Réponse à Chauprade : défendre l’Occident quand la Russie se tourne vers l’Orient

Publié le 26 août 2014 - par
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chaupradeAymeric Chauprade a apporté un regard neuf sur l’offre politique de la droite nationale, dans un manifeste éclairant ses prises de position sur les politiques intérieure et extérieure de la France.

Aymeric Chauprade prône au niveau national une alliance avec les Français juifs, les musulmans « modérés » face aux islamistes et leurs soutiens d’extrême gauche. C’est donc une prise de position originale au sein du Front National, contrastant avec une politique extérieure d’alignement sur la géopolitique russe, en coupant l’alliance historique de la France historique avec les Etats-Unis pour faire partie du pôle russe incluant l’Iran, la Syrie et des états musulmans modérés. Israël serait bienvenu dans cette alliance s’il rompait avec les Etats-Unis. Cette théorie du monde multi-polaire exportée par Poutine et reprise par Aymeric Chauprade est elle-même inspirée du projet eurasiste, visant à nouer toutes les alliances opportunistes possibles pour défaire l’influence mondiale américaine.

La position originale de cet article concerne les relations qu’A.Chauprade voudrait nouer avec les Français juifs et la tentative de rapprochement avec Israël. Cette position de bon sens, d’alliance avec des ennemis de l’islamisme, peut être considérée comme courageuse au regard des tendances islamophiles au sein du petit monde se qualifiant de patriote. Alain Soral, le soi-disant patriote et réel agent iranien (1) ne jure que par la réconciliation des Français et des musulmans sous les couleurs d’un patriotisme tiers-mondiste, les patriotes de la Manif Pour Tous et du Printemps Français se pâment devant les musulmans dits patriotes représentés par Camel Bechikh et d’autres frères musulmans de l’UOIF. Bien que les musulmans militants en France soutiennent les causes jihadistes comme celles du Hamas, du Hezbollah, et maintenant de l’Etat Islamique, ces doux rêveurs ou plutôt ces sordides traitres dissimulent leur lâcheté devant l’islam en exhibant des habits d’un patriotisme insipide. Dans ce contexte, l’article d’A.Chauprade remettant la lutte contre l’islamisme comme une priorité de la défense de notre civilisation est rafraichissant pour de réels patriotes soucieux de l’avenir de leur pays.

Les différents acteurs de l’islam mondial :

Cependant face à la question islamique, thème central de son article, A.Chauprade reprend la séparation artificielle voulue par les occidentaux entre islamisme et islam modéré voulant par là rendre possible des alliances avec des pays islamiques. Dans le schéma développé, les nationalistes arabes, les musulmans sunnites modérés, les chiites (dont le sort des minorités est abusivement comparé avec celui de chrétiens) sont autant d’alliés potentiels face au fondamentalisme sunnite.

Pourtant ces différences ne sont pas essentielles :

– Le nationalisme arabe n’a pas établi de scission avec l’islam qui reste la religion d’état. Il s’agit notamment pour Nasser, leader de ce nationalisme et ancien frère musulman, d’intégrer le socialisme à l’islam et non de quitter l’islam : « Nous n’avons jamais dit (…) que nous avions renié notre religion. Nous avons déclaré que notre religion était une religion socialiste et que l’islam, au Moyen Age, a réussi la première expérience socialiste dans le monde », tout en ajoutant que « Muhammad fut l’imam du socialisme ». (2) Le but est le même que l’islam, sous un discours plus moderne pan-arabique : abolir les frontières des différents pays arabes, pour ne former plus qu’une communauté unie arabo-islamique avide de revanche sur l’Occident. C’est en outre le nationalisme arabe qui a commencé à commettre des attentats terroristes, des détournements ou destructions d’avions civils (le FPLP palestinien, Khadafi…) dans la ligne desquels seront perpétrés les attentats islamistes.

