Réponse à M. Youcef Tahar : où avez-vous vu de la manipulation ?

Comme suite à mon article (1) dénonçant des propos que vous avez tenus devant d’Association des Algériens du Languedoc-Roussillon et de l’Aveyron, vous avez signalé à Riposte Laïque le fait que vos propos auraient été l’objet d’une « grossière manipulation », et que la vidéo disponible en ligne (2) aurait été tronquée. Vous dites avoir une version complète en votre possession, mais vous ne la produisez pas. Si vous veniez à la produire, Riposte Laïque la publierait volontiers car elle n’a rien à cacher à ses lecteurs.
En attendant, je n’ai d’autre choix que de continuer à me fonder sur la vidéo actuellement en ligne, d’autant plus que les éventuelles coupures qu’elle aurait pu subir sont sans incidence sur mon article. Celui-ci en effet, concentre ses critiques sur un passage bien précis de votre intervention, et ce passage est bien présent sur la vidéo, dans les termes exacts où je l’ai rapporté. Ce passage est le suivant :
« Nous prendrons s’il le faut, les armes pour défendre le territoire de la France contre toute agression. Nous sommes les enfants, aussi, de ce sol que nous aimons, que nous chérissons.C’est ce message que nous devons dire aux extrémistes de tous bords, ceux du sud comme ceux qui vivent sur ce territoire de France, et qui veulent également semer la haine. »
Dans mon article précédent, j’ai retranscrit ce passage au mot près, entrecoupé cependant de mes commentaires. Ces commentaires se distinguaient parfaitement du texte commenté grâce à une opposition typographique entre caractères romains et caractères italiques, à l’usage de guillemets, et à des expressions telles que « dites-vous » ou « vous poursuivez ».
Il y a bien, dans la version disponible en ligne de la vidéo, cette expression d' »extrémistes de tous bords », donc pas seulement Al Qaida. Les mots « DE-TOUS-BORDS » étaient prononcés par vous en insistant et en détachant les syllabes.
Les extrémistes DE-TOUS-BORDS auxquels vous faites allusion, vous ne les désignez pas davantage de façon claire dans ce passage précis, mais l’expression « de tous bords » est là, bien présente. Il est donc légitime de chercher des précisions dans d’autres passages de votre intervention, qui n’est pas très longue.. Les organisations que vous critiquez à d’autres moments du discours sont Al Qaida et le Front National. Il est donc permis de penser que c’est eux les « extrémistes de tous bords ».

Non, Monsieur Tahar, vous n’envisagez pas de vous battre pour la France…

D’ailleurs, dans votre mise au point, vous confirmez partiellement cette analyse qui est la mienne puisque vous écrivez :  » Ce que j’ai vraiment dit par contre, c’est que j’étais prêt à prendre les armes pour défendre le territoire français contre une éventuelle agression des terroristes d’El Qaida « . Vous êtes donc d’accord avec moi quand j’identifie Al Qaida avec une des forces extrémistes auxquelles vous dites que vous entendez vous opposer par les armes.
En revanche, pour les extrémistes de l’autre bord, votre mise au point les laisse dans l’ombre. Qu’ils y restent donc, puisque telle est votre volonté. Mais peu importe au fond, car, comme je l’ai écrit dans mon article précédent, nul, sauf des militaires français régulièrement engagés et agissant sur ordre de l’autorité politique française, n’est autorisé à prendre les armes contre qui que ce soit sur le sol national. Même contre Al Qaida. Il est d’ailleurs impossible, pour le simple particulier ne disposant pas de rapports des services secrets, d’identifier qui appartient vraiment à Al Qaida et d’être sûr de combattre, voire de tuer, les bonnes personnes.
Oui, j’ai bien écrit : « de combattre, voire de tuer ». Car je me permets de vous rappeler que l’expression « prendre les armes » est forte et ne s’emploie en principe pas au sens figuré. Prendre les armes, c’est vraiment aller à la guerre, une vraie guerre avec de vrais morts. On peut prendre les armes de deux façons seulement : soit en tant que membre d’une armée régulière (mais vous ne faites en principe pas partie de l’armée française), soit dans une milice, ce qui est, par construction illégal quel que soit l’adversaire que le milicien s’est (ou dit s’être) auto-désigné et même s’il s’agit d’Al Qaida. Il est donc très grave de banaliser cette idée en parlant de « prendre les armes » à tort et à travers.
