Rituels jihadistes et mutilations de masse à Nairobi

Publié le 3 octobre 2013 - par
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Voilà, peut-être, pourquoi vous n’entendrez jamais plus les médias parler du sort des otages du Centre Commercial du Westgate de Nairobi. Dawn Perlmutter, experte en renseignements sur la symbolique des rituels de meurtre, s’appuie sur le témoignage direct des médecins légistes qui travaillent jour et nuit pour redonner une identité à ces malheureuses victimes de s’être trouvées là au mauvais moment…

Durant le siège du centre commercial Westgate, à Nairobi (Kenya), qui a duré 4 jours, les Jihadistes d’Al Shabaab ont violé, torturé, décapité, démembré, castré, énucléé les yeux de leurs otages, amputé leurs doigts et pendu ceux qu’ils détenaient à des crochets descendant du toit. D’après un médecin-légiste, « Ils [les assaillants d’al Shabaab] ont arraché des yeux, coupé des oreilles, des nez. Ils ont tranché des doigts à la pince coupante, arraché des nez avec ces mêmes pinces coupantes »… « Il ne s’agit pas là de supputations. Il s’agit de putain de vérités établies ! »…

Ils ont tranché des testicules, des yeux, des oreilles, le nez. Ils vous prenaient la main et la taillaient comme s’il s’agissait d’un simple crayon, puis ils vous ordonnaient d’écrire votre nom avec votre propre sang. Ils ont fouillé la chair d’un corps d’enfant avec des couteaux aiguisés. Vraiment, si vous voyez tous ces corps, au moins ceux qui ont pu s’échapper, les doigts coupés à la pince coupante manquent, le nez est tranché à la pince ». Des rapports existent aussi, attestant que des otages ont été décapités et leur tête balancée à travers les fenêtres.

Cette violence sauvage, apparemment inexplicable, est typiquement attribuable à la guerre psychologique, à de réelles tactiques militaires visant à semer l’effroi, ou à des actes individuels de brutalité, mais, en ce qui concerne les Jihadistes, il s’agit tout-à-fait d’actes sacrés, et y avoir recours est parfaitement justifiable contre les ennemis de l’Islam. Ce sont des rites de meurtre qui sont en parfaite cohérence avec une méthode opérationnelle (modus operandi) [M.O] du Jihad global en pleine croissance. Des actes identiques de torture, de viol, de décapitation et de mutilation apparaissent régulièrement, en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Egypte, en Syrie et dans bien d’autres pays. Le massacre du Centre commercial du Westgate est comparable en bien des points, au massacre de masse de 166 personnes, par des membres du groupe jihadiste Lashkar-e-Taïba, au cours de dix assauts coordonnés à la bombe et au pistolet-mitrailleur, à travers toute la ville de Mumbaï, en Inde, les 26-29 novembre 2008. Durant le siège de leur opération, les Jihadistes du LeT ont aussi, pris tout leur temps pour humilier sexuellement, torturer et mutiler certaines de leurs victimes avant de les exécuter, longtemps après, d’une balle dans la tête.

Ce mode opératoire jihadiste est, aussi, parfaitement évident, dans des meurtres, des crimes d’honneur et des crimes de guerre. Le 20 juin 2006, à al-Yusufiyah, à l’extérieur de Bagdad, en Irak, on a retrouvé les corps de deux soldats américains, Pfc. Kristian Menchaca, 23 ans, et Pcf. Thomas L. Tucker, 25 ans, membres de la 101ème Division Airborne des parachutistes : ils étaient mutilés au-delà de toute possibilité de les reconnaître. Tout comme les otages du centre commercial du Westgate, on atteste qu’ils avaient les yeux arrachés et sortis de leurs orbites, ils étaient castrés, on leur avait coupé les oreilles et le nez, et on avait fini par les décapiter.

Les assassins jihadistes qui tranchent la gorge, qui lacèrent les corps de coups de couteaux et pratiquent la profanation systématique des corps de leurs victimes, apparaissent encore en plein Londres et à Waltham, dans le Massachusetts. Le 22 mai 2013, dans les rues de Londres, deux Jihadistes ont utilisé des hâchoirs à découper la viande pour décapiter et éventrer publiquement un soldat britannique en hurlant « Allahw’Akbar ». Le 11 septembre 2011, à Waltham, MA, les suspects des attentats à la bombe de Boston et leur ami Tchétchène sont, aussi, soupçonnés de s’être adonnés à un meurtre rituel sur trois hommes (juifs), en leur tranchant la gorge d’une oreille à l’autre, en employant une telle force qu’ils étaient quasiment décapités, et d’avoir profané leurs corps mutilés [on peut lire la totalité de ce dossier sur : Prélude aux attentats de Boston]. Ce ne sont là que quelques exemples de dizaines de meurtres rituels pratiqués par les Islamistes, qui impliquent des cas multiples de torture, de démembrement et de mutilation.

