationale créera la monnaie scripturale.

2. Les banques ne pourront plus créer de la monnaie scripturale ; elles ne prêteront que de l’argent existant mis à leur disposition par les épargnants, les autres banques ou la Banque nationale.

3. La Banque nationale pourra mettre en circulation la nouvelle monnaie aussi par des versements sans dette à la Confédération, aux cantons et aux citoyens.”

La monnaie n’est ni de droite ni de gauche. Elle devrait être un bien commun au service de l’intérêt général. Toutefois il n’en est plus ainsi : en offrant des crédits avec de l’argent qu’elles n’ont pas les banques privées émettent de la monnaie scripturale (purement artefactuelle) qui n’existe pas. De la fausse monnaie comme l’avait démontré notre grand Prix Nobel, Maurice Allais.

Un colloque est organisé à l’Assemblée nationale française :

Demain : quelle monnaie pour quel monde ?

Conférence débat. Assemblée nationale, 24 mai 2018 – 14h/18h-126, rue de l’Université, Paris 7e Salle 6217

IMPORTANT : Inscription obligatoire avant le 17 mai par mail à :  miwerrebrouck@nordnet.fr

Préciser nom, prénom, date et lieu de naissance. Une pièce d’identité sera requise à l’entrée. Se présenter 30 minutes avant 14h

Problématique

La monnaie est-elle, peut-elle, ou doit-elle être un simple moyen neutre d’échange et de réserve ou, aussi, un moyen de gouvernance économique, de prospérité, voire un objet de spéculation ?

Dollar, convertibilité-or, crise de l’Euro, explosion de la dette mondiale, spéculations sur le marché monétaire, crise des subprimes, bitcoin, émission monétaire par les banques privées, relance keynésienne, 100 % Money… Le référendum constitutionnel suisse d’initiative populaire du 10 juin 2018 sur la ”monnaie pleine” réactive un débat de fond séculaire : Qui décide et qui contrôle l’émission monétaire ? Une occasion de reprendre ce débat crucial mais souvent oublié.

Henri Temple

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Notifiez de
Eschyle 49

Deux observations : 1) qui a déclenché la crise des subprimes , en 2008 ? Jacques ATTALI , le type qui déclenche une catastrophe planétaire , chaque fois qu’on lui confie une responsabilité : http://www.claudereichman.com/articles/martoiamareenoire.htm
2) quelle est la dette des USA , et uniquement des USA ? Selon Laurence KOTLIKOFF ,
Professeur à Boston , entre 210 et 350 billions de $ , soit 350.000 milliards de $ .
Pour le reste , lisez William BONNER .

Brouillon

” Et les accords Bâle III ont ignoré le hors bilan qui est la cause du krach de 2008…”. L’accord avait de trous.

Dody

Bonjour,
quelqu’un pourrait t’il publier les chiffres des dettes publiques.
Combien la France et la Suisse… Ont t’ils emprunté et combien ont t’ils remboursé ?
Quel taux d’intérêt cela représente t’il ?
Où va cette argent ?

Il est temps d’informer correctement la population des réalités des dettes publiques.

Merci

Véronique HURTADO

La TVA était une idée française qui s’est répandue ensuite dans le monde entier. Pourquoi est-on incapables d’appliquer une TVA variable en fonction des revenus de chaque foyer, sachant que quasiment tout le monde est obligé d’avoir aujourd’hui une carte bancaire ? En Lituanie, la carte d’identité nationale connectée a simplifié la vie administrative des citoyens. Si la puce de la CNI française comportait le taux de TVA à appliquer par le marchand, la TVA deviendrait l’impôt le plus juste qui soit. Il n’y aurait plus besoin d’impôt sur le revenu. Chacun paierait l’impôt chaque fois qu’il achète un produit de consommation, en fonction de son revenu, grâce à une TVA variable dont le taux serait fixé par les services du fisc et marqué sur la puce de la CNI. Justice fiscale = justice !

Véronique HURTADO

En France, j’attends l’économiste sincère et pragmatique qui travaillera sur la remise à plat d’une réforme fiscale, puisque la Dette de l’Etat, c’est un impôt prélevé d’abord sur le peuple, qu’importe la nature de sa monnaie. L’impôt direct pourrait être supprimé puisque tout est “traçable” en économie marchande. Je m’explique : le seul impôt réellement recouvré et payé par tous, c’est la TVA. C’est l’impôt le plus injuste qui soit ! Le pain coûte le même prix pour le pauvre ou le riche. Si la TVA était de 5 % pour le pauvre, de 10 % pour le riche, et même 20 % pour le très riche (équivalente à 19,60 % sur les produits de loisir), quelque soit le produit vendu et le service rendu, l’Etat y gagnerait. Le paiement par CB permettrait d’appliquer une TVA variable par quotient familial.