– L’islam dit modéré rêve avec des moyens différents de la même hégémonie sur le monde que l’islam radical. Il est intéressant de noter que les frères musulmans participant au système démocratique, bien que voulant le détruire puissent être considérés comme des modérés par nos hommes politiques ou médias. Le seuil critique de la modération est très élevé pour un musulman. Aujourd’hui, il n’existe aucun état mahométan que l’on puisse qualifier de modéré si ce mot veut encore dire quelque chose. Même le « tolérant » Maroc a les frères musulmans du PJD (parti de la justice et du développement) au pouvoir. Dans le meilleur des cas, l’islam modéré laisse à l’état de dormance un futur islam agressif. Depuis quelques dizaines d’années, nous assistons dans le monde au réveil de cet islam, nous faisant comprendre les erreurs de jugement sur la coexistence avec un islam modéré. Cela doit être retenu pour tous ceux qui rêvent de cohabitation dans un même pays avec l’islam. De plus, les musulmans qui aujourd’hui luttent contre les fondamentalistes de l’Etat Islamique n’en sont pas moins eux-mêmes des radicaux. Par exemple, le cheikh Qaradawi, éminence grise des frères musulmans (qui appelle à la conquête et la domination islamique de l’Europe (3), à continuer le travail des nazis sur les juifs(4), qui légitime les attentats suicides(5)…) et le grand mufti de l’Arabie Saoudite wahhabite, Abdel Aziz Al-Cheik, ont tous deux condamné l’Etat Islamique, principalement car ils sont de groupes différents luttant chacun pour rallier la Oumma (communauté islamique internationale) à leur bannière. Les musulmans luttant contre des groupes fondamentalistes ne sont pas pour autant des modérés.

– Enfin,  le sunnisme et le chiisme sont les deux principales branches de l’islam, elles ne se distinguent ni dans leur but qui est d’arriver à l’hégémonie mondiale, ni par leurs moyens, toutes deux légitimant, subventionnant et créant le terrorisme, dans le but de pratiquer le djihad… L’Iran chiite dépeint en tant qu’allié est celui qui a participé à la chute du dernier pays chrétien du Moyen-Orient en finançant le Hezbollah chiite au Liban. Ce même Hezbollah qui perpétra des attentats sur l‘armée française  (attentat du drakkar) et en France, semant la terreur pendant les années 1980. L’Iran de la révolution islamique de Khomeini est tout sauf modéré, il développe un programme nucléaire dans l’espoir d’en avoir la bombe, menaçant Israël, et la stabilité de cette région, punit de mort des musulmans apostats convertis au christianisme, des homosexuels…. De plus, il fait du prosélytisme en tentant d’exporter son modèle de révolution islamique à l’étranger et notamment en France (par le financement d’agents de déstabilisation que sont Dieudonné Mbala Mbala et Alain Soral, le parti antisioniste…)

Cette distinction entre les divers acteurs du monde islamique présentée dans cet article comme essentielle est en réalité artificielle car ces différents acteurs ont tous le même but : l’hégémonie mondiale par la destruction de l’Occident. Cette différence est réalisée pour légitimer les alliances de certains états islamiques avec la Russie dans son projet de formation d’un nouveau pôle centré autour de l’Eurasie qui a pour but de combattre le bloc occidental à travers une lutte contre les Etats-Unis. Ce ressentiment virant à la haine anti-occidentale va constituer un lien entre la Russie post-soviétique et le monde islamique.

L’Eurasie, un tournant vers l’Orient :  

La Russie a tenté une alliance avec la communauté islamique mondiale. Nous pouvons dater le début de cette politique au discours tenu par Poutine au sommet de l’OCI (Organisation de la Coopération Islamique), plus grande organisation islamique mondiale, en 2003. Dans ce discours, Poutine, réfute le choc de civilisations, définissant le peuple russe comme un exemple réussi de peuple multiethnique et multiconfessionnel (6):

«  Pour les citoyens de notre pays, les musulmans russes font partie indissoluble, pleine et entière du peuple multiethnique et multiconfessionnel de la Russie. Et nous voyons dans cette harmonie interreligieuse la force du pays. Voyons son patrimoine, sa richesse et son avantage. »

