Réponse à un lecteur de Respublica, qui nous juge trop complaisants avec les intégristes juifs et le FN

Publié le 1 février 2010 - par - 214 vues
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Monsieur Quentin Levi,

Vous avez adressé à la rédaction de Riposte Laïque un long message dans lequel vous exprimiez vos désaccords profonds avec la ligne de pensée adoptée par notre journal. Ce qui est tout à fait votre droit.

http://www.ripostelaique.com/Lecteur-de-Respublica-j-exprime.html

Vous avez conclu par ailleurs votre missive en ces termes :

« Je ne veux pas d’injures ni de règlements de comptes mais simplement apporter une pierre au débat laïque. J’aimerais être publié dans Riposte Laïque et j’ai hâte de lire votre réponse. »

Reprenons désormais donc point par point les termes de votre message adressé à notre journal.

1) « Votre journal ne parle jamais de la perruque chez les juives extrémistes. Connaissez-vous ne serait-ce que son existence ? Les juives des milieux très extrêmes se rasent la tête et mettent une perruque. C’est exactement comme le voile – voire pire – il s’agit de cacher la féminité pour ne pas tenter l’homme et ne se réserver qu’à son mari. Pour autant, Riposte Laïque ne s’attarde que sur la question du voile et de la burqa. »

« Connaissez-vous ne serait-ce que son existence ? » : tout d’abord, j’eus apprécié que vous ne méprisassiez pas à ce point ni le niveau ce culture générale ni le niveau d’instruction, encore moins l’expérience et les compétences professionnelles et/ou associatives des rédacteurs de Riposte Laïque.

Par ailleurs, je réponds à votre question et vous confirme que nous connaissons la question du port de la perruque chez ce que vous appelez « les juives des milieux extrêmes ».

En revanche, Monsieur, vous donnez votre avis sur un sujet que vous ne maîtrisez à l’évidence pas du tout. En effet, qu’entendez-vous exactement par « les juives extrémistes » d’une part ? D’autre part, quelle différence faites-vous entre « les juives extrémistes » et « les juives des milieux très extrêmes » ?

Je me permets donc d’ores-et-déjà de rectifier les confusions induites par le caractère sommaire et donc forcément réducteur de votre discours.

D’une manière générale, les sociologues israéliens établissent une distinction entre les Juifs laïques, les Juifs traditionalistes connus pour avoir une pratique religieuse partielle, les Juifs orthodoxes qui ont une pratique religieuse stricte sans pour autant se couper des réalités du monde moderne, les Juifs ultra-orthodoxes encore appelés « Haredim » et dont la pratique religieuse très rigoureuse s’accompagne d’un large rejet de la modernité et d’une volonté manifeste de se démarquer par un séparatisme social affirmé.

Chez les Juifs orthodoxes et a-fortiori chez les Juifs ultra-orthodoxes, la tradition rabbinique est respectée et sur le point que vous soulevez, celle-ci interdit aux femmes mariées de montrer leurs cheveux en public. La chevelure d’une femme, considérée comme « sa plus grande fierté », doit donc être scrupuleusement couverte en dehors du foyer conjugal.

Sur ce premier point, contrairement à ce que vous écrivez, Monsieur, la symbolique du port de la perruque chez les femmes de confession juive n’a aucun point commun avec celle du voile : il ne s’agit en effet pas de dissimuler sa féminité. C’est davantage l’expression d’un code de modestie. Les femmes juives ne sont pas, que je sache, couvertes de la tête aux pieds, visage recouvert y compris comme le sont les femmes musulmanes qui portent le voile, intégral ou pas. Les femmes juives en France, que je sache, ne refusent pas de montrer leur visage quand elles font des photographies d’identité. Le port de la perruque appelée « sheitel » chez les femmes ne confession juive en France ne constitue en conséquence en aucun cas une revendication communautariste.

Maintenant, reste la question des femmes juives qui se rasent effectivement la tête pour porter une perruque. Il faut savoir que la plupart des femmes de confession juive qui évoluent en France dans des milieux marqués par une pratique religieuse très rigoriste portent certes une perruque sans pour autant se raser la tête. La pratique qui consiste à se raser la tête est ultra minoritaire : elle ne concerne que moins de 1% de la communauté juive. Moins de 1% sur 600 000 Juifs que compte la communauté juive française dans une République qui elle-même compte environ 64 millions de Français. Il n’y a pas là de quoi déstabiliser les piliers de la République française, vous en conviendrez avec moi. Pour autant, la pratique qui consiste à demander à une femme de se raser la tête est parfaitement condamnable en ce sens qu’elle constitue une violence faite, en tout cas de mon point de vue personnel, à l’intégrité physique et psychologique d’une femme. Il serait plus que souhaitable, de fait, que les ultra-orthodoxes abandonnassent cette pratique d’un autre âge.