La mutilation islamique entraîne un genre très spécifique de crime ritualisé, il s’agit d’une profanation collective, provocatrice et à visée incendiaire du corps de l’ennemi. Les Mudjahideen à travers le monde entier, déploient énormément d’efforts à brutaliser les ennemis de l’Islam, y compris et à commencer par les femmes et les enfants. Pour comprendre la signification de ces actes de violence ritualisée et codifiée –donc parfaitement consciente et maîtrisée, « esthétisée »- on doit les analyser dans le cadre des rapports islamistes à l’honneur et à la honte. Les motivations fondamentales des atrocités islamistes sont une impulsion irrépressible pour soulager la honte et un devoir sacré de restaurer l’honneur, de servir la vengeance, de préserver la pureté, de maintenir la tradition à tout prix et, donc, de sauver la face.

Pour les Islamistes, l’honneur prend le sens des caractéristiques stéréotypées du mâle, tels que le courage, la bravoure, l’héroïsme, la puissance, la virilité et la force ; le déshonneur prend le sens inverse des attributs stéréotypés de la féminité, comme la faiblesse, la vulnérabilité, l’impuissance et la soumission.

L’honneur est ce qui définit et rétablit les Islamistes en tant qu’hommes et il est éprouvé comme moyen de restaurer leur dignité et leur fierté bafouée ; à l’inverse, le déshonneur est marqué par les traits féminins de la faiblesse, s’éprouvant par l’humiliation et la honte. Les Islamistes sont en lutte constante contre la peur de la disgrâce et font tout pour maintenir leur virilité, en particulier ceux qui vivent dans des pays qu’ils considèrent comme occupés ou dirigés par des « régimes non-islamiques ». Les émotions liées à la faiblesse, l’impuissance, la honte sont toujours, en-deçà de toute interprétation superficielle, déclenchées par l’hypersensibilité à tout acte réel ou perçu comme tel, d’humiliation. Même un simple regard de travers peut être mal interprété comme une façon de mettre en question leur virilité. Le recrutement et l’endoctrinement islamiste fonctionnent de façon à cultiver le paradigme dual de l’honneur et de la honte, pour que les jeunes garçons grandissent dans le but de devenir des soldats impitoyables, avides du sang vengeur qui restaure l’honneur et maintient la puissance.

La crainte même d’une simple apparence de faiblesse ou de vulnérabilité fournit une explication à la torture des hommes, des femmes et des enfants. Pour le Mujahideen, la pitié, la compassion, l’empathie et la gentillesse symbolisent la faiblesse ; la cruauté, la brutalité, la violence et les atrocités symbolisent la force. C’est ce qui explique des actes cruels d’une violence autrement incompréhensible. Les Jihadistes veulent prouver leur force et soulager leurs sentiments de honte. A travers les meurtres barbares et les mutilations, ces Jihadistes islamistes éprouvent un soulagement de tout sentiment d’humiliation.

Psychologiquement, ils compensent leur besoin de soulagement par l’atrocité ultra-violente. Symboliquement, le sang qui coule les lave de leur impureté. Sur le plan culturel, la violence est encouragée en Islam et on les perçoit comme héroïques. Il devient naturel et moral de punir le manque de respect par la torture, la mutilation et le meurtre rituel. Sur le plan stratégique de l’expansion du Jihad, il leur faut diffuser le message qu’il n’y a aucune pitié pour les impies infidèles.

Du point de vue des sciences comportementales occidentales, la torture, le meurtre et la mutilation entrent dans la catégorie des actes de violence pathologique. Cela dit, selon la vision du monde jihadiste, ces actes, apparemment inexplicables, de violence ne surviennent jamais de façon aléatoire ou « pathologique ». Les atrocités disposent de précédents historiques et théologiques en Islam, et il s’agit de sanctions socialement acceptables, contre les infidèles et, de façon significative, il s’agit de la projection de tabous culturels. Pour les Islamistes, le sang des ennemis lave le déshonneur, l’irrespect et les impuretés attribuées à l’Occident qui ont pollué l’Islam. Une analyse symbolique des types de mutilations répertoriées révèle le fond des motivations jihadistes. Mutiler le corps est un acte délibéré de défloration, infligeant l’impureté et la stigmatisation à sa victime. Les Islamistes torturent leurs otages pour les humilier et les faire mourir de honte, au sens « propre ». Trancher des doigts, couper le nez, couper la langue, pratiquer la castration et le démembrement sont des procédés qui incarnent la puissance et le contrôle total du corps de l’autre [voir : le Panopticon, chez Michel Foucault], au moment même de la mort. La lente destruction du corps empêche la personne torturée de mourir avec dignité.

