Révolutions arabes : l’incroyable aveuglement occidental

Publié le 26 octobre 2011 - par - 1 353 vues
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Décidément, les démocraties occidentales souffrent d’une cécité doublé d’amnésie historique répétitive et d’autant plus inquiétante. Ce qui n’est pas étonnant, vu le triste niveau de nos élites politiques actuelles, mais ceci ne peut pas nous laisser indifférents car il s’agit simplement de l’avenir de notre civilisation. A d’autres époques, malgré la même cécité des pouvoirs (voir les années 1930) il y avait quelques rares personnalités politiques et surtout des intellectuels et journalistes clairvoyants pour tirer la sonnette d’alarme, pour alerter l’opinion publique sur les dangers à venir.
Depuis le début de l’année 2011 et l’irruption des révoltes dans plusieurs pays arabes, nous assistons à un spectacle ahurissant de louanges presque unanimes sur l’arrivée certaine et immédiate de la démocratie dans l’ensemble des pays arabes, déclarations dithyrambiques de la majorité des journalistes et politiques.
Regardons la réalité qui commence à se concrétiser peu à peu. Si le monde arabe n’est pas un monde monolithique, chaque pays ayant des particularités spécifiques, un socle commun les réunit : une forte imprégnation de la religion dans la vie de tous les jours, religion qui ne reconnait pas une séparation entre le spirituel et le temporel, même plus, pour une partie des mouvements s’y référant, il s’agit d’une idéologie basée sur la suprématie d’un mode de vie archaïque, dicté par le Coran et les Hadiths (recueil de la vie et des préceptes du Prophète). Il s’agit des mouvement wahhabites-salafistes et surtout de l’idéologie des Frères Musulmans.
Or, le monde libre connaissait bien (ou aurait dû connaitre) les leçons du passé : la révolution iranienne et l’arrivée au pouvoir du Hamas à Gaza. Si la deuxième est explicable par le haut degré de corruption du laïque Fatah, il est intéressant d’analyser succinctement la révolution iranienne ; elle fut le résultat d’une coalition des forces hostiles au Chah, comprenant les islamistes mais aussi des fortes composantes laïques comme les nationalistes, les communistes et autres, d’essence démocratique. Quel fut le résultat ? Les islamistes purs et durs, suivant l’exemple bolchévique (quelle ironie de l’histoire !) ont éliminé politiquement tous les autres, condamnés à la disparition pure et simple. Mais, même si on prend en compte un oubli total, nos dirigeants auraient mieux de faire attention à une définition importante et prémonitoire de ces révoltes : « Un mouvement de libération islamique ». Voici comment le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a qualifié en février dernier l’essor du Printemps arabe et il sait de quoi il parle…
Aujourd’hui, pour le monde arabe, les choses commencent à prendre des voies similaires, bien que pas identiques. Si en Tunisie et Égypte, la révolte populaire fut initiée et menée au début par des jeunes instruits, généralement sans aucune tendance religieuse, les islamistes ont rapidement pris le train en marche ; il s’agit des Frères Musulmans en Égypte et de l’ Ennahda en Tunisie. Or, les forces islamistes dans ces pays, sont partout les mieux organisées, financées (car bénéficiant d’une manne financière provenant de l’Arabie Saoudite et des Pays du Golfe) leurs permettant la création des réseaux d’aides sociales et caritatives, des écoles coraniques avec des prédicateurs et des militants embrigadés, bien formés et souvent même armés.
A ce jour, nous ne connaissons pas encore les résultats définitifs des élections tunisiennes, mais Ennahda parait avoir une large majorité relative, ce qui les obligerait de diriger en coalition avec deux partis de gauche, alliance contre nature. Quelle serait la force de ces partis laïques, de création récente, sans une base militante, sans des programmes cohérents et surtout sans des ressources financière capable de faire la balance avec les islamistes ? La politique prudente d’ Ennahda, avec des attitudes lénifiantes et capables d’endormir autant le monde occidental que les gens inquiets devant leur succès, est une stratégie gagnante. Or, la réalité socio-économique de la Tunisie, sans ressources propres, avec un chômage qui ne pourra que s’aggraver, leur permettra d’agir assez rapidement pour prendre le pouvoir seul, jetant l’opprobre sue les autres partis, et instaurer la dictature islamique.
