Réponse à Guillaume Plas à propos de ma « propagande mensongère » sur le christianisme

J’ai écrit à Pierre Cassen un article invitant Riposte Laïque à plus de respect envers le vrai christianisme (Publié le 25 juillet 2011 – Article du nº 209). Cette lettre a été mise en ligne sur Riposte Laïque. J’ai considéré cela comme une ouverture d’esprit.

Mais Guillaume Plas a dénoncé ma lettre dans un article d’une rare violence : Lettre de propagande mensongère du prêtre Jean-Benoit Casterman (Publié le 1 août 2011 – Article du nº 210)

Je remercie RL pour m’accorder un droit de réponse. (Qui sera plus bref que celui de Guillame Plas)

Guillaume, je serai plus respectueux que vous ne l’avez été pour moi, et je ne vais pas gaver les lecteurs de RL avec des énormités et des comportements indignes de notre époque.

Il est indispensable d’éduquer notre façon de penser et de savoir dialoguer si nous ne voulons pas retomber dans la barbarie. Les allégations et les invectives haineuses se répandent d’une façon alarmante aujourd’hui, tant dans la « pensée unique » (dénoncée par RL) que chez beaucoup d’adeptes de l’islam. Vous attaquez le christianisme de la même façon que l’on attaque ceux qui ripostent à l’islamisation : ils sont traités d’affreux racistes, de fascistes d’extrême droite, voire de terroristes en puissance.

À votre ton agressif, je mesure l’énormité du malentendu qui sépare encore l’Eglise et notre société, et je suis le premier à le déplorer. Je mesure aussi les dramatiques conséquences des dérives commises par trop de chrétiens depuis des siècles.

Au moins, à la suite du pape Jean-Paul II, nous avons la décence de le reconnaître et d’en demander pardon. (On aimerait que les musulmans le fassent un peu de leur côté. Et pourquoi pas aussi les communistes et autres athées, qui n’ont pas fait que du bien !)

Dans votre article, Guillaume, vous manifestez un manque criant de culture, et vous prenez tous les chrétiens pour des idiots.

 

D’abord par une lecture primaire et fondamentaliste de la Bible, en ignorant complètement la distinction (l’évolution) entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament. (Sur la question de la violence dans la Bible, voyez ma vidéo en réponse à l’islam : http://www.youtube.com/watch?v=oE4X51OHMm0 )

Le Coran impose une lecture fondamentaliste, puisqu’il prétend être une dictée céleste. Mais la Bible ne prétend rien de tel ; une telle lecture est aberrante pour elle, surtout quand on sait que l’Ancien Testament …est ANCIEN, et qu’il nous rapporte une histoire et des mentalités qui ne sont pas à reproduire aujourd’hui.

Pour connaître le Dieu des chrétiens, lisez les évangiles et l’ensemble du Nouveau Testament. Nul Dieu sanguinaire, mais un Dieu de tendresse, et une loi d’amour. Et pas un milligramme de violence (plus de lapidation !). Sauf si vous lisez avec une hache ou des ciseaux comme les fondamentalistes. (La parabole du roi qui fait égorger ses ennemis : Jésus aurait-il fait cela, ou enjoint de le faire ?  Pas d’amalgame avec Mahomet SVP !)

Les évangiles nous libèrent d’un Dieu Jupiter qui juge et condamne. Ils nous révèlent un Dieu qui aime et pardonne. Ce qui n’empêche qu’il peut y avoir encore des avertissements sévères. Quand Jésus parle de l’enfer, c’est pas pour rire, autant qu’on peut parler « d’enfer » en ce monde ; alors, après la mort…?

En prétendant que le Coran n’est qu’un plagiat de la Bible (sic !), vous démontrez, Guillaume, que vous n’avez jamais lu la Bible, surtout le Nouveau Testament.

