Réponse à nos amis Jean-François Chalot et à Denis Pelletier

Publié le 3 juin 2008 - par
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Sous le titre « Ne pas désespérer ses amis » deux lecteurs fidèles nous ont écrits pour réagir à l’éditorial du numéro 43 de Riposte laïque. Nous les remercions d’avoir choisi le ton du débat, et non celui de l’invective si souvent pratiquée. C’est pourquoi, nous allons tenter de répondre point par point à leur argumentation tout en sachant que nous ne risquons peu de les convaincre car les désaccords qu’ils mettent en avant sont de vrais points de désaccord qui font effectivement débat .

Pour amorcer le dialogue et ne pas désespérer nos amis, une concession peut-être faite, celle du ton assez provocateur et punchi de l’éditorial. Mais il est bon aussi de dire les choses clairement et depuis sa création Riposte laïque a adopté comme ligne de conduite de parler librement et de ne pas écarter les questions qui fâchent et qui ne font pas forcément unanimité même au sein de l’équipe rédactionnelle de RL.

Rentrons au cœur du débat :

1. La défense inconditionnelle des sans papiers :

Sur ce point notre désaccord est effectivement total et nous n’avons cessé de le dire. Cela fait au moins trente ans que la gauche, les associations ont fait de la question de la régularisation, non pas des sans papier, expression journalistique stupide mais des étrangers irréguliers, une revendication permanente. Premièrement les régularisations du passé ont montré qu’elles ne réglaient jamais rien, en 1982 ; Mitterrand et les socialistes avaient régularisé 132 000 travailleurs étrangers en situation irrégulière sur la base d’un contrat de travail en affirmant « apurer le passé » selon l’expression consacrée. Ou, autrement dit, la der des der. Mais les flux n’ont pas cessé et des Maliens de Vincennes au squat de Cachan en passant par la régularisation de1998 les clandestins n’ont cessé de venir et de s’installer irrégulièrement attendant la prochaine régularisation.

Certains interprétant les dispositions introduites par Chevènement comme une obligation de rester 10 ans en situation irrégulière pour être régularisé : combien de fois ai-je entendu affirmer : on nous oblige à rester 10 ans en situation irrégulière pour être régularisé ! On n’obligeait à rien du tout , on tenait compte d’une situation de fait. Personnellement, j’ai d’ailleurs approuvé totalement la suppression de cette disposition sachant que celle qui concerne la régularisation au fil de l’eau, comme on dit est restée et a permis en 2006 de régulariser plus de 20 000 étrangers soit plus que ceux venus au titre du regroupement familial.

La régularisation est un processus sans fin qui ne règle aucun problème et qui en définitive consiste à considérer que tout étranger a le droit inconditionnel pour reprendre votre expression de venir s’installer et travailler en France, pour ce qui nous concerne, mais de façon générale dans tout pays. C’est un droit absolu. Et c’est bien là qu’il y a désaccord entre nous. Soit on considère que tout individu a droit de s‘installer et de travailler là où il veut et de bénéficier évidemment de tous les avantages sociaux, du droit au logement, du droit à la santé, ce que prônent d’ailleurs les tenants de la mondialisation, soit on estime que chaque Etat souverain a le droit de décider qui vient s’installer sur son territoire.

C’est la question de fond. Et il faut bien y réfléchir. J’ai entendu certains commentateurs considérer qu’en Afrique du sud, les violences commises sur les immigrés étaient un peu « normales ». car les noirs des towns ships au chômage en voulaient aux immigrés qui le prenaient le travail : ah bon ? Quand les travailleurs Algériens, Angolais, ..vont s’en prendre aux Chinois de plus en plus nombreux en Afrique, on va considérer cela aussi comme un peu normal ?
Si des centaines de milliers de Chinois ou d’Africains arrivaient en France et en Europe, est ce que cela ne poserait pas problème ?
Il faut être clair sur cette question et avoir une position de principe et non pas des réponses à géométrie variable.

2. Le dumping social

Quand la France a connu un chômage de masse, était-il légitime que certains viennent travailler irrégulièrement. ?. et que d’autres profitent évidemment de leur travail irrégulier. Sans doute faudrait-il d’ailleurs distinguer entre les employeurs payant des salariés avec de vrais faux papiers qui ont versés salaires et cotisations sociales de ceux qui ont embauché avec des salaires inférieurs sans aucune charge. Je n’épiloguerai pas longtemps sur cette question car tout a été dit dans l’éditorial. La présence de travailleurs irréguliers est évidemment une forme de dumping social. Toutes les études montrent d’ailleurs, qu’une fois régularisés ils sont remplacés par d’autres et même (ce fût le cas des régularisés du sentier soutenus par la CFDT) ils sont mis hors travail avec des aides spécifiques.

En Grande Bretagne, des études récentes ont montré que l’arrivée massive de Polonais qui étaient eux pour la plupart réguliers ont pesé largement sur les salaires des autochtones.

