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Résultats des élections américaines : quelles leçons ?

C’est avec une grande déception, avec beaucoup de peine que j’ai appris que le candidat démocrate Joe Biden a finalement été élu. Certes, de justesse – mais quand même. Notre confrère Guy Millière qui enseigne dans une université américaine s’est malheureusement montré un mauvais prophète.
On devine la joie de nos ennemis. De ceux de Téhéran comme de ceux de Gaza, de tous les terroristes islamistes – ainsi que de leurs collaborateurs occidentaux.

Mais il faut savoir apprendre quelque chose de chaque échec, de chaque malheur.
Pour ma part, je suis avant tout déçu par les Américains. Déçu, je dirais comme on est déçu par quelqu’un qu’on avait adoré, qu’on avait idéalisé et qui s’est avéré décevant.
En France, on n’aime pas outre mesure les Américains. Cela semble être le cas non seulement chez des gens de gauche, mais même chez une partie non négligeable des gens de droite. Ceux à qui il fait trop de peine que la France ne soit plus la première puissance mondiale, comme elle l’était aux temps de Louis XIV ou de Napoléon, pardonnent difficilement aux Américains de jouer ce rôle aujourd’hui.

Chez les Tchèques, c’est différent. Les Tchèques savent qu’ils ont pu retrouver leur souveraineté en 1918 avec le concours non seulement de la France de George Clemenceau, mais aussi de l’Amérique de Woodrow Wilson. Ceux qui s’intéressent à l’histoire savent que l’Amérique fut fondée par les fameux Pilgrims Fathers (Pères pèlerins) qui traversèrent l’océan Atlantique sur le bateau Mayflower en 1620. La même année, les Tchèques perdirent leur souveraineté, suite à la défaite à la Montagne Blanche, après laquelle « nous avons souffert pendant trois siècles », suivant l’expression consacrée. On dirait que la Providence veut que lorsqu’un espace de liberté se ferme, un autre s’ouvre. Ensuite, tant de Tchèques qui ne pouvaient pas réussir leur vie chez eux, la réussissaient en Amérique. Notre grand compositeur Antonín Dvořák composa alors la célèbre Symphonie du Nouveau monde. Plus tard, pendant l’occupation nazie et pendant le totalitarisme communiste, tant de Tchèques trouvèrent refuge aux États-Unis.

Je me souviens qu’à l’époque du « socialisme réel », nous chantions : « Quand les gars des USA viendront chez nous, nous serons de nouveau heureux. » Les gars des USA ne sont pas venus. Mais finalement the Evil Empire (l’empire du Mal) s’est quand même effondré, miné par ses propres contradictions, par ce mélange de méchanceté caractérisée et du manque complet du réalisme. Encore que l’on a bien dit que Ronald Reagan, Margareth Thatcher et Jean-Paul II ont bien contribué à sa chute.

Même si c’est un peu hors sujet, je voudrais rappeler que les soldats américains sont quand même venus au pays tchèque en 1945. Vers la fin de la guerre, les alliés redoutaient que les Allemands veuillent encore se retrancher en Autriche et en Bohême-Moravie. Pour prévenir cette situation, les habitants tchèques de Prague se soulevèrent le 5 mai 1945. Ils voulaient aussi avoir au moins une petite part dans la victoire. Seulement on ne se mesure pas facilement avec les soldats allemands aguerris après six années de combats. Les Tchèques appelaient au secours les Alliés. Les Soviétiques se trouvaient encore loin, mais les Américains avaient déjà libéré une région de la Tchécoslovaquie. Conformément à un accord avec les Soviétiques, ils s’arrêtèrent sur la ligne Karlovy Vary, Plzeň, České Budějovice, laissant aux Soviétique le soin de conquérir la capitale. Le général Patton qui se trouvait à Plzeň, à 85 km de Prague, voulait avancer et secourir les insurgés tchèques. Il demanda l’autorisation à son supérieur, le général Eisenhower. Mais celui-ci l’a refusée.