Quant aux femmes, Juives ou pas, qui désirent ne « se réserver qu’à leur mari » comme vous l’écrivez, permettez-moi de vous dire que je ne vois pas ce qu’il y aurait de condamnable dans ce choix dès lors qu’il s’agit de leur part d’un choix évidemment librement consenti. Et uniquement s’il s’agit d’un choix librement consenti. Que je sache, ce n’est tout de même pas non plus une obligation d’avoir des partenaires multiples !

2) « Vous considérez que ce n’est pas l’islam radical mais l’islam en tant que tel qui pose problème. Alors là, je ne peux vous rejoindre. La civilisation arabo-musulmane est une des plus grandes civilisations de l’histoire de l’homme. Vous jetez aux oubliettes les philosophes musulmans, la découverte de la chimie … »

Monsieur, je vous invite à relire les déclarations d’Ayaan Hirsi Ali, de Wafa Sultan, de Mina Ahadi, d’Irshad Manji (lire son livre intitulé « Mon problème avec l’islam »), de Necla Kelek, de Taslima Nasreen, de Chahdortt Djavann : elles expliquent à l’opinion publique, en quoi l’islam est incompatible avec la démocratie, rejette la notion de citoyenneté, est incompatible avec les Droits de l’Homme, est une religion sectaire (l’islam interdit à un musulman de se convertir à une autre religion et tout musulman apostat doit être condamné à mort), incite au Djihad.

Vous le constatez : nous sommes loin d’être les seuls à considérer que c’est l’islam en tant que tel qui pose problème et pas seulement l’islamisme. Et aucune des personnes citées précédemment n’a jamais développé des idées, tout comme nous à Riposte Laïque, qui seraient contraires aux idéaux républicains et démocratiques. Je vous rassure donc sur un premier point, Monsieur : à Riposte Laïque, nous réfléchissons avec notre cerveau et non avec nos tripes.

3) « Je rejoins là-dessus Caroline Fourest qui déclarait en Suisse : « Si vous vouliez détruire la mosquée de Paris, vous me trouveriez en face de vous. » »

Premier point : votre référence à Madame Fourest.

Savez-vous précisément, Monsieur, quelle est précisément la nature des engagements de Caroline Fourest ?
Je me permets ici simplement de vous rappeler ce qu’écrivait un chercheur émérite, Paul Landau, au sujet de Caroline Fourest :

« ….. Madame Fourest travaille depuis plusieurs mois pour une institution européenne très marquée politiquement, la Fondation Anna Lindh. …….De même que l’URSS recrutait autrefois des intellectuels prestigieux en Occident (comme Ernest Hemingway) pour défendre la politique de la « patrie du socialisme », l’Union européenne recrute aujourd’hui des intellectuels – par le biais de la Fondation Anna Lindh – pour défendre le projet politique euro-méditerranéen. Et si Madame Fourest pourfend aujourd’hui le « fanatisme » israélien et s’abstient de dénoncer le projet politique de Tariq Ramadan – préférant le contredire uniquement sur le sujet très réducteur de l’homosexualité – c’est parce qu’elle est devenue une intellectuelle au service du projet euro-méditerranéen. Ce projet n’est d’ailleurs pas du tout incompatible – loin s’en faut – avec celui de Ramadan : il est en fait le second versant de l’entreprise islamiste de conquête de l’Europe. Tandis que Ramadan et les autres prédicateurs de l’islam conquérant s’emploient à islamiser et à réislamiser les populations européennes, Caroline Fourest et ses collègues de la Fondation Anna Lindh s’emploient de leur côté à annihiler toute vélléité de résistance de la part de ces mêmes populations, en s’en prenant par exemple à Riposte Laïque qui constitue le principal pôle de résistance citoyenne face à l’islamisation de la France ….. » [« Le tournant eurabien de Caroline Fourest », Paul Landau, Riposte Laïque n°111- Point de vue, paru le 24.11.09]

Je ne pense pas, Monsieur, qu’en citant Caroline Fourest en exemple comme vous le faites, vous défendiez autant que vous semblez le croire, la laïcité. Je vous encourage donc à vous informer plus amplement sur la Fondation Anna Lindh afin d’aiguiser votre jugement sur la véritable nature des discours de Madame Fourest.