Il se félicite de l’augmentation des mosquées dans son pays :

« Si en 1991 en Russie il y avait 870 mosquées, aujourd’hui, leur nombre dépassé déjà 7.000. Et nous sommes reconnaissants aux pays de l’OCI, aux autres partenaires étrangers – reconnaissants à tous ceux qui, mus par les bonnes intentions et l’âme ouverte, ont aidé leurs coreligionnaires en Russie, ceux qui ont participé à l’édification et à la restauration des mosquées, à l’organisation du hadj, participé à la réalisation des programmes d’enseignement, culturels et autres programmes humanitaires dans notre pays ».

Enfin, et c’est le plus important, il appelle dans la continuité des efforts fournis par l’URSS aux nationalismes arabes à poursuivre une coopération de la Russie avec le monde islamique dans le cadre financier, technologique et humain qui dessinerait une nouvelle tendance au niveau mondial :

« Vous savez que tout au long du XXe siècle, la Russie a soutenu beaucoup de vos pays dans leur mouvement à l’indépendance nationale. Elle a accordé à ces pays toute l’aide possible, pratique dans le devenir des bases industrielles et de l’infrastructure sociale … L’alliance de nos ressources financières, technologiques et humaines est capable de devenir un facteur réel de la politique mondiale, le début de la percée sur plusieurs pistes de l’économie mondiale.»

Une forte communauté musulmane étant présente en Russie, les Russes ne se risqueront pas à s’allier avec des groupes jihadistes pouvant déstabiliser leur pays, mais toutes les autres tendances de l’islam respectant la souveraineté russe seront acceptées comme alliées. C’est l’énumération que fait A.Chauprade en citant les chiites, les musulmans « modérés », les nationalistes arabes. Ainsi, la Russie présentée comme un modèle dans la lutte contre l’islamisme soutient les régimes islamistes d’Iran, du Soudan (régime islamique persécutant les chrétiens et les animistes), et soutient au sein de son propre pays le président de Tchétchénie Ramdan Kadyrov (ancien combattant tchéchène pendant la première guerre, fils de l’ancien président et mufti de la Tchétchénie) qui intègre de plus en plus les préceptes de la charia dans la législation tchétchène, contraires aux lois russes (régression des droits des femmes, restrictions de l’alcool, lois d’exceptions pendant le ramadan, etc.). Ramdan Khadyrov, musulman soufi fervent, a affirmé selon le journal l’express (7), que la charia prévalait sur la loi russe tout en soulignant son engagement à appliquer cette dernière en Tchétchénie. Jouant sur ambiguïté, Kadyrov peut ré-islamiser la région en toute tranquillité avec l’aval du Kremlin, tant que les terroristes ne menacent pas la sécurité de la Russie.En plus de l’alliance avec l’aire civilisationnelle islamique, la Russie souhaite s’allier aux pays d’Asie Centrale, à la Chine, à l’Asie brune. Ces alliances trouvent leur fondement idéologique dans la thèse d’Eurasie.

L’Eurasie est un concept né au début du XXème siècle, développé dans un livre au titre évocateur « Tournant vers l’Orient » écrit par Petr Savitsky et réactualisé à la fin de l’URSS par le sociologue Alexandre Douguine. Celui-ci, prêche lui aussi pour un tournant de la Russie vers l’Orient, (l’Occident qu’il assimile au crépuscule et à la décadence le répugne), dans le but de constituer un nouveau pôle pouvant défier les Etats-Unis. Les pays concernés le plus directement par cette alliance eurasienne sont principalement des pays musulmans d’Asie Centrale et des pays orthodoxes d’Europe de l’est, Douguine va donc théoriser sur une alliance entre les slaves orthodoxes et les turco-musulmans. De plus, l’eurasisme prône aussi un système dit multi-polaire international : « c’est le projet de lutte des civilisations différentes contre hégémonie américaine, impérialisme américain » (8). Cette union voulue de toutes les aires civilisationnelles contre les Etats-Unis contredit l’esprit même d’un monde multi-polaire.

