Réponse à Madame Kintzler

Madame Kintzler,

Je suis musulman, fils de voilée intégrale et je soutiens Fanny. J’ai été à son procès et j’ai affiché, devant et dans le tribunal, une pancarte où j’avais inscrit ceci : « Femmes, je vous aime ! Et vous méritez mieux que les voiles ! »

Cela ne fait pas de moi un ultra-laïciste et je vais essayer de vous expliquer pourquoi. Ce qui m’en préserve, me semble-t-il, c’est le discernement. Ma devise première est : « La dignité humaine est sacrée, pas les religions » et encore moins l’islam classique qui a peu de respect pour ma douce moitié. Ce qui m’en préserve aussi, c’est que je ne peux en aucun cas mettre la croix ou le coran sous forme de médaillon suspendus au cou d’une jeune fille sur un même pied d’égalité que le voile, la burka ou le tchador. L’honnêteté intellectuelle m’interdit aussi de ranger la kippa, le turban sikh et la soutane dans le même tiroir que les voiles islamiques.

Je me demande comment on pourrait aligner tous ces signes et symboles plus ou moins occultants, plus ou moins symboliques, dans une seule et même phrase, alors que la seule chose qu’ils ont en commun, d’après moi, est l’adjectif qualificatif relatif à des religions bien différentes, si ce n’est opposées (sikhisme versus islam par exemple).

Dans l’éditorial que vous avez écrit pour le flash UFAL n° 30, il me semble que vous vous êtes engagée sur une piste que vous maîtrisez à fond alors qu’il fallait prendre la piste juste à côté. Ainsi, toute votre analyse s’en est trouvée dévoyée. Ce n’est pas une méprise qui vous serait propre, mais c’est aussi l’erreur de pas mal de nos intellectuels et militants progressistes qui invoquent la laïcité à toute occasion, alors que la laïcité n’est que le préalable à d’autres combats, d’une tout autre nature. La lutte pour l’émancipation des femmes connaît son apogée bien après 1905. La militance pour l’émancipation de mes coreligionnaires musulmanes n’a que peu de choses à voir avec la laïcité et elle ne passera jamais par une absurde interdiction -dans la même foulée- de la kippa, de la croix ou du turban sikh dans l’espace public.

Un de mes témoignages moraux a été lu au procès de Michèle Vianès contre la voilée Mme Kadda. J’y avais déjà déclaré la guerre (des mots, du verbe, des signes) aux voiles, aux burkas et aux tchadors. J’ai récidivé au procès de Fanny et j’ai distribué un tract qui proclamait : « Voiles, burkas et tchadors, je vous hais ! Vous avez étouffé ma grand-mère et ma mère en Afrique du Nord et vous voulez brimer ma petite fille en France et en Europe ».

Cela, Madame Kintzler, n’a rien à voir avec la laïcité. Cela touche à l’injustice faite aux femmes dans l’islam classique dont je suis héritier et cela est incompatible, avant tout, avec la déclaration des droits humains, bien placés au-dessus de la loi 1905 et dans nos principes universels.

Les signes religieux ne se valent pas. Vous le savez, vous l’observez, vous le comprenez et vous ne pouvez pas user de l’analogie à leur égard pour les aligner à la légère dans une seule et même phrase.

Il me semble que nous ne sommes pas du tout sur la même piste. Toutes vos analyses, très fines et très justes au sujet de la laïcité ne sont pas pertinentes dans le domaine de l’émancipation des musulmanes. Le combat de fond que nous devons menez ne se règle pas à coups de lois magiques. C’est toute la société civile qui doit le mener pour que le regard malsain porté sur le corps de ma douce moitié soit renvoyé à son Moyen-âge. Cela se règle à coup de lois sociales tacites que vous ne trouverez pas réunies dans un Code édité par Dalloz.

Avec tous mes respects

Mohamed Pascal Hilout

Initiateur du nouvel islam en France

Et corédacteur de Riposte Laïque.

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