Réponse à Anne Chemla : accepter un barbecue hallal, c’est de la couardise

Publié le 26 mai 2009 - par
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Chère Anne,

Je suis contente que vous ayez pris le temps de me répondre. Cependant, je m’étonne que vous ayez pris au premier degré le sens de viande « bénie ». Il s’agissait évidemment d’une forme de métaphore. Vous me dites que je fais preuve de mauvaise « foi » (ou au pluriel mauvaises fois? qui sait?). Simpliste? ah, si seulement c’était vrai! et avec une bondieuserie de sourire, je pourrai répondre « heureux les simples d’esprit »!

Laissez- moi vous raconter comment j’ai découvert que le barbecue était hallal. L’an passé, à cette même fête, moi, j’avais apporté des gaufres et un pot de la délicieuse confiture de ma grand mère– que tout le monde peut manger, à l’exception les végétariens mais là, ça devient compliqué d’offrir des radis à la fête de l’école ! Oui, oui, ça fait un peu chaperon rouge, mais je relate des faits! Je fais donc la queue pour prendre à mon tour mon hot dog! Et là quelle surprise, la femme qui me devançait, demande au bénévole qui tournait les saucisses depuis trois heures, si la viande était bien hallal et non contente d’avoir une réponse positive, fait rechercher dans la poubelle l’emballage! Je suis restée médusée et doublement choquée! A croire qu’une initiative du genre dans une école laïque génère des comportements euh ?… peu orthodoxes! Encore un clin d’œil ! J’espère que vous ne m’en voudrez pas!

Alors il est vrai que cette année, je m’attendais a ce qu’il y ait au moins deux sortes de saucisses des chipolatas « normales » et des merguez sans porc puisque plat traditionnel du Maghreb. Mais, ce ne fut pas le cas!

Donc de nouveau cette année, je me suis plainte auprès de la directrice. Qu’a-t-elle répondu ? qu’elle « assumait » cette décision – prise en catimini puisque non écrite et non sue- et que, selon ses dires, il était difficile de faire machine arrière et que, de toutes façons, il y avait des brochettes de bonbons non hallal ! Mépris, « j’en foutisme », peur d’aller au conflit ??? On touche du doigt notre couardise.

Noël, Noël, Noël… Anne sincèrement, mes enfants, vos enfants, les enfants des autres adorent Noël (d’ailleurs, je retire le verbe « adorer » car ça a vraiment un caractère divin!) aiment Noël? comme la naissance du Christ? non évidemment que non, c’est surement triste mais, non, ils aiment les cadeaux, les lumières dans le jardin où le père Noël détrône largement le Christ en croix!, les préparatifs, les chocolats de l’Avent sous la forme du petit calendrier Dora ou Spiderman… Tout cela est très brillant de catholicisme! Et avez vous remarqué ce prosélytisme rampant de la religion chrétienne qui convertit à tour de bras pour en faire des fanatiques toujours plus nombreux à fréquenter l’office dominical, se bousculant sur les traces du prophète et dont la moyenne d’âge est plus proche de l’âge boutonneux que de celui des usagers du service gériatrique? Euh ? Chère Anne, êtes vous certaine de me parler de la religion Chrétienne?

Vous me dites que vous avez vu des crèches dans les écoles laïques. Des noms, des lieux et ca remonte à quel siècle ? Non, je crois que là, vous fourvoyez. J’ai pour ma part, suivi une grande partie de ma scolarité à l’école publique de mon quartier, dans une ville moyenne, aujourd’hui, devenue capitale régionale. Dans cette école, très à gauche à l’instar de ma famille et du quartier populaire (à l’époque cela ne voulait dire ni sale, ni dégradé ni occupé par des bandes «jeunes»), il n’y avait ni crèche ni viande halal ou hallal (j’ai trouvé les deux orthographes mais comme j’aime bien la prosodie de l’orthographe « hallal », je l’écrirai donc hallal, ça ne tient qu’à moi, je vous l’accorde!). J’avoue que je ne sais pas si aujourd’hui, dans mon ancienne école publique, ils font des barbecues hallal mais ce que je sais : c’est qu’il n’y a toujours pas de crèche!

Puisqu’on en est aux confidences, la main droite sur le cœur ! (à moins que ce ne soit la gauche): j’ai par ailleurs, vécu en HLM près de vingt cinq ans (ma mère y vit encore) et j’ai pu vivre l’idée lumineuse (surtout pour ceux qui ne l’ont pas connue): la mixité sociale et culturelle. Hygiénique effectivement, l’abattage traditionnel du mouton dans la baignoire, les viscères que l’on jette directement dans le vide-ordures collectif, qui reste bouché pendant des jours laissant au fur et mesure de la décomposition des odeurs d’outre tombe tout à fait agréables… Narines sensibles abstenez vous de venir déjeuner chez ma mère à cette période! Et, je ne vous parle pas de la peau de la bestiole séchant sur le balcon! Chère Anne, vous n’avez pas vécu cette petite réjouissance? Et bien, je vous invite car c’est toujours d’actualité!

L’abattage industriel hallal plus hygiénique? Certainement, avec des normes du siècle dernier… Vous ne me croyez pas ? petit moteur de recherche… services vétérinaires+ viande halal…des dizaines de réponses… j’en ai choisi une au hasard :

« Un vaste réseau d’abattoirs clandestins de viande halal a été démantelé (…) en France, qui porterait sur une quarantaine de tonnes de viande. (…)Parmi les personnes arrêtées figurent des négociants, des intermédiaires ainsi que des religieux qui donnaient leur accord à la commercialisation de la viande halal. Sur dénonciation des services vétérinaires, les investigations ont démontré que des abattoirs clandestins d’ovins et de bovins fonctionnaient à l’année en toute illégalité et en infraction aux règles de la santé publique». Article du POINT du 12 mai 2009.

Chère Anne, vous me dites que : « (…) préparer un repas pour « tous », dont certains ne peuvent profiter, c’est inviter le héron du banquet… (…) ». Sachez que j’ai vécu de nombreuses années en pays musulman à Djibouti, plus exactement. J’avais dans mon cercle d’amis, un ami Djiboutien musulman lorsque je dinais chez lui, je me déchaussais et je soupais sans lui poser de question. Quant à mon tour, je l’invitais, il ne se déchaussait pas et mangeait ce que je lui avais préparé. Il va sans dire que je ne lui faisais pas de porc mais pas non plus du hallal! Dieu merci (encore une bondieuserie), il le savait et pourtant, il a toujours accepté de bon cœur mes invitations. Mauvais croyant? Non, tout simplement intelligence de circonstances, je me suis adaptée en venant chez lui, il s’est adapté en venant chez moi sans égoïsme ni d’un coté ni de l’autre.

Comme me le disait cet ami Djiboutien : « vous les occidentaux, vous aurez toujours le cul entre deux chaises, bien incapables de concilier vos traditions et votre histoire humaniste vous choisissez le compromis mais jusqu’où pouvez vous aller ?». Je n’avais pas compris à l’époque ses propos…

Non, chère Anne, mon école n’a pas choisi, par facilité mais bien par couardise!

Maureen Brochet

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