Riposte Laïque a raison de davantage taper sur l’islam que sur le catholicisme

Publié le 7 février 2011 - par
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Ce message, d’une brièveté coupable, ne mérite pas d’être publié dans vos colonnes. Tout au plus en « réaction de lecteur », voire même pas du tout, une telle question méritant d’amples réflexions que je n’ai pas le temps de développer et risquant de heurter certains, ce qui serait éminemment contre-productif.

Certes, le mot d’ordre en telle situation (si tu ne peux t’expliquer, fais silence) m’imposerait de ne pas intervenir, pour ne pas affliger les éventuels lecteurs, et au premier chef l’équipe de Riposte Laïque, de l’indigence apparente de ma réaction. Néanmoins, depuis quelques semaines il apparait qu’une tension parcourt les colonnes du journal autour de la position supposée du journal, dans des sujets divers et variés, et cette tension m’attriste, de sorte que je ne peux m’empêcher d’intervenir.

Outre que je considère que Riposte respecte toujours avec la plus grande rigueur la liberté d’expression, et la neutralité relative que j’appelais de mes vœux dans un précédent article, ayant d’ailleurs eu l’heur de plaire à de nombreux lecteurs, je pense qu’il ne faut pas manquer de conserver à notre esprit la juste place des choses. Ni le Catholicisme, ni l’islam, ni le célèbre culte de l’Oignon magique ne peuvent être défendus en tant qu’alternative modérée.

Sur ce plan, je rejoins Michel Onfray en considérant que la notion de modération ne peut exister en religion, dans la mesure où il serait inconséquent pour un catholique de se dire catholique tout en se riant des bulles papales, pour un musulman de se dire musulman en se servant du tapis de prière comme d’une serpillère ou pour un juif de se dire juif, comme le faisait remarquer Pierre Desproges, en « regardant Holocauste les pieds sur la table, en bouffant du cochon même pas Casher ». Certes, et comme le faisait remarquer je ne sais plus quel lecteur, qu’il me pardonne, si des religions apparaissent comme modérées, c’est plus parce que leurs tenants ne sont pas capables, conjoncturellement, d’imposer leur dogme, que parce qu’ils auraient opéré une véritable modulation de leur croyance dans une dynamique de modération. La force étatique est seule capable d’imposer la laïcité, et il n’est pas étonnant à cet égard que la laïcité soit apparue véritablement en France (du moins ses prémisses) au moment ou les rois ont su, politiquement et militairement, s’affranchir de la tutelle papale, organisant au passage cette formidable conception catholique, très utile à la Patrie, que constitue le gallicanisme. Glissons sur ce sujet, complexe, et que l’on ne peut évacuer d’un revers de la main.

Un catholique, est donc au fond et malgré tout, tout aussi intégriste qu’un autre religieux sur les plans qui concernent sa religion, sans quoi il manquerait de conséquence. La religion est totale, ou n’est pas, du moins lorsqu’elle appartient au champ des religions révélées. Entendons nous bien, je parle de Foi et non pas de culture, qui sont deux choses fondamentalement différentes.

Mais ce n’est pas parce que toute « religion » est absolue en fait qu’il faille ne pas distinguer les religions entre elles, dans la mesure où leurs mécaniques et leurs principes ne sont pas identiques. Et c’est pour cela que je faisais précédemment remarquer que non, l’islam et le catholicisme ne sont pas d’égale nuisance et que ce qui procède du dogme catholique vaut mieux que ce qui procède du dogme islamique.
Et c’est pour cela que Riposte a raison, outre le fait que conjoncturellement l’islam soit plus dangereux que le catholicisme, de plus « taper » sur l’islam que sur le catholicisme, ce qui ne veut bien sur pas dire que Riposte ne doive pas taper sur le catholicisme, entendons-nous bien.

Méfions-nous de l’ère de la Radicalité, et n’échouons pas face à la pensée comme le malfaisant Jean-Paul Sartre qui manquait, décidément, de phronésis.

Alors oui, le débat religieux sera toujours total et à moins de trahir ses fondements mêmes, comme le font avec une délectation inquiétante certains des présents princes de l’Eglise, aucune conciliation religieuse ne sera possible entre les religions.

C’est pour cela que je ne pense pas qu’il soit utile de placer le combat laïque, sur le plan du soupçon de religiosité. Soutenir, ou condamner, l’avortement par exemple, doit se faire eu égard à ses conséquences sociales et non pas eu égard à ses implications morales. Méfions nous alors de l’accusation d’intégrisme à chaque fois que l’on repère quelqu’un défendant ici la même idée que des religieux, car il ne le fait pas forcément au nom de la religion. Et j’aurais même envie de dire qu’en dépit du fait qu’il le fasse sur le plan religieux, le cas échéant, il est nécessaire au laïque d’immédiatement déplacer la réflexion sur le champ social, étatique, politique, sans pour autant jeter l’anathème sur l’initiateur du débat.

Chassons le religieux qui n’accepte d’argumenter qu’au nom de son dogme et accueillons celui qui sait s’en extraire, par raison, par mesure ou par coercition, la cause étant, au fond, difficile à établir.

Ecraser l’infâme, en l’occurrence, c’est pour moi écraser systématiquement toute référence à l’aire du religieux, aire obtuse et totalitaire par nature.

Ce n’est qu’à cette condition, à mon sens, que l’on se montrera véritablement laïques, selon la définition des pères de la patrie.

Brenn Cesar

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