Réponse à Henri Peter, à propos de René Girard

Publié le 15 novembre 2010 - par
Share

A l’intention d’Henri Peter, auteur dans RL n° 170 de « A propos des échanges entre Riposte Laïque et Causeur »

A PROPOS DE RENE GIRARD

Je suis toujours surpris de constater que, lorsqu’on fait appel à ce philosophe pour soutenir un raisonnement, on ne mette jamais en cause son aveuglement ou sa complaisance envers l’église catholique actuelle. Si je l’ai bien compris, entre autres choses Girard a montré que, dans l’antiquité, la violence exercée sur un individu désigné par une collectivité comme responsable d’un mal qui la ronge, constituait un progrès. Le but était de trouver un artifice pour mettre fin au cycle de la vengeance, qui n’a logiquement pas de fin, et donc de diminuer, si possible stopper la violence. Girard a montré le progrès suivant apporté par l’invention de l’institution judiciaire : le supposé coupable d’un crime est, là encore mis à l’écart des individus ou groupes impliqués dans le conflit qui a conduit à ce crime. Comme dans le cas précédent ceux-ci n’ont pas à « se faire justice eux-mêmes » mais, en plus, l’institution a le devoir de chercher la culpabilité réelle, de découvrir et mettre en lumière d’éventuelles accusations non justifiées, etc.. La justice s’ajoute à la maîtrise de la violence.

Girard a été amené logiquement à admirer le prophète juif Jésus qui a mené, sa vie durant et jusqu’au sacrifice personnel de cette vie, un combat pour un semblable progrès « au nom de Dieu son Père », et bien avant tout le monde. Ce personnage religieux a donc une grande importance positive, et Girard comprend et approuve la religion de ses adeptes.

Je n’en suis que plus surpris de n’avoir jamais lu, vu ou entendu de lui une condamnation de la théologie ACTUELLE du catholicisme concernant la violence. Celui-ci réanime dans son Nouveau Catéchisme (1998), rédigé sous la direction du Cardinal Ratzinger futur pape Benoît XVI, la conception selon laquelle les maltraitances, les crimes individuels et les massacres de peuples entiers attribués à Dieu dans l’Ancien Testament LE SONT A JUSTE TITRE. Ainsi, par exemple, selon Benoît XVI et le magistère de l’église catholique, Dieu a bel et bien commandé, entre autres, le massacre de la totalité des cananéens, en s’assurant qu’il ne restera pas un seul survivant, comme le rapporte, dans l’AT, le livre de Josué. Il a bel et bien commandé ainsi ce qu’on nommerait aujourd’hui un génocide.

Pour l’église il ne s’agit pas, comme pour René Girard, de constater et comprendre le lent progrès de l’humanité, au moins théorique, vers la non-violence et la justice. Il ne s’agit pas de comprendre dans leur contexte historique des conceptions, certes criminogènes mais peut-être bien intentionnées dans les temps anciens. Il s’agit une fois de plus de privilégier le dogmatisme, ici presque bimillénaire, plutôt que la non-violence, l’honnêteté intellectuelle, l’indépendance de la raison, la confiance dans le libre exercice de la pensée rationnelle et collective au sein d’une société à la laïcité protégée. C’est aux humains D’AUJOURD’HUI que le pape et son église demandent de croire à la réalité de la volonté criminelle de Dieu dans les temps anciens. Et ils demandent de transmettre cette croyance aux générations futures.

Le choix de ce dogmatisme constitue manifestement une trahison du Jésus dont l’église prétend rassembler et représenter les adeptes.
Cette trahison exprime en fait le refus de la radicale réforme pour laquelle ce Jésus a donné sa vie.

Cependant, comme son prédécesseur Jean-Paul II, Benoît XVI ne rate pas une occasion – les croyants fanatiques lui en donnant hélas beaucoup – de proclamer solennellement que « On ne peut pas tuer au nom de Dieu ». Pour que leur flagrante contradiction ne se voit pas trop, lui et son église la complètent avec constance par le fameux argument de la « bonne interprétation », supposée transformer les pires enseignements en outils de bienfaisance. Il sait que de nombreux « spécialistes indépendants » de la théologie, de la croyance, de la religion, eux-mêmes croyants ou non mais se foutant éperdument de la sincérité des démarches spirituelles, approuveront cette vieille tricherie. Je prétends qu’elle est pire encore que la théologie criminogène. Elle la renforce en lui ajoutant l’hypocrisie.

Juste après avoir promu son nouveau catéchisme en l’accompagant d’une grande campagne publicitaire, l’église a lancé de la même manière une Bible de Jérusalem annotée. Les annotations ont précisément pour but de faire comprendre la « bonne interprétation » des livres sacralisés par le judéo-christianisme. Ainsi faut-il comprendre le massacre des cananéens : « La puissance de Josué réside dans son total abandon à la volonté de Dieu. Il fait comme Yahvé lui avait dit. IL PREFIGURE AINSI LE CHRIST JESUS dont la toute puissance sera l’obéissance jusqu’à la mort : « non comme je veux, mais comme tu veux ». C’est explicitement « Josué-Jésus » qui est ici, dans un personnage unique, donné en exemple au lecteur. Massacrer un peuple entier a la même valeur que donner sa propre vie pour l’amour et la paix. Non pas pour des lecteurs d’il y a 2000 ans. Pour les lecteurs « sachant bien interpréter » AUJOURD’HUI !

Ce sont essentiellement des fanatiques musulmans qui, aujourd’hui, maltraitent et tuent au nom de Dieu. C’est très logique puisque, contrairement au judéo-chritianisme qui affirme qu’il ne faut PLUS le faire, le Coran – qui n’a pas été suivi par un équivalent des Evangiles et qui est toujours considéré comme intouchable « Parole de Dieu » par tous les courants de l’islam – enseigne qu’il faut CONTINUER de le faire juqu’à la totale domination du « seul vrai Dieu » (Allah) sur toute la terre. C’est donc contre l’islam effectivement criminogène AUJOURD’HUI qu’il faut prioritairement lutter dans le monde actuel. Mais doit-on oublier et minimiser pour autant le fait que c’est dans les religions antérieures que l’islam est allé chercher l’idée d’une « bonne » criminalité « voulue par Dieu » ? Faut-il, surtout, tolérer que l’église catholique réanime et RE-JUSTIFIE cette vieille croyance ? Qu’on le veuille ou non l’église conforte ainsi, même si c’est indirectement, la criminalité islamique.

Je ne suis pas un spécialiste de René Girard, je n’ai lu (et peut- être mal) que 4 de ses livres et n’ai pas surveillé tous ses propos.
Je peux donc me tromper. Peut-être qu’il a quelque part mis en lumière et dénoncé la duplicité papale. J’ai tout de même du mal à croire que, dans ce cas, cela ait pu m’être resté si bien caché. Quoi qu’il en soit, il faut amener René Girard – mais aussi et parallèlement des analystes du judaïsme et de la judéophobie comme Daniel Sibony et Pierre-André Taguieff – à s’exprimer plus fortement sur cet aspect de la violence religieuse : sa culture et sa transmission dans le monde futur AUSSI par le judéo-christianisme actuel.

Pierre Régnier

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.