Risques mondiaux et risques régionaux

Publié le 27 septembre 2019 - par - 601 vues
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En cette semaine d’ouverture de l’Assemblée générale des Nations unies, qui réunit à New York 193 chefs d’État et de Gouvernement des pays membres, dans un climat international particulièrement lourd, deux  thèmes domineront les débats et les attentes :

– « l’urgence climatique », réunissant 70 États
– l’espoir  de désescalade  dans la tension entre les  État-Unis et l’Iran dans le Golfe arabo-persique, qui  représente un gage pour la sécurité régionale. À ce propos, la mise en garde du ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, est claire. En cas de conflit, »la guerre ne sera pas limitée ».

Au-delà de la diplomatie multilatérale et de sa continuité avec le G7 de Biarritz, une accumulation de risques régionaux définit la situation intérieure de l’Union européenne.

Celle-ci se caractérise par :

– la poursuite d’une invasion migratoire de masse, largement dépendante du chaos libyen suscité par l’intervention franco-britannique de 2011 et du chantage de Erdogan, pour ce qui est du conflit syrien, encouragé par les Américains et les Européens. L’absence, à ce sujet, d’une politique européenne  commune et d’un référendum constitutionnel populaire pour la stopper devient ainsi un facteur de division à l’intérieur de l’Union ;

– l’incertitude permanente sur les modalités de sortie de la Grande-Bretagne de l’Union et le choc psycho-politique qui en découlera, favorisant la défiance vis-à-vis  de l’Union sur la scène internationale et le risque de balkanisation du continent ;

– le ralentissement mondial de l’économie et le déclin de la consommation de bien industriel dans le monde, affectant les deux premières puissances manufacturières d’Europe, l’Allemagne et l’Italie, ce qui met en cause le modèle d’ouverture au libre-échange et à la concurrence pratiqué par Bruxelles ;

– la fragilité politique de l’Italie, marquée par la faiblesse de  la productivité et de l’innovation, la persistance  de la division Nord-Sud et le déclin démographique. Cette faiblesse se reflète dans une représentation politique binaire du pays, la Ligue au nord et le M5S au sud et sur les deux idéologies respectives et sous-jacentes, le productivisme et l’assistentialisme.

In fine, la difficulté de l’Union européenne à entreprendre  une réforme institutionnelle, qui la transforme en unité, en mesure de définir ses intérêts politiques à l’échelle mondiale.

C’est à ce niveau que le cumul de ces défis acquièrent une dimension systémique et apparaissent comme  identitaires, portant en germe des facteurs de désagrégation et de conflit, aggravés par leur composante  ethnique et religieuse.

Rivalités et stratégies

Dans un système multipolaire, dans lequel doit se situer l’Union, les politiques étrangères et les stratégies inter-étatiques sont l’expression de rivalités permanentes qui  exigent, pour être traitées, une distinction dans  leur complexité. En effet, ces stratégies se définissent par rapport à plusieurs niveaux de pouvoir. Ainsi elles seront universelles pour les Nations unies, économiques pour les institutions de Bretton-Woods, sécuritaires et militaires pour le système des alliances régionales (Otan, OTCS et OCS).

Dans ce contexte, la superposition d’ambitions politiques et de capacités de coercition fera intervenir des niveaux de pouvoirs, où jouent simultanément :

– des pôles de puissance classiques

– un bipolarisme global dissimulé, fondé sur un condominium à caractère asymétrique entre Chine et États-Unis

– trois grandes aires d’influence, inspirées par trois aires de civilisation, constituées par l’Europe, les États-Unis et l’Empire du milieu.

Ainsi, dans la conjoncture actuelle, nous assistons à la mise en place de deux mouvements stratégiques rivaux de taille planétaire :

– l’alliance sino-russe, assurant l’autonomie stratégique du Hearthland,(le pivot des terres) en cas de conflit et la coopération intercontinentale en mat!ère de grandes infrastructures (projet OBOR-One Beilt,One Road), en situation de non-conflit

– la stratégie de « containement » des puissances continentales par les puissances maritimes du « Rimland » (Amérique, Japon, zone péninsulaire de l’Indo-Pacifique) comme bordure extérieure  de l’Eurasie.

Les relations Est-Ouest

À la lumière de ces bouleversements, un changement de paradigmes affecte désormais l’Europe, l’Eurasie et l’espace planétaire, atteignant les relations globales Est-Ouest.

Ainsi, dans le cadre des relations multipolaires, que reste-t-il des  vieilles relations Europe-Russie, ou encore États-Unis-Russie ?

La politique  de partenariat – confrontation entre les États-Unis et la Chine, qui a pour enjeux le contrôle du Hearthland, pousse les Européens à se poser une question essentielle : « La Russie va-t-elle  rester européenne ? », ou bien, prise par l’éternel souci de l’encerclement, deviendra-t-elle l’otage de l’hégémonisme chinois ?

Or, deux signes vont dans le sens d’une volonté européenne et française de reprendre le « dialogue stratégique » avec la Russie.

Le premier, de juin 2019, a été le retour de Moscou au sein du Conseil de l’Europe (46 pays représentant 820 millions d’habitants), où les 18 députés russes avaient été privés de vote, par cause d’annexion de la Crimée en 2014.
Le deuxième, les gestes et déclarations d’ouverture de Macron, affirmant de ne pas avoir abandonné la vieille idée de constituer « une architecture européenne de sécurité », qui ne serait ni la « maison commune » de Gorbatchev, ni une alliance militaire de revers, mais un dialogue entre partenaires de l’Est et de l’Ouest, pour surmonter les contentieux et les menaces dans un monde devenu plus dangereux.

Quant à l’aspect central du désarmement et à la fin du « traité sur le désarmement nucléaire INF, sur les forces nucléaires intermédiaires, signé à Washington en 1987, entre R. Reagan et M. Gorbatchev, pour éviter une course illimitée aux forces de théâtre, le Président Poutine a appelé Washington à « un dialogue sérieux, sans ambiguïtés », le 5 août 2019.

Dialogue ou guerre froide ?

De manière générale, les grandes peurs du XXe siècle semblent redevenir d’actualité.

La disparition de la confrontation idéologique et, par conséquent, la fin du monopole de la vérité scientifique a reporté les enjeux internationaux à leurs dimensions classiques, celles de l’influence, de l’alliance et de la manœuvre.

Par ailleurs, la multiplication des foyers de crise a augmenté les risques de dérapage et d’enchaînement, qui rappellent les engrenages du passé.

Dans un contexte général d’accélération des évolutions techniques, l’efficacité du dissuasif, comme arme de la dissuasion ou de la non-guerre, est battue en brèche par les missiles de nouvelle génération, conçus pour l’emploi et non pour la simple réplique, ou l’ultime avertissement.

Or ce qui renforce cette évolution vers une plus grande dangerosité est le changement de la  posture politique de l’Amérique vis-à-vis de l’Europe, poussant celle-ci vers la nécessité d’une souveraineté politique et stratégique autonome et indépendante et la diminution du rôle « d’amortisseur » de la France entre les États-Unis et la Russie, dans la création d’un nouveau système de sécurité paneuropéen de sécurité, englobant la Russie et l’Europe de l’Est

Irnerio Seminatore

Bruxelles 25 septembre 2019

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