Réponse à Mme Chantal Robin-Rodrigo, députée des Hautes Pyrénées, sur le voile et la burqa

Madame la députée,
Un grand merci pour votre courrier, vous étiez la première députée à me répondre. Vous dites partager mes inquiétudes, et je vous crois, cependant lorsque vous ajoutez : « Pour autant s’agissant des femmes portant voile ou burqa, je crois qu’on ne peut pas parler d’un phénomène qui s’amplifie. Il reste minoritaire. Les lois de la République restent protectrices car attachées à l’égalité entre les sexes », ceci semble supposer que vous n’êtes pas prête à agir. Vous me permettrez de ne pas être d’accord sur votre affirmation.
Depuis 1988 date des premières apparitions des voiles dans les écoles, le port du voile a explosé dans notre société. Il suffit d’avoir un regard attentif sur ce point dans tous les espaces que nous partageons, transports, grandes surfaces, parcs, sorties scolaires (personnes voilées accompagnant les enfants) etc…. .Depuis 20 ans j’attends un sursaut…qui ne vient pas, ni à gauche (Jospin, alors ministre de l’éducation nationale) et de façon bien molle à droite, loi de 2004, soit 15 ans trop tard, par l’interdiction du port du voile à l’école mais pas dans les universités. Et je crains que le port de la burqa ne se développe et ne s’amplifie partout en France de la même manière. (N’y en aurait-il qu’une, c’est une de trop.) Nous devons réfléchir à la violence de l’enfermement du corps et de l’esprit que cette tenue symbolise.
Peut-être ne partagerez vous pas ce point de vue, mais, il me semble, que le totalitarisme en terre d’Islam se mesure au port du voile.….. Les juristes Turcs ne s’y sont pas trompés en l’ interdisant aussi à l’université. Belle leçon de défense de la laïcité.
Je suis une enseignante d’EPS à la retraite (67 ans), particulièrement sensible à la liberté du corps des femmes et des petites filles, à leur joie de la pratique sportive. J’avais naïvement cru que l’Islam de France, sensible à nos valeurs, permettrait aux jeunes filles de s’émanciper et de profiter au maximum de nos lois d’égalité. Et cela semblait être le cas jusqu’avant les années 90. A l’époque aucun problème de tenue, short, tee-shirt et maillot de bain , pour la pratique des activité d’EPS pour les élèves, ce qui n’est plus le cas. Je constate que, depuis, les pouvoirs politiques divers ont cédé aux attaques des fondamentalistes….Au nom du respect des cultures, ces fameuses « cultures » que les hommes imposent aux femmes depuis des millénaires en s’appuyant sur des textes « dits sacrés ».
Pour peu que nous cédions sur l’hôpital et que nous réservions des autobus, des piscines, des gymnases, des écoles spéciales pour les jeunes filles ou jeunes femmes, afin d’éviter la mixité, que nous laissions appliquer, comme en Grande Bretagne, des jugements spécifiques, proches de la charia….L’apartheid sera complet.
J’adhère à 2 associations « les Ni Putes Ni Soumises » et « Regards de Femmes », qui font leur maximum pour attirer l’attention de notre société et de nos élus sur ce glissement gravissime. Des musulmans progressistes Français et étrangers, tirent aussi la sonnette d’alarme…Mais nous n’entendons rien. L’Islam d’aujourd’hui en France au lieu de se remettre en cause et d’évoluer afin que les femmes soient plus libres, tente d’imposer avec détermination des lois particulières sous la pression des fondamentalistes. Ce n’est pas lui qui vient vers nous, c’est nous qui plions et abdiquons.
Il me semble que notre République est à un moment historique. Soit elle défend ses valeurs d’égalité pour toutes les citoyennes, soit elle cède, (par peur ?) aux pressions intégristes. Vous, hommes et femmes politiques devez avoir conscience de cela afin que le sort des femmes ne se dégrade pas. L’élection de Benoît XVI n’est pas non plus très rassurante. Les progrès de notre société en matière de droit, notamment de droit des femmes doivent profiter à toutes sans exclusive.
Bien cordialement et laïquement votre.
Chantal Crabère

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