Réponses à mon article sur la « discrimination anti-musulmans » au Maroc lors du Ramadan

Dans un précédent article, j’ai signalé la discrimination opérée au Maroc par plusieurs chaînes internationales de « fast-food » refusant de servir les clients « à consommer sur place » pendant la période de ramadan, uniquement en préjugeant de leur appartenance réelle ou supposée à l’islam.
J’ai signalé cette discrimination au Mrap, à SOS-Racisme, à Ni Putes Ni Soumises, à la Licra et à la LDH. Comme je m’y suis engagée, je publie intégralement leurs réponses sans commentaires.
A ce jour, seuls SOS-Racisme et NPNS m’ont répondu. Voici les courriers qu’ils m’ont adressés.

Réponse de SOS-Racisme
Chère Madame,
Je viens vers vous faisant suite à la réception de votre mail par nos services et vous remercie de la confiance que vous nous avez témoignée en nous exposant votre problème.
Vous nous avez en effet fait part du comportement discriminatoire opéré dans plusieurs enseignes américaines à l’égard des éventuels clients de confession musulmane.
Ces fais apparaissent tout à fait discriminatoires, cependant les statuts de l’association SOS Racisme limite sa compétence à des faits qui ont lieu en France. Je me permets également de vous rappeler que SOS Racisme lutte contre toutes les formes de discrimination et de
racisme et ce, sans émettre quelque réserve que ce soit selon la couleur ou l’origine des victimes comme vous avez pu le laisser entendre.
Je vous conseille donc éventuellement de vous rapprocher de l’Association Marocaine des Droits Humains (AMDH) :
Siège Central de l’AMDH
Rue Aguensous, Hassan II, Les Orangers, RabatVille
BP 1740 RP Rabat, Maroc
Tél : 212+037 73 09 61
amdhl@mtds.com, amdh_site@yahoo.fr
Je reste à votre disposition pour tout renseignement complémentaire. Dans cette attente, je vous prie de croire, Chère Madame, à l’assurance de mes sincères salutations.
Référent : Céline
Jeanne ALLAIRE
Responsable de la Commission juridique
Réponse de Ni Putes Ni Soumises
Madame Gérard,
Nous découvrons votre courrier avec étonnement.
Nous sommes, vous avez raison, sensibles au racisme « anti-musulman ». Vos assertions sur notre confusion prouvent votre méconnaissance de notre Mouvement mais qu’importe, le refus de tous les racismes est bien réel chez Ni Putes Ni Soumises.
A cet égard, nous sommes particulièrement choqués par les faits que vous dénoncez qui sont en effet une discrimination. Une discrimination à l’égard des français au Maroc, mais aussi des Marocains, ce qui provoque également notre indignation. Avons-nous attendu que vous portiez ces faits à notre attention ? Nous avons mis en lumière il y a plus d’un an de cela le « Mouvement des Déjeûneurs » au Maroc, qui s’insurgeait contre ce type de pratiques et qui réclamait pour les musulmans marocains le droit de ne pas suivre le jeûne du Ramadan sans être harcelés, voir emprisonnés. Avant les révolutions arabes, nous avons invité Melle Zyneb El Rhazoui, fondatrice du Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles à nos Universités, ou elle a pu sensibiliser une partie de l’opinion publique à l’intolérance qui peut régner à l’encontre des non pratiquants dans des pays à dominante musulmane. Où étiez-vous alors ?
Nous avons soutenu Nadia El Fani, et nous continuerons de le faire, , réalisatrice, qui a enquêté sur ce sujet, la pratique du Ramadan, dans son film Laïcité, Inch allah, qui plaide pour une Tunisie Laïque, où les hommes et les femmes, les pratiquants et les non pratiquants, les croyants et les athées, vivent en bonne harmonie. Quel article de Slate lisiez-vous lorsque cette femme réalisatrice recevait des menaces de mort pour avoir déclaré « Je suis athée » ?
De manière générale, nous avons défendu les femmes victimes de violence partout dans le monde indépendamment de leur croyance (ou de leur non croyance). Les Juives Irakiennes, les Chrétiennes Iraniennes, les Musulmanes Soudanaises ou Pakistanaises à l’instar de d’Asia Bibi, les Athées Françaises et Tunisiennes, quoique vous en pensiez, nous n’avons aucun ordre de priorité.
Quand à vos remarques sur le racisme anti blanc, sachez qu’il n’existe pas de sujet que nous refusions de traiter. Le racisme est un phénomène, selon notre conception, capable de se saisir de tous. Nous ne vous avons pas attendus non plus pour monter des programmes d’éducation au respect filles-garçons dans les collèges et les lycées où la question du racisme, avec tous, et de tous, est bien sûr abordée.
J’ignore quel type de censeure vous êtes pour nous accuser de complicité, ni de quel tribunal autoproclamé vous vous targuez d’être la représentante, mais une chose est sûre : il existe une Laïcité républicaine, respectueuse et protectrice de la religion de chacun, dans le respect des Lois qui incombent à tous. Cette Laïcité existait avant que le Bloc identitaire, dont nous désapprouvons l’idéologie, avec laquelle Riposte Laïque est acoquiné, ne tente de s’en saisir et de la dénaturer (défigurer ?).
Notre vision de la lutte anti racisme n’a pas, contrairement à la vôtre, volonté de diviser les français, mais elle tend à les réunir.  Nous ne sommes pas dupes de vos méthodes qui assimilent les anti racistes à des « anti-blanc », comme il est aisé de ne voir que la partie qui vous arrange, celle qui creuse des sillons de haine entre les Français ! Le Maroc est une théocratie, la pression qui pèse sur les non pratiquants est inadmissible. Où étiez-vous pour dénoncer les arrestations des « déjeûneurs », pour soutenir les centaines de prisonniers politiques qui croupissent dans les geôles marocaines, l’absence de justice sociale, la corruption de l’Etat, et l’absence de liberté de la presse qui ravagent ce pays ?
Votre anti racisme de circonstance est une farce qui ne prête malheureusement pas à sourire, mais nous continuerons notre lutte contre les extrémistes islamistes et d’extrême droite sans coup férir.
Nous espérons que vous aurez l’honnêteté intellectuelle de publier ce courrier dans son intégralité.
L’Equipe de Ni Putes Ni Soumises
Djamila GERARD
 

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