Rites religieux : entre foi, tradition et rejet

Publié le 17 novembre 2007 - par
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Todorov, historien et auteur de « L’esprit des Lumières », écrit fort justement : « La tradition est constitutive de l’être humain, simplement elle ne suffit pas pour rendre un principe légitime ou une proposition vraie ».
Dans notre pays qui fut fille aînée de l’Eglise(catholique), le pouvoir politique s’est appuyé pendant 1600 ans sur le pouvoir religieux et réciproquement ; à l’intérieur de chacun d’eux, « l’individu ne disposait d’aucune liberté de choix »(cf Todorov).

Lorsque « notre » 1789 secoua ce joug et que 1905 sépara ces ordres (en théorie), ce qui était un acte de foi le resta pour certains, devint une tradition à laquelle on se soumit par habitude ou pour éviter le quand dira-t-on, ou fut rejeté pour les derniers. L’exemple du baptême est révélateur.

C’est un sacrement que l’Eglise catholique administre au nouveau-né sur demande de ses parents. De « mon temps », les clercs rappelaient que si un nouveau-né mourait sans avoir reçu le baptême, le Paradis lui était fermé à jamais ! Quelle injustice pour lui et quelle culpabilité sous-jacente pour ses géniteurs s’ils ne souscrivaient pas à cette cérémonie !
Lorsque ce nouveau-né devenu adulte garde la foi : pas de problème.

Par contre, s’il change d’option spirituelle, ou bien il reste sur la liste des baptisés de sa commune et est recensé officiellement comme catholique, ce qu’il n’est plus ; ou bien il pousse la logique de sa philosophie jusqu’au bout et demande sa radiation de la liste. Deux sortes d’obstacles interviennent alors : rejeter le « cadeau spirituel » de ses parents peut poser problème pour eux (quand et comment se démarque-t-on de ceux-ci quand on a évolué différemment d’eux, la réponse est bien sûr individuelle) ; soit cela n’en pose pas, mais cela en soulève un autre, différent : l’Eglise considère qu’un sacrement est indélébile ; elle refuse donc de radier, et inscrit en face du nom du baptisé qu’il renie sa foi.

Ainsi, Eglise et parents auraient apposé un sceau indestructible dans l’inconscient du nouveau-né.
N’est-ce pas une atteinte à l’intégrité de ce futur adulte ? Ne serait-il pas plus juste, plus sain (t ), plus honnête d’offrir ce sacrement seulement au moment où l’adulte est apte à utiliser son jugement par la raison et la connaissance ?

Ne serait-il pas du devoir de la République de favoriser l’accueil du nouveau-né par les adultes qui en sont responsables, non par une simple déclaration administrative de naissance, mais grâce à une cérémonie que ceux-ci organiseraient en présence des familiers et d’un représentant de l’Etat, et au cours de laquelle ils prendraient entre autres l’engagement civil et citoyen d’enseigner à leur enfant, certes, ce qui relève du privé (option spirituelle s’ils le désirent, qualités humaines à développer pour soi et envers les autres), mais aussi celui d’enseigner ce qui relève de la DUDH (Déclaration Universelle des Droits de l’Homme), à savoir lui assurer la garantie pleine et entière de sa liberté de conscience, donc celle de ne pas garder toute sa vie les dites marques d’un choix auquel il n’adhèrera peut-être plus ?

Evelyne Bigou

membre de l’UFAL

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