Pour répondre aux « horreurs du christianisme »: beaucoup de grands historiens et penseurs reconnaissent que le christianisme (à partir du Christ donc) a lancé les grandes valeurs humanistes, révolutionnaires pour l’époque :

– Le sens de la PERSONNE et de L’ÉGALITÉ (« En Jésus Christ, il n’y a plus ni juif ni grec, ni homme ni femme, ni esclave ni homme libre » – St Paul)

– de la LIBERTÉ de conscience – et même de la LAÏCITÉ (« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu »)

– avec, en conséquence, les DROITS de l’Homme. Et de la femme, avec l’honneur et l’affection qui lui reviennent de droit (là-dessus, Jésus fut révolutionnaire pour son époque).

– Ajoutons enfin que la liberté dans l’amour et le choix du conjoint sont encore une innovation chrétienne. (Cf Michel Rouche et ses études sur la sexualité et le mariage dans l’histoire)

(Sur la laïcité et ses origines chrétiennes, aujourd’hui face à l’islam, lisez Xavier Lemoine, maire de Montfermeil (93) : http://www.libertepolitique.com/politique-et-bien-commun/6658-l-islam-et-laicite-dialogue-de-sourds-r


Mais, terrible et affreux paradoxe : Ces valeurs humanistes étaient si révolutionnaires que trop d’hommes d’Eglise les ont ignorées, trahies, voire combattues — le plus souvent à cause des vieux réflexes conservateurs et autoritaires. (Frédéric Lenoir, dans Le Christ philosophe, n’a pas son pareil pour épingler cela)

Lisez cependant Rémi Brague (La voie romaine, etc.), qui explique comment l’Europe s’est construite avec les trois génies : romain, grec, et… judéo-chrétien. Comme je le suggérais dans mon article qualifié de « propagande mensongère », reconnaissons aussi que la rationalité grecque (Aristote d’abord) a été accueillie et développée dans la chrétienté (ce que n’a pas fait l’islam). C’est cela qui a favorisé l’éclosion de la science moderne.

 

L’affaire Galilée est l’arbre (l’épouvantail) qui cache la forêt. Malgré d’inévitables obscurantistes (fait-on mieux aujourd’hui ?), l’Eglise a beaucoup développé la raison et les sciences. On ne compte plus les chrétiens (même ecclésiastiques) qui furent penseurs et philosophes, ou qui furent de fervents promoteurs des sciences modernes : les Copernic, les Kepler, les Newton, les Mendel, les Lemaitre, les Teilhard de Chardin, etc. Et dira-t-on que Jean-Paul II, philosophe et pape, était un idiot ? 

Être chrétien ne rend pas idiot comme le rappelle le philosophe Jean-Luc Marion, de l’Académie française, ou Fabrice Hadjadj. Ou des communicateurs comme Jean-Claude Guillebaud (La confusion des valeurs, DDB)

Le philosophe Marcel Gauchet en tir
e même cette conclusion : « Le christianisme a été la religion de la sortie de la religion » (À méditer pour ceux qui ont un peu d’esprit.) Et l’historien René Rémond : « Le christianisme a changé la face du monde » (Si vous êtes plus compétent que lui, et reçu à l’Académie française, je vous écouterai, Guillaume.) 

Pour ce qui est de l’histoire de l’Eglise, on nous ressert indéfiniment les croisades, l’inquisition, et « ses millions de morts ». Il faudrait quand même sortir des grossières caricatures de « l’historiquement correct », que démonte par exemple Jean Sévillia dans son livre justement nommé (Historiquement correct – Pour en finir avec le passé unique, Perrin)

Et je signale au passage que les tristes méfaits d’une chrétienté immature (au moyen âge, on n’avait pas encore les Droits de l’homme) sont bien passés. (Alors que tous ces méfaits sont d’une brûlante actualité dans l’islam aujourd’hui !) 

Pour ce qui est de mère Teresa et du bouquin qui la prétend agent financier du Vatican, si c’était sérieux, ça se saurait. Quant à son épreuve de la foi, non seulement vous devriez savoir que la foi, c’est pas toujours évident (CQFD) ; mais au moins, un peu de respect pour une personne qui a été reconnue en Inde et dans le monde entier pour son immense travail. Elle n’est pas un gourou, mais à une femme qui a rendu le monde meilleur.