Second point : votre référence à la Mosquée de Paris.

En citant les propos de Madame Fourest au sujet de la Mosquée de Paris, vous nous faites clairement comprendre, Monsieur, que vous approuvez clairement les propos de Madame Fourest. Et par voie de conséquence, votre approbation également à tout ce qui se rapporte à la Mosquée de Paris. Dans le cas contraire, je ne doute pas un seul instant que vous auriez su nous exprimer d’emblée votre divergence de point de vue avec Madame Fourest sur la question de la Mosquée de Paris si vous en aviez eu un.

D’une part, personne n’a jamais, à ma connaissance, demandé au sein de la rédaction de Riposte Laïque, à ce que la Mosquée de Paris soit détruite.

D’autre part et c’est là ce qui m’inquiète davantage encore en constatant que vous cautionnez de toute évidence les paroles de Madame Fourest, c’est l’appui que vous apportez parallèlement à la Mosquée de Paris et donc au recteur de cette mosquée Monsieur Dalil Boubakeur.

Pour mémoire, je vous rappelle, Monsieur, que Dalil Boubakeur, avant de devenir le président du Conseil Français du Culte Musulman de 2003 à 2008, avait soutenu en 1989 la fatwa lancée par l’ayatollah Khomeini à l’encontre de Salman Rushdie. Sachez que 20 ans après les faits, cette fatwa n’a toujours pas été annulée en Iran. Donc, vous voyez, Monsieur, nous ne sommes nullement à Riposte Laïque dans un registre « passionnel et non rationnel ». Nous ne nous basons tout au contraire que sur des faits, tous vérifiables.

Et puisque nous en sommes arrivés à ce stade du débat, alors ayons le courage de rappeler certaines vérités dérangeantes, y compris pour l’Etat français. Quelles sont-elles ?

Rouhollah Mousavi Khomeini a été nommé ayatollah dans les années 1950. Dès les années 1960, il fait partie intégrante de l’opposition religieuse qui combat le régime du Shah d’Iran Mohammad Reza Pahlavi ainsi que les réformes qu’il avait engagées pour moderniser le pays.
Bien que Khomeini ait été arrêté en 1963 et condamné à mort, le Shah d’Iran commet néanmoins l’erreur de le gracier. Condamné à l’exil, Khomeini part d’abord en Turquie puis en Irak où il restera 14 ans. Mais très rapidement son activisme forcené pro-chiite dérange le pouvoir irakien qui le lui fait savoir. Et où s’installe Khomeini ? Dans un pays arabe ? Non, pas du tout ! Il séjourne dès 1978 à Neauphle-le-Château en France. La France dont le Président de la République n’est autre, en 1978, que Valéry Giscard d’Estaing.

Or, personne n’ignore que Khomeini a considérablement radicalisé sa pensée tant au cours des années passées en Irak qu’au cours de son séjour passé en France.

Une fois de retour en Iran où il prend le pouvoir dès le 11.02.79, Khomeini déclarera au cours de l’année 1979 : « Nous exporterons l’islam partout ». Vous noterez au passage, Monsieur, que l’ayatollah Khomeini en personne parlait déjà de « l’islam » et non de l’islamisme.
Résultat des courses : le peuple iranien,  » l’un des peuples les plus cultivés du monde  » comme l’a si bien écrit François Léotard dans une lettre adressée à Mahmoud Ahmadinedjad dès juillet 2006, se meurt depuis trente de l’idéologie criminelle des ayatollahs héritiers de Khomeini d’une part ; d’autre part le monde occidental doit faire face à l’offensive de ce totalitarisme politico-religieux, aux ramifications désormais multiples et venues depuis 1979 d’autres pays que de l’Iran, dont l’objectif clairement affiché n’est autre, pour ne citer que l’exemple de la France, que d’abattre purement et simplement les fondements de notre République laïque basée sur les principes de Liberté, d’Egalité et de Fraternité.

