Repentance : notre faute, cela a été la décolonisation à la hussarde

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« La première forme de la colonisation, c’est celle qui offre un asile et du travail au surcroît de population des pays pauvres ou de ceux qui renferment une population exubérante. »

(Jules Ferry, en 1885)

« Les colonies sont la meilleure école de la vie pratique, du commandement efficace, de la responsabilité quotidienne. Dans cette école, diplômes, rangs, hiérarchies compliquées ne veulent rien dire. Ce qui compte, c’est simplement de résoudre les problèmes. »           (Hubert Lyautey, en 1912)

Troisième et dernier volet de mes articles sur le colonialisme puisque ce sujet brûlant amène des réactions toujours  vives (et sans nuances) sur les sites, les blogs et les réseaux sociaux.

Chez nous, il ne se passe pas une semaine sans que les « décoloniaux », « indigénistes », « racialistes », etc.,bref  les membres d’associations antiracistes et/ou de défense des minorités, ne manifestent contre le pays qui les accueille, les abreuve d’aides et de subventions diverses, et dont ils sont devenus citoyens  grâce au « jus soli » – le droit du sol – cette ineptie qui consiste à nous faire croire qu’une vache née dans une écurie serait un cheval.

Avec la complicité de « collabos » blancs venus de l’ultragauche, ces gens-là nous insultent et nous traitent de racistes… Et le « Souchien » culpabilisé bat sa coulpe et rase les murs, honteux d’être le descendant de colonialistes – pire, d’esclavagistes – coupables, nous dit-on, d’avoir pillé l’Afrique, retardant son épanouissement culturel, sa marche vers le progrès et son industrialisation.

Nous subissons ce discours depuis, en gros, le « regroupement familial » voulu par le tandem Giscard-Chirac, mais avec Emmanuel Macron, qui a osé qualifier le colonialisme de « crime contre l’humanité », les revendications de nos ex-colonisés s’accélèrent et s’amplifient.

Grand amateur de voyages, j’ai passé ma vie (1) à chercher les traces de l’œuvre française dans le monde. Je vais donc, une nouvelle fois, vous parler de l’Empire français, et d’une histoire dont nous n’avons pas à  rougir, bien au contraire (2): nous devrions en être fiers !

Commençons par notre premier Empire colonial : le temps des conquêtes monarchiques.

Il est né  de la rivalité avec l’Empire austro-espagnol de Charles Quint.  François 1er  contestait le monopole de l’Amérique aux Espagnols et aux Portugais accordé par le traité de Tordesillas.

La justification affichée de cette colonisation était  la propagation de la foi chrétienne (rôle des missions). L’autre raison, la vraie, est plus… mercantile : on voulait que les colonies fournissent les cultures exotiques que la métropole n’assurait pas (sucre, café, indigo, etc.).

Les Français s’implantent en Inde entre 1719 et 1763, grâce à Joseph François Dupleix.

En Amérique, la « Nouvelle-France » comprend presque la moitié de l’Amérique du Nord. Elle forme quatre colonies dont l’Acadie, le Canada, Terre-Neuve, et la Louisiane.

Après le Traité d’Utrecht, en 1713, elle perd l’Acadie (partie sud), la Baie d’Hudson, et Terre-Neuve (Plaisance). Mais elle forme deux nouvelles colonies : l’île Royale et l’île Saint-Jean.

Tout s’écroule au Traité de Paris en 1763, après la guerre de Sept Ans : nous perdons le Canada, l’Acadie, l’île Royale, l’île Saint-Jean, et la partie Est du Mississippi (qui faisait partie de la Louisiane).  Nous reprîmes  la Louisiane occidentale avec pour seule condition de ne la vendre ni à l’Angleterre, ni aux Américains. C’est pourtant ce que fera  Napoléon trois ans plus tard, en 1803.

En 1804, les Français perdaient le dernier fleuron de leur premier Empire colonial : la colonie de Saint-Domingue proclame son indépendance et devient la République d’Haïti.

Je vous laisse méditer sur l’état actuel d’Haïti, plus de deux siècles après son accession à l’indépendance. Du temps du colonialisme, elle était surnommée « la perle des Antilles ».

Une autre remarque me vient à l’esprit : à la Révolution, les libres-penseurs et autres apôtres des Lumières seront presque tous partisans du « réalisme économique » qui prône qu’ « il ne peut y avoir de colonies sans esclaves » (3). Pourquoi n’en parle-t-on jamais ?

Après la chute du Premier Empire, la France ne conserve que quelques possessions : les cinq comptoirs de l’Inde, La Réunion, l’île de Gorée au Sénégal, quelques îles des Antilles (Guadeloupe, Martinique, Saint-Martin…), ainsi que la Guyane et Saint-Pierre-et-Miquelon.                                                             

Notre seconde période coloniale, qui m’intéresse davantage que la première, commence avec le Second Empire. Elle porte l’empreinte de Napoléon III et Chasseloup-Laubat (4), son ministre de la Marine et des Colonies. Ce dernier entreprend une modernisation de la marine de guerre qui permet d’améliorer la capacité d’intervention des troupes coloniales.