En Égypte, l’armée toujours au pouvoir, essaie de tergiverser, de gagner du temps, mais une alliance avec les Frères Musulmans parait se profiler à l’horizon. Donc on pourrait prévoir une nouvelle dictature islamo-militaire. Ce que nous constatons déjà, comme partout ailleurs, les boucs émissaires sont les chrétiens coptes qui sont encore plus les victimes désignées.
La Libye, avec la déclaration du dirigeant du CNT concernant l’application de la charia comme base de la future constitution n’est pas une surprise : dans un pays tribal, éclaté, le seul plus petit dénominateur commun c’est la religion, même sous l’expression la plus rétrograde.
En Syrie, nous regardons le spectacle sanguinaire qui oppose le clan Assad et ses alliés aux forces sunnites et kurde qui essaient de prendre leur revanche ; quel sera le vainqueur, il est encore trop tôt pour le connaitre, mais à mon avis le temps est compté pour Assad et consorts. Et la conséquence immédiate sera le massacre ou l’ exil des chrétiens syriaques, allié des alaouites du clan Assad. Bis répétita des scénarios connus : le génocide arménien par les turcs « progressistes » en 1915, le massacre des chrétiens en Irak tout récemment, la disparition progressive des chrétiens de tout le Moyen Orient, terre originelle du christianisme…
Ce qui est le plus difficile imaginable, c’est l’ignorance doublé d’un angélisme béat de soi-disant spécialistes de l’islam et de certains dirigeants politiques.
Un seul exemple, un « islamologue » surgi de nulle part, M. Mathieu Guidère, qui fait des déclarations d’une niaiserie et d’une méconnaissance du monde musulman qui dépassent l’entendement. Dans une interview au Figaro (1), il soutient que « Dans le monde musulman, tous les États, à l’exception de la Tunisie, font référence à la charia » oubliant la Turquie kémaliste (qui malheureusement, tend inexorablement vers un islamisme, soft pour l’instant)
Ignorant ou menteur, il soutient que la polygamie est légale dans tous les pays musulmans sauf la Tunisie (totalement faux) mais qu’elle n’est pas pratiquée par manque de moyen à part les pays du Golfe. Demandez aux Maliens, Sénégalais et d’autres pays d’Afrique dont nous avons même importé en France des familles polygames ! Et ce n’est pas fini : d’après notre islamologue auto-désigné, « une situation à l’iranienne est impossible en Tunisie, un État sunnite, qui n’admet donc pas le leadership des religieux sur le politique » C’est le comble, l’Arabie Saoudite ne fait pas partie du monde sunnite, M. Guidère ?
Je cite la déclaration majeure de Mathieu Guidère, qui fera date dans l’histoire des plus grandes inepties : «Ainsi, la Libye prend le chemin d’une démocratie musulmane », cité dans un article de l’hebdomadaire Le Point (2)
Heureusement que des gens qui ne se prétends « spécialistes islamologues » mais des simples citoyens tunisiens ont une vision plus claire et perspicace e la situation : d’après l’internaute tunisienne Latifa, le parti Ennahda utilise la religion «comme une arme pour détruire la civilisation laïque et progressiste de la Tunisie mais aussi et surtout pour affaiblir « la femme tunisienne »
Revenant à la mainmise islamiste sur les pays du pourtour méditerranéen, on ne peut pas éviter de regarder et analyser la réalité de leurs répercutions sur notre continent et particulièrement pour la France. Mais ceci fera l’objet d’un article prochain.

Sorel ZISSU

(1) http://www.lefigaro.fr/international/2011/10/24/01003-20111024ARTFIG00543-la-charia-en-libye-n-est-pas-une-menace-a-la-democratie.php

(2) http://www.lepoint.fr/monde/tunisie-libye-le-printemps-arabe-gagne-par-l-islamisme-24-10-2011-1388471_24.php

 

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