Plus grave encore, c’est que non contents d’avoir mis le loup dans la bergerie, certains gouvernements d’Europe ont ensuite accéléré l’installation, voire conforté l’assise de cette idéologie fasciste, soit en laissant ouvertement et sans risque de se voir traduits devant des tribunaux les barbus s’exprimer sur la place publique, soit également en travaillant avec des « prédicateurs » d’un genre nouveau comme par exemple Tariq Ramadan (en Angleterre par exemple).
Sur ce dernier point, n’oublions pas que la Mission d’information parlementaire sur la pratique du port du voile intégral sur le territoire national, a auditionné Monsieur Ramadan le 02.12.09. Décision qui demeure à ce jour très contestable.

Donc, vous voyez, Monsieur, nous ne développons absolument aucune « haine » contre l’islam. Nous ne faisons que soulever des vérités qui, de toute évidence, dérangent. Quant à Monsieur Boubakeur dont je parlais précédemment, je rappelle qu’en ce qui concerne les débats menés dans le cadre de la Mission parlementaire sur le voile, il a très rapidement déclaré : « C’est trop tard (pour lutter contre le voile intégral) parce qu’on a laissé filer le problème du fondamentalisme ». Avouez qu’invoquer l’idée que « l’ « on » a laissé progresser le fondamentalisme » après avoir vingt ans plus tôt refusé de soutenir Salman Rushdie, a tout de même de quoi laisser perplexe plus d’un républicain !

4) « Dernier point et là je suis tombé des nues, c’est quand vous effectuez un rapprochement avec Marine Le Pen. Savez-vous que le Front National a soutenu le régime de Pinochet ? L’Apartheid. Ce n’est pas un discours de laïcité, c’est un discours raciste. Certes, par sa stratégie, la fille Le Pen s’éloigne du discours de son père, mais comment des militants qui viennent de la gauche peuvent-ils tomber dans un tel piège ? Vous vous défendez en citant un lecteur militant au Front National qui vous touche dans sa lettre mais ce militant donne de l’argent pour la soupe au lard qui exclue les Juifs et Musulmans. C’est çà la résistance à l’islamisme ? »

1er point : le discours de Riposte Laïque, un discours que vous définissez de « raciste ».

Voici ce qu’écrivait Cyrano dans Riposte Laïque paru le 08.01.10 :

« Une façon de montrer ce qu’est vraiment le Front National qui, s’il sait utiliser le thème de l’étranger sur un versant à tendance raciale, en cherchant la stigmatisation, la désignation du bouc-émissaire dans la plus haute tradition de l’extrême – droite nationale, soutient toutes les dictatures fascistes fondées sur l’islam comme l’Iran. …….

Si on veut empêcher que le racisme ne devienne un programme politique, il faut contrecarrer cette volonté de faire taire les voix qui s’élèvent dans notre société. » [« RL défend une République laïque aujourd’hui menacée par un péril mortel : l’islam », Cyrano, n°117 de Riposte Laïque, 08.01.10]

Très honnêtement, un journal qui serait raciste ne condamnerait pas les discours du Front National et n’encouragerait pas les citoyens à s’exprimer afin d’ « empêcher que le racisme ne devienne un programme politique ». Par ailleurs, je vous encourage à relire les articles écrits par plusieurs rédacteurs de Riposte Laïque sur la question du Front National.
Enfin, je vous confirme, Monsieur, que nous connaissons parfaitement le parcours politique ainsi que la réalité abjecte des discours de Monsieur Le Pen, notamment ses prises de position sur le régime de Pinochet et l’Apartheid.

Mais voyez-vous, Monsieur, ce qui me surprend désagréablement dans votre démarche, c’est que le militant laïque de gauche que vous êtes, lecteur de Respublica, n’ait pas pensé à dénoncer les propos tenus par le passé par Monsieur Le Pen sur les thèmes suivants : la défense du criminel nazie Klaus Barbie, les points de détail concernant les chambres à gaz ou la bombe Hiroshima, les « sidaïques », les homosexuels, les femmes, « l’inégalité des races ».

Alors, je me permets donc ici, Monsieur, de vous rafraîchir la mémoire :

Le 28.02.83, Monsieur Le Pen  » se distingue  » en protestant contre l’arrestation de Klaus Barbie.