Le viol et les violeurs en bande sont un lieu commun dans les formes de punition islamiste, y compris lorsque des hommes violent d’autres hommes. Le sens symbolique, pour l’homme violant un autre homme, consiste à transformer l’homme en femme, ce qui, dans une culture machiste et homophobe, est l’une des pires formes d’humiliation qui puisse être. Identiquement à ce qui se passe dans la culture de la prison, les victimes deviennent leurs putains. Pour la même raison, la castration est le signe archétypal du déshonneur et signifie que la victime n’est plus un homme. Une autre forme commune de mutilation jihadiste consiste à énucléer, arracher les yeux, et à/ou à trancher des parties du visage d’une personne, comme les lèvres, les oreilles et le plus souvent, le nez. Les rapports cliniques indiquent que toutes ces atrocités ont été infligées aux otages du Centre Commercial du Westgate.

La défiguration prend un sens historique, symbolique et théologique, dans le contexte de l’Islamisme. En fait, la mutilation est une forme de punition judiciaire corporelle qui est apparue dans de nombreux pays islamiques, et qui comprend, entre autres, les amputations, les flagellations, les décapitations et les lapidations jusqu’à ce que mort s’en suive. En Arabie Saoudite et en Iran, l’énucléation (arrachage des yeux) est considérée comme une sanction judiciaire légitime. Pratiquer l’ablation chirurgicale d’un ou des deux yeux se fonde directement sur l’interprétation littérale du Lex Talionis, le droit de représailles, mieux connu sous la formule « d’un œil pour un œil ». Il existe des centaines de femmes, au Pakistan, en Afghanistan, en Inde, en Turquie et dans d’autres pays, qui sont mutilées pour avoir déshonoré leur famille, ainsi que des hommes, accusés d’être des traitres, des espions ou simplement dont on désapprouve le comportement social et qui sont désignés comme des incroyants, infidèles, alors victimes éligibles à des atrocités identiques.

Les victimes de tortures et de mutilations sont toujours les témoins potentiels de la honte implicite et souvent imaginaire des Jihadistes. Les Jihadistes somaliens (et occidentaux parmi eux) devaient arracher les yeux de leurs otages de façon à ce qu’ils ne se moquent pas d’eux, leur couper la langue, pour qu’ils ne puissent pas parler d’eux et leur trancher les oreilles pour qu’ils ne puissent pas entendre leurs transgressions. Ils ont été endoctrinés à croire que les Non-Musulmans les méprisent et pensent qu’ils sont des moins que rien.

Cet irrespect imaginaire est éprouvé comme une honte qui trouve son origine et réside dans les yeux des personnes innocentes qui, malheureusement, se sont rendues dans ce maudit centre commercial ce jour-là. Tuer les otages de la pire façon tue ou neutralise cette honte, en supprimant les témoins de cette honte, en faisant en sorte qu’ils n’aient plus la moindre forme d’existence, même après la mort. L’honneur, la pureté, le respect sont ainsi restaurés. La torture permet de se sentir mieux et d’exister.

Se contenter de tirer, simplement, une balle dans la tête de chaque otage aurait démontré de la faiblesse et de l’empathie, en abrégeant leurs souffrances.

Identiques aux initiations d’intégration dans les gangs et la culture des narcotrafiquants, les Jihadistes somaliens ont reconquis leur statut, en brutalisant leurs victimes. Le démembrement, l’énucléation, la castration, les décapitations, et la profanation des corps sont les marqueurs du Jihad, que les personnes distinguées tiennent pour des actes inqualifiables. Les membres des Shabaab ont été capables de torturer et de mutiler, uniquement, grâce aux atrocités découlant des sanctions prévues par la loi de la Chari’a, commises contre les ennemis infidèles de l’Islam. Le fait de ritualiser la violence légitime cette sauvagerie comme une punition acceptable, qui a permis à ces Jihadistes somaliens et occidentaux les ayant rejoints, d’assassiner au nom de l’Islam.

Selon la Chari’a, la mutilation n’est pas un acte « barbare », la violence est, au contraire, prescrite, de façon à ce que la brutalité se transforme en rituel sacré de purification, qui lave des fautes et impuretés, grâce à l’effusion de sang. Pour les jihadistes d’al Shabaab, la torture et le meurtre n’étaient pas des actes immoraux, mais une juste vengeance par le sang qui restaurait l’honneur des Musulmans somaliens. Grâce au meurtre et à la mutilation, les Jihadistes ont acquis la force, lavé le déshonneur et accompli leur héroïque statut de guerriers Mujahideen impitoyables. Torturer et massacrer les otages les a transformés, d’hommes couverts de honte à cause de leur statut, en Mujahideen durs à cuire, soldats d’Allah, respectés par tous les autres islamistes du monde.

Dawn Perlmutter, Directrice et fondatrice des renseignements sur les Rituels et les Symboles, chercheure associée du Middle East Forum, est considérée comme l’une des expertes sur ce sujet prédominant (SME), dans le domaine de la symbolique, des coutumes méconnues, des meurtres rituels et de la violence religieuse.

André GALILEO

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