Mais, préalablement, au début de l’année 1830, Charles X, alors au plus bas dans l’opinion publique, décidait de se lancer à la conquête de l’Algérie (5).

Chronologiquement, l’annexion de la Nouvelle-Calédonie, en 1853, constitue la première conquête coloniale de l’Empereur. En Afrique, il nomme Faidherbe au poste de gouverneur du Sénégal. S’ensuivront la fondation du port de Dakar et la création du fameux corps des Tirailleurs sénégalais. L’implantation du comptoir des Rivières du Sud, en 1859, puis l’acquisition de la côte du Gabon en 1862 sont les principales étapes de la pénétration française en Afrique de l’Ouest.

En Afrique de l’Est, Napoléon III signe en 1862 un traité de commerce avec Madagascar où s’installe un consulat de France. La politique impériale vise principalement à contrer l’influence britannique. La même année, 1862, la France obtient  la cession du petit territoire d’Obock sur la côte nord du golfe de Tadjourah.

Au Maghreb, nous  renforçons  la présence des conseillers militaires français dans l’armée du Bey de Tunis. Puis le Second Empire étend le domaine français en Algérie et entreprend la conquête de la Cochinchine et du Cambodge, de nombreuses îles dans le Pacifique (aujourd’hui en Polynésie française) et du Sénégal.

En Europe, Napoléon III exerce sa politique expansionniste en annexant la Savoie et le Comté de Nice en 1860, par le traité de Turin. Notons au passage que l’Algérie était française 30 ans avant le Comté de Nice et la Savoie.

Ensuite, la France colonise progressivement la majeure partie de l’Afrique occidentale  (l’AOF) et équatoriale (l’AEF), l’Indochine, ainsi que de nombreuses îles d’Océanie.

Lors de l’exposition universelle de 1895, la France, pourtant sévèrement battue en 1870, pouvait légitimement s’enorgueillir de son Empire colonial.

En Afrique: l’Algérie, le protectorat de Tunisie, le Sénégal, le Soudan, la Guinée, la Côte-d’Ivoire, le Dahomey (dont la conquête s’achève), le Congo, la Côte des Somalis, la Réunion, Nossi-Bé, les Comores et  un vague protectorat sur Madagascar.

En Asie: les cinq comptoirs de l’Inde et l’Union Indochinoise (la colonie de Cochinchine, avec Saïgon, les protectorats d’Annam, du Tonkin, du Cambodge et des principautés laotiennes).

En Océanie: la Nouvelle-Calédonie, les Îles Loyauté, Wallis, les Îles de la Société, les Marquises, Tuamotu, et un protectorat partagé avec l’Angleterre sur les Nouvelles-Hébrides.

En Amérique: la Guyane, la Martinique, la Guadeloupe, un droit d’établissement à Terre-Neuve et Saint-Pierre-et-Miquelon. Cette même année 1895, notre corps expéditionnaire de 20 000 hommes annexera, pour de bon, Madagascar.

Le 14 avril 1900, sous des trombes d’eau, le Président  Emile Loubet, dit « Mimile », dit aussi « le Président à l’Ail » car son accent fleure la Provence, inaugurait une autre exposition universelle.

La France coloniale y était encore plus grande que lors de l’exposition de 1895. Éprise de modernisme, elle avait inventé l’automobile, la motocyclette, la bicyclette et se préparait à faire voler un « plus lourd que l’air ». L’exposition fut, selon les témoins de l’époque, grandiose. On rendit un hommage unanime et vibrant au commandant Marchand, humilié par l’Anglais à Fachoda.

Cet Empire  va atteindre son apogée après la Première Guerre mondiale, lorsque la France reçoit de la Société des Nations un mandat sur la Syrie et le Liban.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les territoires français d’outre-mer sont un enjeu central. Et, à la fin, c’est l’armée d’Afrique qui viendra au secours de la métropole en débarquant en Provence le 15 août 1944.

Mais l’Empire, gangrené et noyauté par les Soviétiques d’un côté et les Américains de l’autre – et ce pour la même raison : nous chasser de nos colonies – n’oublie pas notre humiliante défaite de juin 1940. La France a été faible, elle a subi une défaite mémorable, elle le paiera très cher !

Malgré des tentatives d’intégration (l’Union Française en 1946), le ver est dans le fruit ; le détricotage de notre Empire va commencer. La décolonisation de l’Afrique occidentale et de l’Asie diminue drastiquement l’Empire, entre 1954 (accords de Genève) et 1962 (accords d’Évian).

En 1958, de Gaulle réussit à revenir au pouvoir en se présentant comme le défenseur de l’Algérie française, entre autres… « De Gaulle c’est l’Empire » disait la presse de l’époque.

Prendra-t-on conscience, un jour, de ce que de Gaulle a fait de notre Empire, de ses richesses  et des populations amies qui le peuplaient ?  Un tel gâchis donne le tournis !

