Riposte Laïque ne respecte pas la diversité au sein de sa rédaction

« Mille millions de mille millions de sabords », s’écria d’un seul coup Pierre en jaillissant de sa chaise pour toiser les membres du comité de rédaction, « mais dans cette commission ad-hoc, il n’est respecté ni la parité, ni la mixité, ni la diversité, ni la quotité, ni la représentativité, ni l’individualité, ni la dualité, ni la pluralité, ni la singularité, encore moins la virginité… Quelle calamité ! Tout est à recommencer !»
L’affirmation était irréfutable et chacun le sentit.
Les regards se baissèrent, les mines s’allongèrent, les corps se tassèrent, les respirations s’espacèrent, les pensées s’égarèrent…
C’était la « cata »…
Comment on avait pu construire un médium de défense de la laïcité sans tenir compte de la présence, en son sein, et en proportions quantifiées à partir des données du dernier recensement national de 2005, de représentants de l’église vaticane, d’envoyés d’Allah, de descendants de Moïse, d’adeptes de l’incroyance, d’adorateurs d’Isis, de sectateurs de chacune des branches sauvages de chacune des religions « du livre » ?

Comment avait-on pu oublier d’y insérer un éminent exemplaire de chacune des ethnies se pressant sur notre territoire, en veillant précautionneusement à ne pas offusquer « indigènes » et « autochtones », descendants de supplétifs de l’armée et migrants récents d’Algérie, anciens « boat people » et nouveaux arrivants d’Asie ?
Comment avait-on pu omettre de tenir compte de la sexualité visible ou supposée des membres ( sic), de leur aptitude à écrire de la main « gauche » (il est vrai que « gauche » et « droite » semblent se confondre en ces temps d’après-municipales), des variations colorées de leurs chevelures diverses, des tendances carnivores ou fructivores que chacun pouvait affirmer, de l’origine urbaine et/ou rurale des participants, l’urbain en la matière se découpant en « centres ville », « zones résidentielles », « quartiers populaires », « cités de non-droit » ?
Comment avait-on pu oublier de faire asseoir « une femme avec voile » à côté d’une strip-teaseuse en tenue de travail, un « aficionado à toros » tout près d’un émule de Bougrain-Dubourg, un « nez oenologique » en face d’un « salafiste fanatique » ( pléonasme ?), un amateur de « Havanes » tout contre un « asthmatique » ?… Oui, comment ?
Calamitas calamitatum, et omnia calamitas !!!
Que faire ? aurait dit Lénine s’il avait été là. Mais pouvait-on aujourd’hui s’en remettre à Oulianov ?
Et le flanc prêté aux attaques des « Autres » qui ne manqueraient pas de saisir l’occasion ! Il passa devant les yeux clos de chacun les terribles images des procès à venir, lancés contre le journal par la LDH, le MRAP, la Licra peut-être, ou toute autre association de défense des droits de l’homme à définition variable.
Les oreilles de tous entendirent par avance les critiques acerbes (comme on disait il y a peu à Sarajevo) proférées par le PS, le PC, les « alternatifs », « les continus », « les verts » et « les violets », bref, par tout ce que notre pays compte de partisans du délitement communautariste de notre société ( il paraît qu’il existe même un « comité national pour la diversité »-NDLR) … et perçurent clairement les ricanements ironiques des tenants de la laïcité positive, ouverte, modernisée, édulcorée, toilettée, aseptisée, déchiquetée.
Le comité comprit qu’il allait être la cible privilégiée des « indigènes », des « islamo-gauchistes », des partisans de la « charte pour la chari’a en Europe », dont on sait combien ils sont attachés aux principes démocratiques historiquement élaborés… Sans oublier la Halde, qui allait produire à son encontre une de ces délibérations ampoulée, absconse et hypocrite , témoignage de son impuissance à comprendre ce qu’elle fait et ce qu’elle dit, pratique habituelle de sa mauvaise conscience et de son soutien à tous les particularismes qui discriminent.
Un moment d’horreur…un temps de culpabilité vraie…chacun s’apprêtait déjà à se verser des cendres chaudes sur le crâne et à se battre la poitrine en cadence et avec vigueur. Chacun imaginait déjà le sabordage du journal et l’acte de contrition adressé aux lecteurs…Chacun organisait sa retraite au fin fond d’un obscur lieu-dit de campagne où nul ne pourrait le retrouver.
Le silence était à couper au couteau.
L’horloge n’avançait plus, rien ne semblait se mouvoir, le monde paraissait désespérément vide.
Le brusque éclat de rire de Pierre remit de l’ordre dans les choses et de la vie dans l’espace clos de la salle : « Poisson d’Avril » !!!
Les soupirs de soulagement firent frémir les minarets d’Arabie et les clochers de Saint Pierre de Rome. Et je crois même que rue Cadet on en sentit les bruissements…
EMPEDOCLATES
« Du bon usage de l’ irraison »

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