Car vous employez bien cette expression à tort et à travers, comme vous le reconnaissez dans votre mise au point :
« J’ai pour ainsi dire pris cette image pour montrer à quel point la France pouvait se fier à la loyauté et à l’engagement républicain des algériens immigrés. »
Votre disposition à prendre les armes pour la France est donc bien une simple image, une simple façon de parler, une simple hablerie. Remarquez : je préfère cela à l’organisation de milices, même si, comme déjà dit, le simple fait d’en banaliser l’idée par des mots irréfléchis est déjà très grave.
Mais avançons dans le raisonnement, puisque, dans votre mise au point, vous avez précisé le sens, ou plutôt l’absence de sens, de votre disposition hier affirmée à prendre les armes pour défendre la France : de simples mots, une simple image. En réalité : rien du tout.. Il est donc surprenant que vous attendiez, de cette offre de gascon, qu’elle montre « à quel point la France pouvait se fier à la loyauté et à l’engagement républicain des algériens immigrés. » Cette offre de services est en réalité inexistante et ne montre rien du tout. Ou plutôt, elle ne montre rien de plus que votre souhait d’offrir, sans qu’il en coûte rien ni à eux ni à vous, les avantages d’une bonne image aux Algériens immigrés.
…. vous n’envisagez même pas de lui apporter une défense politique sans risques physiques pour vous
Même les déclarations d’amour grandiloquentes qui figurent dans la vidéo en ligne et dans votre mise au point sont ambigües. Quand il faut donner des exemples de votre amour de la France, vous citez en réalité des cas où elle a favorisé le monde arabe, comme lorsqu’elle s’est opposée à la guerre en Irak. Ou bien vous choisissez quelles parties du peuple de France vous conviennent ( « Mon frère est y compris le communiste qui se bat contre le Front National ».) ou encore les périodes de l’histoire, en excluant de votre amour la France coloniale ; bref, vous aimez la France, ou des parties de la France, quand elle va dans le sens de l’Algérie et du monde arabe. Vous confondez amour et convergence d’intérêts. C’est votre droit si vous n’êtes pas français. Un Algérien ne doit aucune loyauté à la France (sauf s’il est bi-national, mais j’ignore si vous l’êtes). Il ne lui en est d’ailleurs pas demandé.
En revanche, il est permis d’attendre, des Algériens présents sur le sol français, qu’ils respectent les lois, les traditions, les valeurs et la culture du pays d’accueil, sans demander à celui-ci de s’adapter à eux, et qu’ils ne dénigrent pas le pays hôte.
De celui qui s’est dit prêt à se battre physiquement pour elle, et même s’il a parlé dans l’excitation d’un moment de hâblerie méditerranéenne, il est également permis d’attendre, à tout le moins, qu’il la défende politiquement et en tous cas qu’il ne répercute pas ad nauséam les discours de dénigrement chers au FLN et à M. Bouteflika, et les récits tronqués de l’histoire auxquels se complaisent certains propagandistes, relatant une journée choisie sans parler de la veille, se plaignant de la colonisation sans rien dire des actes de piraterie esclavagistes auxquels elle a mis fin, se plaignant d’une répression sans rien dire des violences qui l’avaient précédée, et tout à l’avenant.
Je me suis donc rendue sur le site de l’association dont vous êtes le Président (3) pour voir quelle image vous présentiez de la France, de son histoire, des forces politiques qui la composent, et quels devoirs vous vous sentiez envers elle. J’y ai trouvé :
– une publicité pour le film L’autre 8 mai 1945, avec lien vers une interview de la réalisatrice qui parle d’une « répression coloniale que l’on aimerait cacher », et qui fait silence, tout au long de l’interview, sur les sanglantes émeutes qui l’avaient précédée
– un communiqué contre le Front National du 27 février 2010 dans lequel votre association dénonce « avec la plus grande énergie l’exploitation raciste, haineuse et provocatrice de l’emblème national algérien sur les affiches du Front National dans sa propagande pour les élections régionales » ; mais vous oubliez de protester contre une autre utilisation abusive du drapeau algérien, celle qui a consisté à vendre et à porter des T-shirts sur lesquels le drapeau algérien était représenté recouvrant le dessin de la carte de France ; cette évidente provocation, que dénonçait l’affiche du Front national, aurait mérité d’être aussi dénoncée par les autorités algériennes et par votre association, car elle fait un usage illégitime de votre drapeau et exprime, si on la prend au pied de la lettre, une volonté de conquête de la France ; bien sûr, il faut là aussi prendre de la distance et faire la part de la hâblerie méditerranéenne, mais il demeure qu’il eût été dans votre rôle de dénoncer cette première provocation à la haine et ce premier usage abusif de votre drapeau.