Le 06.05.87 sur Antenne 2, Monsieur Le Pen déclare au sujet des personnes atteintes du Syndrome de l’Immunodéficience Acquise (SIDA) : « Les sidaïques en perspirant du virus par tous les pores, mettent en cause l’équilibre de la nation (….) Le sidaïque est contagieux par sa transpiration, sa salive, son contact. C’est une espèce de lépreux. » En dehors du fait que personne n’ait compris comment les personnes atteintes du SIDA qui ne sont en aucun cas des  » lépreux  » auraient  » mis en cause l’équilibre de la nation  » et en dehors du fait que nos chercheurs aient depuis démontré que ce virus ne s’attrapait ni par la transpiration ni par la salive mais principalement par les sécrétions sexuelles ou le sang, Monsieur Le Pen avait juste « oublié » de préciser que nombre d’enfants et d’adultes sont décédés en France de cette terrible maladie également par voie de transfusion sanguine (Scandale du Sang contaminé).

Le 13.09.87, Monsieur Le Pen lance alors « la mode du « détail » »  en parlant dans un premier temps des chambres à gaz en ces termes : « Je me pose un certain nombre de questions. Je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont pas existé. Je n’ai pas pu, moi-même, en voir. Je n’ai pas étudié spécialement la question. Mais je crois que c’est un point de détail de l’histoire de la deuxième Guerre mondiale. » Et dans cette affaire, la Mémoire des Juifs déportés n’a pas été la seule à être scandaleusement diffamée. La mémoire de ceux qui avaient été dénoncés et déportés parce qu’ils étaient homosexuels, Roms, résistants mais aussi celle de tous ces anonymes qui avaient été dénoncés et déportés pour avoir pris ici le risque de cacher ici un enfant, là une famille, l’a également alors tout autant été par les paroles ignominieuses de Monsieur Le Pen. Par ailleurs, parler des chambres à gaz comme d’un « point de détail », c’était aussi minimiser la déportation massive des communistes organisée par Hitler en Allemagne. Et du reste si nous ne parlions même que des communistes français, Monsieur Le Pen avait tout autant souillé la mémoire de nombre de communistes entrés en résistance – parfois à l’adolescence – et, de ce point de vue, il n’est nullement besoin d’être en 2010 inscrit au Parti communiste français pour demeurer reconnaissants à ceux qui ont combattu pour la Liberté, à ceux qui sont morts pour que nous puissions simplement aujourd’hui écrire librement dans un journal, et ne jamais oublier la mémoire d’un Missak Manouchian ou d’un Henri Rol-Tanguy.

Le 18.09.87 : apparemment, en ce mois de septembre 1987, Monsieur Le Pen semblait particulièrement mobilisé par la question des « détails », mais cette fois-ci au sujet de l’explosion de la première bombe nucléaire Hiroshima lancé le 06.08.45, précisant qu’elle était «  un détail de l’histoire aérienne de la guerre ». Nul ne doute que les Japonais aient pour le moins point savouré le goût rance de la gastronomie atomique de Monsieur Le Pen.

AFP, le 02.09.95 et à la suite de la mort de Jean-Claude Poulet-Dachary, nouvelle récidive de Monsieur Le Pen mais cette fois-ci au sujet des homosexuels : « Il y a peut-être des homosexuels mais il n’y a pas de folles au FN ! Les folles, on les envoie se faire voir ailleurs ! »

Dans Le Parisien du 20.03.96, cette fois-ci sur le thème des droits de la femme, voici le discours que tient Monsieur Le Pen : « L’affirmation que votre corps vous appartient est tout à fait dérisoire. Il appartient à la vie et aussi, en partie, à la Nation. » 

Europe 1, le 09.09.96 : « Oui, je crois en l’inégalité des races. (….) Aux Jeux olympiques, il y a une évidente inégalité entre la race noire et la race blanche, c’est un fait. Je constate que les races sont inégales. C’est une banalité. »

A cela, ajoutons que Monsieur Le Pen ne s’est pas gêné pour se rendre l’année dernière au Centre Zahra où l’on fêtait les 30 ans de la Révolution iranienne, autant dire les 30 ans du calvaire que vit le peuple iranien depuis que les ayatollahs sont au pouvoir.
A cela, ajoutons également que Monsieur Le Pen n’en était pas du reste à un soutien près aux dictatures de ce monde, ayant déjà été reçu en grandes pompes à Bagdad par Saddam Hussein le 19 novembre 1990. Je m’étonne, Monsieur, que vous n’ayez pas soulevé également ce point.