Pourquoi ? En mai 1945, les Américains étaient encore loin de battre les Japonais, leurs principaux ennemis, ceux qui les avaient attaqués à Pearl Harbor. Et ils ne savaient pas encore qu’ils allaient disposer d’une arme nucléaire dans quelques mois. L’Union soviétique n’était pas alors en guerre contre le Japon. Les Américains insistaient auprès de Staline pour que, une fois l’Allemagne vaincue, l’URSS entre aussi en guerre contre le Japon. Ils ne devaient donc pas mécontenter leurs alliés russes.
Ceux-ci ont ensuite effectivement envahi la Mandchourie (le Nord-Est de la Chine) et commençaient à conquérir la Corée. Là, ils ont finalement rencontré les troupes américaines.

L’on connaît la suite de l’histoire. Dans la zone d’occupation soviétique de la Corée, un régime communiste particulièrement féroce s’est établi qui a fini par attaquer la Corée du Sud. Une guerre sanglante a eu lieu de 1950 à 1953. Et encore aujourd’hui, la Corée reste divisée. Le Nord vit depuis 75 ans sous une dictature bien pire que celles dont nous souffrions en Europe de l’Est et qui dispose des armes de destruction massive et de missiles qui menacent même les États-Unis.

On peut dire de tout cela que ceux qui cherchent les facilités doivent finalement le payer d’autant plus cher. Déjà les anciens Romains disaient : « Si vis pacem, para bellum. » (Si tu veux la paix, prépare la guerre.) Ils savaient que l’on ne redoute que ceux qui savent se défendre.
Les États-Unis seront maintenant dirigés par les Démocrates qui ont beaucoup évolué dans le mauvais sens ces dernières années. L’ensemble du Monde libre est en quelque sorte sans un véritable chef, décidé de le défendre. L’idéologie de gauche, avec son hostilité à la nation, à la famille et à la religion, semble maintenant triompher dans tout l’Occident.

Mais nous devons espérer que ce n’est qu’une situation provisoire. Dans la mesure où nous ne pouvons plus guère compter sur les États-Unis, nous devons d’autant plus nous assumer nous-mêmes. Les nations européennes et les autres nations libres doivent se défendre – de préférence en commun – contre les forces qui menacent leur liberté. Aujourd’hui, c’est, bien entendu, en premier lieu l’extrémisme islamiste. Mais la menace communiste continue à exister. Avant tout en Corée du Nord, mais aussi à Cuba et ailleurs en Amérique latine. La Chine, le pays le plus peuplé du monde, est toujours dominée par un parti communiste. Et cette menace pourrait se réveiller même en Europe.

Mais peut-être ce qui nous menace le plus, c’est un certain assoupissement de la volonté de vivre. Le monde libre se compose de nations ; les nations se composent d’individus. Chez nous on chantait : « Si chacun de nous est de granite, notre nation sera une forteresse imprenable ».
Chacun de nous doit se dire qu’il n’a pas le droit d’être lâche, que la lâcheté est quelque chose de méprisable. Or l’idéologie qui domine aujourd’hui est dans une large mesure basée sur le désir de se soumettre plutôt que de résister.

Il faut répliquer à ceux qui nous enseignent le pacifisme et le défaitisme que nos ennemis considèrent toute concession comme une preuve de faiblesse. Plus nous reculerons, plus durement ils nous frapperont. Les récents crimes commis par les islamistes en région parisienne, à Nice, ou à Vienne, en Autriche, le montrent clairement.
Et il faut aussi prendre conscience du fait que l’histoire n’est pas faite seulement par les Présidents, les ministres, les généraux. Même une petite conversation entre copains contribue à former l’opinion publique.

Chacun a sa part de mérite dans la réussite, comme il a sa part de responsabilité dans l’échec. Bien sûr, la responsabilité est particulièrement importante chez les politiciens, les journalistes et écrivains, les enseignants, les prêtres, les magistrats, les policiers, les militaires. Mais même chez ceux qui ne font pas partie de ces corps- là, si chacun réussit à convaincre au moins une ou deux personnes, cela compte. Nous voyons que tout se joue aujourd’hui à 51 pour cent contre 49 pour cent.

Alors, je vous en prie, assumons chacun notre part de responsabilité.

Dr Martin JANECEK