Véronique HURTADO

Les Français sont prisonniers d’aberrations économiques telles que l’obligation de domicilier leurs revenus sur un compte bancaire, même si ces revenus sont inférieurs à 2000 euros. Déjà, il faudrait LIBERER le peuple français de cette obligation tyrannique qui fait payer aux plus pauvres des pénalités pour être pauvres. Les frais de gestion bancaire sont devenus exorbitants en France et ce sont les plus misérables qui enrichissent les banques françaises grâce aux agios, commissions d’intervention et j’en passe. Aujourd’hui le Français paie même pour ne pas utiliser un compte bancaire, frais de compte inactif, ce qui est proprement ahurissant. Où est le service à payer ? Les économistes seront sincères quand ils réfléchiront à libérer les Français de l’usure bancaire et de la Dette d’Etat.

Véronique HURTADO

Retrouver la liberté de créer sa propre monnaie, c’était le programme du FN, avant le départ de Florian PHILIPPOT. Marine LE PEN, quelque peu incompétente en matière économique, a abandonné cette “idée” car elle ne peut en débattre sérieusement. J’ai lu votre article qui demande un niveau de connaissances pas donné à tous, il paraît. Merci de “vulgariser” le problème de la “Dette” publique. Cependant il manque la partie “audit” de la Dette publique. Votre article aborde le problème monétaire, “vestimentaire” de cette Dette. Comment on l’habille ! Mais, oripeaux ou pas, la question est : – Quelles sont les dépenses ? Et quelles sont les rentrées d’argent ? Dévaluer une monnaie ne fait pas disparaître une Dette d’Etat. Il faut trouver les richesses, produire et vendre. Comment ?

Véronique HURTADO

Est-ce le moyen qui est en cause ou la fixation du prix pour les services et les produits ? Le “juste prix”, c’était cette idée folle ou rationnelle qu’un produit était facturé à partir du coût de sa matière première, de la complexité de sa fabrication et le temps de main-d’oeuvre humaine. Le coût des transports venait s’ajouter à ces déterminants logiques, si le produit était vendu “plus loin”. Aujourd’hui des produits chinois sont vendus moins chers qu’un produit français, ce qui est totalement illogique au vu du prix des transports de marchandises. Compter la “taxe carbone”, le coût du transport REEL, et non pas créer une usine à gaz sur la possibilité de vendre sa pollution (!), serait déjà perspicace. Plus besoin de protectionnisme ! Juste la logique écologique rationnelle.

dufaitrez

Chère Madame, je vous ai lu avec soin. (5 comments). Pas une faute d’ortho ! Rare ! Sur le fond :
Si nous sommes d’accord sur les affres de la Mondialisation, je ne détaille pas… nous sommes en opposition sur votre TVA “prélèvement à la source”, ajoutée à l’autre !
Progressivité de l’impôt dès le premier euro dépensé ? Enfermement fiscal dès la baguette de pain ? Même Marx n’y avait pas pensé ! Bien à vous.

dufaitrez

Pas étonnant qu’il y ait si peu de réponses, malgré vos efforts…
Pour un Economiste, la Monnaie est l’un des paramètres les plus compliqués, car tant de facteurs interviennent. Beaucoup ont écrit des âneries !
Quand la dette mondiale atteint 230.000 Mds de $, tout devient irréel !

Brouillon

Pour un Economiste, la Monnaie est l’un des paramètres les plus compliqués… ” Pour un économiste ! En réalité ce n’est pas si compliqué que ça. Il faut sortir de l’Europe et de l’Euro !

patphil

votation! référendum… les néerlandais l’ont supprimé car trop dangereux de donner la voix au peuple qui ose être malpensant!

Reconquista

Je ne suis pas un économiste, ni un bon gestionnaire, mais ma monnaye, échangée contre mon travail, donc mon temps de vie, de responsabilité, de formation, ma sueur, mon usure et ma fatigue, c’est aussi MA LIBERTE.
Piller notre monnaye comme le fait l’état puisqu’il nous confisque quasiment 75% de la valeur initiale de notre travail, c’est s’attaquer à notre vie et nous imposer quasiment un statut de travailleur forcé, qu’elles que soient les bonnes raisons que les pilleurs inventent et évoquent.

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