Autre exemple tristement illustratif des réalités du Front National en France : la liste des invités qui débattaient, le 18.12.09 au Forum de la Nation à Lyon, organisé par Yvan Benedetti, un proche de Bruno Gollnisch, sur le thème « La conquête de l’Etat pour rendre la France aux Français ». Voici quels étaient alors les invités : les phalangistes espagnols ; le Cercle des amis de Léon Degrelle (né en 1906 en Belgique, écrivain, journaliste et directeur de presse au sein de la mouvance catholique, devenu le chef rexiste belge dont Hitler disait qu’il était  » son fils spirituel « ) ; Le Cercle du Six-Février (date de la tentative du coup d’Etat des ligues factieuses françaises contre la République en 1934) ; Terre et Peuple de Pierre Vial, présent à la tribune ; Le Parti nationaliste français crée par un ancien Waffen SS Jean Castrillo ; l’écrivain révisionniste Georges Theil.

En résumé, les invités présents au Forum de la Nation en présence de Monsieur Gollnisch ont, à eux seuls, insulté un grand nombre de catholiques belges qui n’ont aucun point commun avec les thèses défendues en son temps par Léon Degrelle, les républicains belges, les fils et filles des républicains espagnols arrivés en France dans les années 1930, le peuple allemand qui n’a aujourd’hui strictement aucun point commun avec les  » Waffen SS « , les Juifs.

Vous voyez, Monsieur, contrairement à ce que vous affirmez dans votre message adressé à la rédaction de notre journal, de manière parfaitement scandaleuse parce que mensongère en écrivant que nous tiendrions un discours raciste éloigné par essence de l’esprit laïc, les amis de Monsieur Le Pen, qu’ils soient internes à son parti ou qu’il s’agisse de chefs d’Etats étrangers, ne sont pas les nôtres à Riposte Laïque. Je vous défie, Monsieur, de trouver un seul article où nous aurions condamné les combats féministes, soutenu les intégristes catholiques, approuvé les négationnistes en tous genres, pourfendu les homosexuels, développé un seul instant une seule thèse sur l’ « inégalité des races », applaudi à la présence de Waffen SS dans quelque réunion ou quelque lieu que ce soit.

Quant au militant du Front National que vous mentionnez en soulignant que nous avions effectivement accepté de le publier, ce n’est pas par esprit d’adhésion aux thèses développées au sein du Front National que nous avons décidé de publier l’expression de son opinion, Monsieur, mais tout simplement parce que nous pensons à Riposte Laïque qu’il est contre-productif de museler la parole des citoyens français. C’est au contraire en libérant la parole que nous comprendrons les motivations profondes qui conduisent les électeurs de ce pays à mettre dans l’urne un bulletin Front National plutôt qu’un autre. Et c’est seulement à partir d’une analyse objective des raisons qui conduisent les Français à voter Front National que nous parviendrons à le combattre intelligemment et efficacement. En tout cas beaucoup plus intelligemment et efficacement que ne s’y emploie l’ensemble de notre classe politique actuelle !

Dernier point : l’épisode de « la soupe au lard ». Monsieur, je vous précise juste que tous les Juifs et tous les Musulmans de France n’excluent pas le porc de leur alimentation d’une part. Et puis d’autre part, je m’étonne, une fois de plus, que militant laïc de gauche que vous êtes n’ait pas imaginé un seul instant que lorsque l’on vit dehors, dans le dénuement le plus complet et que l’on a faim, l’on est pas forcément regardant sur ce que l’on mange. Voyez-vous, l’essentiel dans ces cas est que la soupe soit chaude, peu importe de quoi elle se compose !

2ème point : le « cas » Marine Le Pen.

Alors, évidemment, reste « le cas » Marine Le Pen tant son discours semble en apparence éloigné de ceux d’un Jean-Marie Le Pen ou d’un Bruno Gollnisch. Vous l’écrivez d’ailleurs vous-même, Monsieur : « Certes, par sa stratégie, la fille Le Pen s’éloigne du discours de son père. »

Un seul exemple comparatif entre ce que dit Monsieur Le Pen et ce que dit sa fille Marine Le Pen : le discours de Jean-Marie Le Pen prononcé lors du meeting tenu à Toulon, le 24.01.10. Monsieur Le Pen développe les chapitres suivants : immigration, identité/islamisme, économie, euros/médias, finances publiques.