Au fait, Guillaume, que faites-vous dans ce sens, à part taper sur le christianisme ? Si vous n’aimez pas mère Teresa, connaissez-vous alors le père Ceyrac (aussi célèbre que mère Teresa en Inde) ? Connaissez-vous sœur Emmanuel ou l’abbé Pierre ? Ou le père Daniel Brothier et son œuvre, les Orphelins Apprentis d’Auteuil (œuvre reconnue d’utilité publique en France) ?

Bref, ces innombrables serviteurs de l’humanité dans le monde entier …depuis 2000 ans !

 

Heureusement qu’il y a des incroyants comme Raphaël Delpard pour dire qu’aujourd’hui, ce sont les chrétiens qui sont, de loin, les plus persécutés dans le monde. (La persécution des chrétiens dans le monde, Michel Lafon).

Pour terminer, concernant l’avortement, la contraception, l’homosexualité et tous ces sujets chauds. Reconnaissez d’abord que l’Eglise ne lance aucune fatwa là-dessus, ne brûle et ne lapide personne (si elle l’a jamais fait d’ailleurs). Acceptez au moins la libre expression et le débat sur ces questions !

Veuillez sortir votre nez des médias et des grossiers amalgames pour connaître le vrai discours de l’Eglise et ses raisons, bien plus anthropologiques qu’on nous le fait croire, et infiniment plus respectueuses et nuancées que votre propre discours contre l’Eglise.

Sur l’homosexualité, St Paul n’est pas tendre, certes. (Il faut dire qu’il y a 2000 ans dans le judaïsme, c’était pas évident !)  Mais considérez que l’Eglise aujourd’hui est tellement plus délicate et compréhensive sur ce sujet. (Le propre du christianisme, c’est d’évoluer vers le meilleur.)  Sans pour autant être obligée de tout approuver, ainsi que votre « pensée unique » l’exige.

Idem pour les autres questions : manipulations génétiques, contraception, avortement, euthanasie… Acceptez que cela fasse débat, surtout quand il y a des raisons anthropologiques et scientifiques (et pas seulement religieuses). Cessez de nous imposer VOTRE PENSÉE UNIQUE.

Là où je vous rejoins, Guillaume, c’est qu’il y a encore trop de « cathos » ou pseudo-chrétiens coincés et conservateurs. (Sans parler de possibles fanatiques.) J’en suis moi-même ulcéré. C’est une contradiction avec le message du Christ, qui nous veut respectueux et affectueux envers tous …et même souriants !

 

« Soyez toujours prêts à rendre raison de votre espérance, nous dit l’apôtre Pierre ; mais faites-le avec douceur et respect. »

Avant de dénoncer par exemple l’avortement, nous devons promouvoir l’amour et la vie. Je suis éducateur à l’amour et la sexualité en milieu jeune. (Et vous, que faites-vous ?) J’ai travaillé 20 ans en Afrique dans la lutte contre le sida avec la Banque Mondiale et le ministère de la Santé du Cameroun. (Sur le préservatif, voyez ma vidéo de 3’ sur Youtube : http://www.youtube.com/watch?v=PdjSd9TvhhA

Pour finir, Guillaume, ne nous trompons pas de siècle et de combat. N’avons-nous pas mieux à faire que de nous entredéchirer ?

Aujourd’hui, est-ce le christianisme qui menace l’Europe et la France ? 

 

Angela Merkel dit plutôt le contraire : c’est faute de repère et de vraies valeurs que nos pays sont menacés :

« Nous n’avons pas trop d’islam, nous avons trop peu de débat public sur la conception chrétienne de l’humanité. » (15 novembre 2010, au congrès de son parti).

Elle appelait ses partisans à retrouver les « valeurs de la tradition judéo-chrétienne», les exhortant à «les défendre avec confiance ; c’est ce qui nous permettra de redonner de la cohésion à notre société. »

Désolé si ça vous heurte.

Angela Merkel doit avoir de bonnes raisons pour le dire.

 Jean-Benoit Casterman

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