Révolutions arabes : les BHL, Todd, Boniface, Badiou cherchent leur deuxième souffle

Les résultats définitifs des élections en Égypte confirment les impressions des premiers jours : la lame de fond née dans le delta du Nil a comme prévu remonté le fleuve jusqu’aux contrées les plus méridionales du pays, portant au pouvoir une chimère longtemps redoutée, une sorte de bipède fondamentaliste avec une jambe certes plus grosse que l’autre mais debout, bien campée sur son socle et d’ores et déjà capable de résister aux faibles vents de la pluralité.

La grossesse veillée il y a peu encore par nos obstétriciens de la démocratie-à-tout-prix se termine par l’accouchement d’un bébé que les parrains, comme pris d’une subite interrogation, semblent désormais abandonner aux soins de confrères pressés de les voir quitter la salle de travail. « Il n’y a plus grand chose à voir, vous avez bien bossé pour la Cause, vous pouvez dès lors rentrer chez vous. Merci et bon retour au pays des Lumières ».

Le silence de nos grandes consciences nationales, en ce début d’année 2012, est très exactement proportionné au brassage de vent dont elles peuplèrent d’un bout à l’autre l’année 2011. À se demander où se trouve le mécanisme capable de les déclencher et de les débrancher ainsi. Une clef dans le dos? Un petit moteur programmable à distance? Un signal qu’ils seraient les seuls à pouvoir décoder pour se mettre en mouvement ou cesser de gesticuler? À observer leur subite et assourdissante retraite, on pense à ces jouets remisés au tiroir par des enfants qui en auraient usé jusqu’à la lassitude et à l’ennui. 

De ces pantins déconnectés sur ordre, seul le tenace Monsieur Attali, qui ne dort que quatre heures par nuit et réfléchit le reste du temps, fait encore mine d’agiter bras et jambes, et sa cervelle aussi, que des fournisseurs de batteries inusables continuent apparemment à alimenter. Les autres? À la recharge sans doute. Le ténébreux Lévy, l’austère Boniface, le furieux Todd, l’inquiétant Badiou pour ne citer qu’eux, m’ont tout l’air de chercher le deuxième souffle, la connection anode-cathode qui fait jaillir l’électricité. Ces professionnels de la trans-substantiation me décevraient s’ils ne rétablissaient pas rapidement le contact.

Ils nous détailleraient alors ce qui va désormais se passer dans les fabuleux pays où ils ont cru trouver la modélisation de la société idéale, le laboratoire du démocrate nouveau et  la rémission de nos pêchés colonialistes, impérialistes, suprémacistes, etc, le tout au prix de quelques passages définitifs sur les plateaux de télévision.  Au choix, en vrac ou tout-pour-un-euro :

– la mise au pas progressive ou brutale des laïques encombrant encore les armées, les ministères, les hautes administrations, la Justice, l’école et autres bastions de la résistance au dogme,

– l’instauration d’une société articulée autour de quelques ingrédients éprouvés et validés ailleurs, entre autres : la peur, la délation, le conformisme accepté ou imposé, la soumission à la police de la pensée par l’éclosion de générations de pasdarans, robots sans conscience ni mémoire, la réduction au silence, par l’exil, des voix susceptibles de ralentir la mise en œuvre du projet, l’extermination des minorités déjà bien engagée dans maints endroits, la remise des femmes à leur vraie place, entre casseroles, couches pour bébés et manifs pro-régime, 

– la poussée vers l’ouest, libérée du carcan dans lequel la dictature tentait maladroitement de la contenir, et dont la stratégie s’expose aujourd’hui publiquement, sans le moindre complexe, dans les mosquées et hors d’elles, poussée dont il est espéré que nos impénitents bavards médiatiques la ressentent comme le coup pied dans le cul qu’elle est en vérité,

et qu’ils méritent, ô combien!

Ils vont certainement nous expliquer tout ça et le reste, nos Einstein de la problématique mondiale. Maintenant qu’ils ont compris. À moins qu’ils aient encore des évidences à nier et pire quoique parfaitement imaginable, des missions à remplir. Car, tout bien considéré, on ne peut être idiot au-delà d’une certaine limite, sauf si l’on sait, en conscience, que l’on est en cela utile. 

Alain Dubos

 

 

 

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