Première incohérence : au terme de six mois d’un débat passionné mené par la Mission parlementaire sur la pratique du voile intégral sur le territoire national, Monsieur Le Pen ne se prononce à aucun moment sur la question du voile islamique. Surprenant, non pour un élu qui prétende virer tous les immigrés de France ? Etrange, non, pour un homme par ailleurs si prolixe sur les questions d’identité nationale ?
Deuxième incohérence : certes, Monsieur Le Pen fait bien une mince allusion à un moment donné à ce qui se constate dans les cantines scolaires. Mais il ne propose pour autant jamais un programme global pour l’institution scolaire laïque et républicaine, ne parle même jamais de l’école en tant qu’institution à part entière ce 24.01.10 et ce alors que le site du Front National, lui à l’inverse, développe longuement le chapitre « Education et Formation » dans lequel est cité d’ailleurs le Rapport Obin. Etrange, non, ce comportement qui consiste à passer sous silence son propre programme politique ?

Que constate-t-on, à l’inverse, chez Madame Marine Le Pen ?
Madame Le Pen n’hésite jamais sur les plateaux de télévision à se référer au Rapport de l’Inspecteur de l’Education Nationale Jean-Pierre Obin, à traiter la question de la burqa, de la finance islamique. Enfin, contrairement aux catholiques intégristes qui sévissent au Front National, Madame Le Pen ne semble pas être favorable à une remise en cause de l’Interruption volontaire de grossesse.

A partir de là, de deux choses l’une :

1.Soit Madame Marine Le Pen se situe sur des lignes de pensée radicalement différentes de celles de son père et d’un Bruno Gollnisch, sur des sujets aussi fondamentaux que ceux de l’école, de la condition féminine, de l’homosexualité, des solutions à proposer pour lutter contre les intégrismes qui gangrènent notre société … Dans ce cas, il faut qu’elle nous explique ce qui justifierait qu’elle se présentât encore aux élections sous les couleurs du Front National.

2. Soit Madame Marine Le Pen joue un double jeu en tenant officiellement un discours certes différent de celui de son père sur un certain nombre de chapitres tout en pensant en vérité comme son père Jean-Marie Le Pen. Dans ce cas, cela signifie qu’elle ment quotidiennement ou presque aux Français.

Quelle est donc la véritable Marine Le Pen ? Quoi qu’il en soit, l’heure de vérité arrivera où, tôt ou tard, où Madame Le Pen devra expliquer à l’opinion publique sur quelle ligne du Front Nationale elle se situe …

Une fois encore, Monsieur, nous n’effectuons donc pas « un rapprochement avec Madame Le Pen ». Simplement, nous cherchons à comprendre pourquoi son discours diffère parfois à ce point de celui de plusieurs caciques du Front National.

En conclusion, vous voyez, Monsieur, il n’est nullement utile pour engager un débat laïc de mépriser vos interlocuteurs comme vous vous y êtes employé en leur demandant régulièrement s’ils savaient bien de quoi ils parlaient d’une part, encore moins de les insulter en les qualifiant de « racistes ».

J’ajoute que l’essentiel de votre raisonnement se résume à la triangulaire réductrice suivante : les Juifs, les Musulmans, le Front National.

A ce titre, je m’étonne que vous n’ayez, en qualité de militant laïc de gauche, jamais à aucun moment réprouvé dans la missive que vous nous avez écrite, les positions de l’Eglise catholique romaine sur l’I.V.G, l’usage du préservatif, l’homosexualité, le Syndrome d’Immunodéficience Acquise.

Je m’inquiète davantage encore d’observer que vous précisez d’emblée qu’on ne peut vous accuser « de naïveté sur l’offensive cléricale » sans avoir pour autant à aucun moment rejeté par exemple le projet de béatification du Pape Pie XII proposé par Benoît XVI. Cela vous aurait donné l’occasion de nous féliciter d’avoir condamné ce projet dans nos colonnes.

A l’avenir, Monsieur Levi, essayez donc de ne pas vous situer dans une posture exclusivement négative. Tout au contraire, proposez un débat ouvert qui conduirait à réunir les laïcs plutôt que de les diviser en montrant du doigt ceux qui ne pensent pas exactement comme vous.

Bonapartine

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