1960 sera une année charnière dans cette braderie. Après la Guinée rebelle – indépendante par vote majoritaire de ses habitants depuis le 2 octobre 1958 – ce sera le tour du Cameroun (1er janvier 1960), puis c’est tout notre Empire africain qui va suivre. Indépendance  du Togo (27 avril), du Dahomey (l’actuel Bénin, 1er août), de la Haute-Volta  (l’actuel Burkina-Faso, 5 août) du Niger, (5 août également), de la Côte d’Ivoire (7 août) du Tchad (11 août), de l’Oubangui-Chari (République Centre-Africaine, 13 août), du Moyen-Congo (Congo-Brazzaville, 15 août), du Gabon (17 août), du Sénégal (20 août), du Soudan français (Le Mali, 22 septembre), de la Mauritanie (28 novembre), de Madagascar enfin (14 décembre). Deux  ans plus tard, ce sera le tour de l’Algérie…

L’Empire français n’existe plus. Entre-temps la « Communauté franco-africaine » a été officiellement créée le 28 septembre 1958, avec l’adoption par référendum de la Constitution de la Ve République… C’est le début des « réseaux Foccart » et de la « Françafrique »

Voilà ! Il n’est pas question, pour moi, d’idéaliser « le temps béni des colonies » chanté par Sardou ; la page est tournée et les regrets ne servent à rien. Disons simplement que la France a été « grande et généreuse » comme le disait de Gaulle. Elle a perdu sa grandeur mais se montre toujours aussi généreuse avec une faune allogène qui, en contrepartie, la déteste.

Que dire pour conclure ? J’ai parlé d’Haïti, première colonie à obtenir son indépendance.

Parlons de la dernière : les Comores, indépendantes depuis 1975 (à l’exception de Mayotte dont les habitants, par référendum du 8 février 1976, se sont massivement déclarés pour le maintien dans la république française). Et bien, 45 ans après leur indépendance, les Comores sont en gros dans le même état de délabrement qu’Haïti.

Comme je ne cesse de le dire, dans mes livres ou mes articles, non, n’en déplaise à monsieur Macron, ce n’est pas la colonisation qui est criminelle, c’est notre décolonisation à la hussarde : des peuples amis, en voie de développement, nous faisaient confiance. Nous les avons abandonnés au milieu du gué, et nous avons fait, du même coup, NOTRE malheur et LE  LEUR.

Mais Emmanuel Macron ne connaît rien à notre histoire et prend la Guyane pour une île ; alors, forcément, il ne peut pas comprendre !

Eric de Verdelhan

1) Plus exactement pendant mes vacances, car j’étais un salarié-lambda.

2) J’ai consacré un chapitre entier à notre Empire colonial dans « Cœur chouan et esprit para » (publié aux éditions Dualpha en 2019).

3) Voltaire, comme tant d’autres, a placé beaucoup d’argent dans la traite négrière…

4) Prosper de Chasseloup-Laubat, dont la statue trône à Marennes (Charente-inférieure) dont il fut le député en 1837.

5) Lire « Hommage à Notre Algérie française » (Éditions Dualpha ; 2020).

 

 

 

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7 Commentaires

  1. Votre citation de Lyautey me fait penser a la philosophie des entreprises américaines..
    Ou on ne juge pas les gens comme en France sur les diplômes stupidement…
    Pays colonisateur pionnier bien avant nous ( 1607 ) et toujours en place lui…! rires

    Imaginerais t on une décolonisation a la hussarde de l’Amérique du Nord d’ailleurs…?

    Ni de repentances ou de flagellations sur son passé criminel concernant les natifs américains…)

  2. La colonisation fût une chance pour l’Afrique qui au
    19 s était encore à la préhistoire.

  3. Cher Monsieur, votre excellent article ne m’empêche pas de penser que la colonisation a masqué le fait qu’on ne fait pas évoluer les gens contre leur culture et leur civilisation, quelle que soit sa nature. On n’apporte pas le bonheur à autrui, on doit le laisser se débrouiller et trouver ses propres voies pour s’en sortir. Les empires coloniaux à l’ancienne étaient bâtis sur du sable. Le fric et la corruption font bien mieux l’affaire, ce que les anglo-saxons ont parfaitement compris. La stratégie française en la matière a été une faute stratégique de première grandeur.

    • que la colonisation a masqué le fait qu’on ne fait pas évoluer les gens contre leur culture et leur civilisation, quelle que soit sa nature. / dixit

      Vrai et faux !
      Si je prends le cas de amérindiens, c est faux ! J en connais d’ailleurs qui sont patrons de casinos a las Vegas…
      C’est à dire plus américains que les ricains ..

  4. Monsieur,
    il y a toujours un moment, la vie avançant, et les illusions s’envolant, où l’on n’a plus les moyens d’entretenir ce que l’on a construit. Sauf à trouver des ressources insoupçonnables…
    Ceci vaut pour les individus comme pour les sociétés.
    Charles De Gaulle a au moins eu le discernement utile pour ne pas entraîner la France dans un désastre politique et financier. De toutes manières, il n’aurait pas trouvé le soutien nécessaire auprès des français de l’époque, suffisamment occupés à bénéficier alors du « progrès social » des 30 glorieuses…
    Cordialement.

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