Dans ce même communiqué, l’alibi du Front National étant bien pratique, vous vous lâchez complètement, et pas seulement à l’encontre de ce parti :
« L ‘ALR appelle l’ensemble des Français d’origine algérienne et parmi eux, particulièrement les jeunes, à se rendre massivement aux urnes les 14 et 21 mars prochain pour donner leur voix aux listes qui feront avancer la France qui sait se respecter, respecte les autres, ne les insulte pas, ne falsifie pas leur histoire et leur passé, ne méprise pas leur culture et leur religion, n’utilise pas les immigrés comme boucs émissaires ».
Vous demandez donc, tout simplement, aux bi-nationaux, d’utiliser leur droit de vote en France au profit de l’Algérie !
Loin de défendre la France, vous en faites deux parts dont l’une est celle qui vous sert et dont l’autre est destinée à être jetée aux chiens ; cette dernière, vous l’écrasez de votre haine et de votre mépris.
A vous lire, cette autre France ne se respecte pas. On croirait que vous parlez d’une ivrogne ! Désolée, Monsieur Tahar, mais la France n’a pas plus besoin de votre soutien armé (que d’ailleurs vous ne proposiez qu’à titre d’image) que de vos conseils sur la façon dont elle doit agir pour se respecter.
Ce sont les Françaises et les Français, et eux seuls, qui sont habilités à décider où se situe leur respect d’eux mêmes.
Quant aux respect des autres : on peut respecter les autres tout en leur indiquant qu’ils ont franchi une ligne jaune ; on peut aussi respecter les autres en leur rappelant qu’ils n’ont pas tous les droits ; on peut encore les respecter en leur rappelant, quand tel est le cas, qu’ils ne sont pas chez eux et qu’ils doivent eux-mêmes respecter la primauté et les prérogatives du maître (et de la maîtresse) de la maison.
De plus, nous n’avons à respecter que les personnes, pas les coutumes ou les dogmes. En ce qui me concerne, je n’ai pas le moindre respect pour la polygamie ni pour la charia ni pour la lapidation ni pour les voiles petits et grands ni pour les égorgements d’animaux. Et, tant que je ne vais pas voyager dans un pays musulman (et je n’y vais jamais), je n’ai aucune obligation de faire semblant. Je suis chez moi en France. Ici, sur mon sol ancestral, c’est à l’étranger de respecter mes us et coutumes, voire mes caprices et mes manies ; pas le contraire.
Nous sommes nombreux, et pas seulement au Front National, à ne pas admettre que des étrangers qui bénéficient de notre hospitalité viennent nous donner des leçons, et falsifier notre histoire et notre passé en nous présentant comme des monstres ; les pirates esclavagistes, c’est à Alger qu’ils étaient ; voilà ce que dit l’histoire non falsifiée !
Et nul n’utilise les immigrés comme boucs émissaires, mais nous avons parfaitement le droit, quand ils violent les lois de l’hospitalité, de les leur rappeller : l’invité n’est pas le maître de la maison, c’est aussi simple que cela. Et, quand l’invité, avec la nationalité, acquiert les droits du fils de la maison, il acquiert par là-même une obligation de loyauté.
Catherine Ségurane
(1) Mon article dans le numéro 175 :
http://www.ripostelaique.com/Quand-un-journaliste-algerien.html
(2) la vidéo en ligne :
http://www.youtube.com/watch?v=ZzWriIQGp4w&feature=player_embedded
(3) Le site ite internet de l’Association des Algériens du Languedoc Roussillon :
http://www.assoalr.fr/

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