C’est bien pourquoi s’obnubiler sur la régularisation des travailleurs immigrés irréguliers sans voir qu’ils sont objet et acteurs du dumping social c’est se cacher les yeux et jouer les idiots utiles pour satisfaire les thèses libérales et Monsieur Attali qui l’ont fort bien compris, eux.

Tant que le salaire moyen sera de 150 euros au delà de la méditerranée, les étrangers seront prêts à tout pour venir gagner mieux leur vie et on peut les comprendre mais ce la ne règlera en rien le problème du développement et de la réduction des inégalités en Afrique et ne fera qu’accroître la pression sur le salariat français ou européen.

La gauche et la droite n’ont cessé d’ailleurs de renforcer les sanctions contre les employeurs, surtout la gauche d’ailleurs . Mais ceux qui réclamaient la répression étaient incapables d’imposer que les inspecteurs du travail effectuent des contrôles : difficile de s’en prendre aux employeurs sans constater l’infraction des clandestins. D’ailleurs, on se demande ce qu’ont fait les inspecteurs et contrôleurs du travail qui visitent régulièrement les restaurants et autres tavernes sans se rendre compte que les travailleurs étaient en situation irrégulière…
A moins qu’ils aient eu de vrais faux papiers ce qui complique la chose,. Néanmoins ces travailleurs étrangers n’étaient autorisés ni à séjourner ni à travailler en France.
Néanmoins ces travailleurs étrangers n’étaient autorisés ni à séjourner ni à travailler en France
Mais là encore, va-t-on accepter longtemps et au nom de quelle cause, que certains puissent venir avec de faux visas, de faux passeports, usurper des identités, mentir sur leur âge, leur situation. Doit-on avoir en France la loi pour les uns et pas pour les autres. De façon générale, l’usurpation d’identité est sanctionnée. En l’espèce aucune sanction ne semble avoir été prise ? Surprenant , non ?

3. Droit de vote des étrangers

Sur le droit de vote, je serai brève.
Cette question est une espèce de chiffon rouge qui a été utilisée comme thème d’agitation quand les associations sont à court de campagne….
La France est un pays qui pratique massivement les naturalisations. Celui qui veut participer à la vie politique en tant qu’électeur doit savoir où il est et à quelle nation il appartient. Je ne sais pas pourquoi vous évoquez les double nationaux mais ils disposent du droit de vote dans les deux pays desquels ils ont la nationalité.

Ceci dit, je pense qu’à terme cela peut être un réel problème pour un pays où ceux qui vivent à l’extérieur peuvent faire une élection. Enfin, je ferais observer que je n’ai jamais bien compris l’intérêt de réclamer le droit de vote aux élections locales sachant que des études du CEVIPOF notamment ont montré la très faible participation des citoyens d’origine immigrée.

Je me souviens en outre de l’instrumentalisation des électeurs de Grigny pendant la campagne présidentielle appelés à voter Royal , méthode qui ressemblait plus aux mascarades démocratiques d’élection en Afrique qu’à un réel apprentissage de la démocratie. Je partage donc totalement les arguments de Christine Tasin, exprimés sur son blog (1)

4. Education

Sur l’éducation, si vous êtes convaincus que le système éducatif n’est pas malade alors qu’il ne cesse depuis trente ans de renforcer toujours plus les inégalités en ayant abandonné la transmission des savoirs, que vous dire. Si les méthodes peuvent changer et qu’il ne s’agit pas de revenir à l’école des années trente, il n’empêche. Quand on rencontre des jeunes sortant de nombreuses années d’enseignement et ils sont si nombreux ! Incapables non seulement d’écrire correctement mais de parler, de se présenter, de verbaliser une pensée , un sentiment, une conviction, non pas dans une forme littéraire mais de manière compréhensible par l’interlocuteur, on se demande vraiment quels enseignements ils ont reçus ? Il y a là un gâchis scandaleux et si tous les enseignants ne sont pas coupables, ils sont bien souvent responsables ne serait-ce qu’en défendant un système d’autosatisfaction. Je ne voudrais pas à nouveau vous heurter de front mais très sincèrement il est grand temps d’ouvrir les yeux même si ici ou là certains enseignants se défoncent pour leurs élèves c’est tout le système qui est malade ;.seuls les enfants des classes sociales fortunées ou des enfants d’enseignants s’en sortent et vous le savez bien.

Voilà quelques points de réponse. Vous êtes laïques et anti communautaristes, et c’est très bien. Vous vous êtes sentis agressés. Tel n’est pas l’objectif qui est celui de débattre franchement. Mais nous pensons qu’il faut que la gauche républicaine ouvre les yeux sur ses contradictions. Nous pensons être très clairs sur la question sociale et justement qu’il faut défendre la classe ouvrière qui a été abandonnée au profit des sans papiers en tout genre..

Gabrielle Desarbres

(1) http://christinetasin.over-blog.fr/article-19752470.html

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