Réponse à François Morvan : De l’euthanasie, de son contexte et du « travail de fond »

Publié le 7 février 2011 - par
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La réaction passionnelle de M. Morvan (1) à mon texte ne peut que me confirmer dans le choix de son titre (Pourquoi un militantisme si passionnel en faveur de l’euthanasie ? (2).

Rédigées au moment de l’affaire Chantal Sébire, ces quelques lignes n’avaient pour objet que de faire le lien entre les campagnes pro-euthanasie menées par les milieux politico-médiatiques et l’idéologie libérale-libertaire qui structure leur dynamique et leur logique.

En son principe, une contribution à un débat en quelques lignes (sur un sujet assez vaste pour donner matière à plusieurs livres) ne prétend pas être exhaustive. Seuls les esprits prompts à s’enflammer peuvent penser le contraire et pouvoir étendre mon propos aux professionnels de santé, aux agonisants, aux malades en souffrance ainsi qu’à leurs familles…

Mais il y a loin des fantasmes à la réalité. Comme la très grande majorité des Français, je peux comprendre aisément les motivations singulières liées à l’expérience tragique, physique et psychique, de la fin de vie. Je dirai même qu’idéalement, cette « aide à mourir » fraternelle pourrait être assimilée à un humanisme.

Je dis bien : IDÉALEMENT… Car il y a loin des idéaux aux réalités humaines.
Or ce sont les réalités et non les idéaux que les lois doivent considérer pour pouvoir statuer dans l’intérêt de tous .

Qu’on juge donc à l’aune des réalités la société dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Celle-ci s’éloigne vertigineusement de toute perspective humaniste et prend le chemin d’une société impitoyable envers les plus faibles : capitalisme en phase terminale (sacrificielle), totalitarisme économique, mondialisation financière et élitaire, marchandisation du monde (y compris de l’humain), déshumanisation de l’Homme de la « masse », casse des services publics qui lui étaient destinés, casse du politique et substitution d’un despotisme ploutocratique, aliénation des « masses » par la ruine de l’éducation, de l’enseignement, le consumérisme et l’hyper-individualisme… Et sur cette ruine des sociétés démocratiques, réintroduction des archaïsmes (inégalités sur bases sexistes et ethno-religieuses), de la loi du plus fort et des systèmes féodaux qui leur sont associés.

Sans doute la sincérité de la plupart des personnes qui militent pour l’euthanasie n’est-elle pas à mettre en cause. Mais on ne saurait ignorer, dans ce contexte politique délétère, l’instrumentalisation de la sincérité de la plupart des militants par les dirigeants de leurs associations pour faire avancer des causes mues par des idéologies, visées et intérêts tout à fait contraires à l’humanisme.

Si les tenants politico-médiatiques du mondialisme, du totalitarisme économique et financier s’intéressent tant à l’euthanasie, gageons que ce n’est pas par affinité avec un hypothétique « humanisme fraternel du dernier souffle », mais parce qu’ils y trouvent l’habillage adéquat (permettant l’adhésion populaire) d’une solution efficace pour abréger la vie humaine lorsqu’elle est devenue inutilement coûteuse, non-rentable.

Le fait de statuer sur la légitimité à donner la mort comporte en son principe un risque civilisationnel majeur. C’est en effet inscrire dans le marbre institutionnel le reniement d’un fondement essentiel de l’anthropologie chrétienne sur laquelle s’est construite l’éthique occidentale : l’interdit de tuer. Dans le contexte de déchéance éthique que nous traversons, c’est là faire preuve d’un angélisme aveugle et d’une irresponsabilité qui mèneront assurément au pire.

En rendent compte l’orientation de la politique de santé du Royaume Uni, celle des Etats-Unis qui lui emboîte le pas mais aussi le dévoiement des pratiques en Belgique et aux Pays-Bas où s’applique la loi sur l’euthanasie et dont témoignent des collègues de M. Morvan.

http://www.marianne2.fr/L-euthanasie-n-est-pas-compatible-avec-les-valeurs-de-la-gauche_a202157.html?preaction=nl&id=2938895&idnl=26209&

Pour ce qui est du travail de fond (dont M. Morvan se permet de dire que je n’en ai pas le « scrupule »), mes textes et notamment mon ouvrage intitulé « L’Enjeu symbolique – Islam, christianisme, modernité» (Ed de l’Harmattan) témoignent à ma place et à qui veut en juger de ce qui caractérise précisément mon travail : le travail de fond.
J’ajouterai à ce propos que M. Morvan et moi-même n’en avons pas les mêmes conceptions.

M. Morvan pense que l’on peut faire une analyse de fond des phénomènes de société (contraception, IVG, hédonisme soixante-huitard, euthanasie…) en s’appliquant à les considérer isolément Toute autre méthode étant pour lui assimilée à une pratique perverse de « l’amalgame ».

Je considère pour ma part qu’il faut interroger les phénomènes de société en cherchant les liens qui les sous-tendent pour en faire émerger la logique, c’est-à-dire le Sens.

« Aller au fond des choses » c’est trouver entre elles des liens logiques qui permettent de leur donner sens.

Véronique HERVOUËT

(1) http://www.ripostelaique.com/L-euthanasie-de-la-pensee.html

(2) http://www.ripostelaique.com/Pourquoi-un-militantisme-si.html

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