Que doit faire la France ?

Ce qui est décrit par Aymeric Chauprade comme une doctrine de real-politik de défense des intérêts civilisationnels français s’avère être l’alignement complet sur les positions d’une géo-politique russe centrée sur l’idée d’Eurasie. Il s’agit là pour Aymeric Chauprade d’une double incohérence idéologique :

– la continuité de la défense civilisationnelle française s’avère nulle et non avenue si cette dernière choisit l’Asie à la place de ses alliés traditionnels

– Cet alignement total sur les positions russes montre bien le peu de cas que fait A .Chauprade de la souveraineté française qu’il n’a pourtant pas cessé de défendre face à l’Amérique.

Les Etats-Unis sont des alliés historiques qui ont eu un rôle clé dans chacune des luttes existentielles de la France et de l’Occident au cours du XXème siècle (contre l’Allemagne impérialiste de la première guerre mondiale, le nazisme et le communisme). Le peuple américain est en partie fait de Français, et d’autres descendants d’Europe occidentale, c’est un peuple frère de la même civilisation. L’honneur vanté dans son article exige une reconnaissance envers le peuple américain. Cela ne signifie pas que la France doive s’aligner sur les politiques de ses gouvernants. De la même façon que nous ne pouvons pas soutenir le gouvernement Obama (malgré son intervention en faveur des chrétiens d’Orient), nous ne pouvons nous aligner sur la politique de Poutine qui sert les intérêts musulmans (malgré son discours sur les terroristes).

Une politique honorable aurait pour but de persévérer dans sa civilisation et donc d’essayer d’unir les différents pays Occidentaux (Russie comprise) dans une lutte commune contre les périls qui les menacent : l’islam et l’immigration de peuplement, mais jamais de suivre aveuglément un pays européen dans ses compromissions avec des régimes islamiques. Les ressources énergétiques dont disposent ces derniers ne doivent pas être la cause d’alliances théorisées pour une nouvelle civilisation multiculturelle (Eurabia ou Eurasie). L’indépendance au niveau énergétique par l’innovation scientifique axée sur la recherche d’énergies de substitution, l’évolution des méthodes d’extraction sur le gaz de schiste plus respectueuses de l’environnement sont quelques pistes à privilégier plutôt qu’une compromission avec nos ennemis.

Pour conclure, bien qu’Aymeric Chauprade apporte des solutions cohérentes et courageuses face à l’islamisme en France : remigration des islamistes, lutte à mort contre les djihadistes, alliance avec les Français juifs, fin de l’état-providence, au niveau international, A.Chauprade s’aligne sur le pôle russe qui au lieu d’unir les Européens et Occidentaux dans une lutte commune les divise en faisant le jeu de l’islam. Une politique extérieure originale et ambitieuse serait une tentative d’alliance entre ces pays sur les bases civilisationnelles communes gréco-latine et chrétienne en pariant sur les ressources intellectuelles pour acquérir une indépendance énergétique pour défendre la survie de notre civilisation.

Olivier Fabre

 

  1. https://www.youtube.com/watch?v=yWP2Fthh_MQ
  2. http://mondesfrancophones.com/espaces/politiques/nationalisme-arabe-et-islamisme-les-deux-faces-d%E2%80%99une-meme-medaille/  de Lucien-Samir Oulahbib
  3. https://www.youtube.com/watch?v=vdsQGhiBkSI
  4. https://www.youtube.com/watch?v=HStliOnVl6Q
  5. https://www.youtube.com/watch?v=w2PSbGLJjV4
  6. http://www.voltairenet.org/article10878.html
  7. http://www.lexpress.fr/actualites/2/l-imposition-de-la-charia-en-tchetchenie-menace-moscou_915127.html
  8. https://www.youtube.com/watch?v=sCFVieqWpOA (2 :53)
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