Rokhaya Diallo, pourquoi occultez-vous la traite des Noirs par des Noirs ?

Réponse à Rokhaya Diallo

Madame,

L’été dernier, le magazine Causeur vous avait ouvert ses pages pour que vous puissiez, dans le cadre du dossier « Justice pour la police », faire part à ses lecteurs de votre point de vue sur ce que vous appelez « la question raciale en France ». Comme si vous et vos amis n’aviez pu, jusqu’à ce jour, exposer et défendre votre point de vue dans les médias !

Vous avez souhaité donner le ton en utilisant d’entrée de jeu l’écriture inclusive. Vous êtes féministe « dernier cri » ; cela fait partie de la petite panoplie à la mode. Cette touche de snobisme, « Cher.e.s lectrices et lecteurs de Causeur », sied bien au magnifique portrait qu’a fait de vous la photographe Hannah Assouline et qui ouvrait les deux pages de votre lettre. Cette entorse féministe à la langue est cousue sur vos discours et ceux de vos copines comme le petit crocodile ou le petit joueur de polo sur les chemises Lacoste ou Ralph Lauren. N’est pas révolutionnaire qui veut !

Vous avez donc commencé par prendre la pose. Les reflets dorés de votre peau noire font subtilement écho à la même bicoloration de votre chevelure, courte, soignée et qui vous auréole. Votre regard sérieux, craignant sans doute d’être un peu dur, a demandé à vos deux pouces de s’accrocher de façon décontractée aux poches de votre jean. Toujours compliquées, les mains, dans une photo ! Vous n’avez pas mis de ceinture, cet accessoire qui met une pointe de chic dans une tenue vestimentaire qui s’efforce d’échapper aux codes bourgeois. Quelle ceinture auriez-vous pu mettre ? Vous avez raison, il n’en fallait pas, elle aurait contrarié la belle diagonale qui est l’axe de ce portrait et qui va du blanc de vos yeux à celui du bracelet d’argent de votre bras gauche. À peine appuyé au mur gris qui met en valeur votre débardeur chiné plus soutenu, votre corps est légèrement emmené par cette diagonale invisible. D’où ce bras droit ouvert comme une anse et qui sert de contrefort à cet imperceptible déséquilibre. Que notre regard remonte trop rapidement en glissant le long de votre peau satinée, et le voici récompensé par la sensualité de votre bouche que se partagent l’ombre et la lumière. Votre rouge à lèvres fait discrètement écho au rouge plus affirmé du titre de la page : Privilège de ta race ! Il a donc suffi que je vous regarde pour que vous me repoussiez en me tutoyant.

« Je suis une femme noire, écrivez-vous, et je l’ai découvert à travers les regards, les interrogations, les suspicions ou les stigmatisations. » N’avez-vous pas également un jour découvert autre chose à travers les regards ? Quel dogmatisme, quelle inflexibilité dans l’encre noire de vos yeux et dans l’arrogance de votre plume ! Grâce au talent de votre photographe, vous existez à gauche, en pleine page. Êtes-vous sûre que vous ne pourriez pas exister plus simplement, plus pleinement, en cessant de faire du Sartre à la petite semaine ?

Une première question. Avec ce parti pris d’écriture inclusive, respectez-vous le droit à la différence des transsexuels ou de ceux qui hésitent encore sur leur genre ? Vous écrivez : « Je pense être plus qualifiée qu’un homme cisgenre 1 pour décrire la douleur et l’inconfort que peuvent provoquer les règles périodiques dans une société dont la priorité n’est manifestement pas d’accommoder les femmes, mais plutôt de leur vendre des produits  » hygiéniques  » dont la toxicité a pourtant été démontrée à maintes reprises. » C’est ce qui s’appelle enfoncer une porte ouverte et être quelque peu hors sujet. Votre petit 1 renvoie le lecteur à une note précisant ce qu’est un « homme cisgenre ». Apprendre est, avec vous, un vrai bonheur ! Un homme cisgenre est un homme « qui s’identifie au genre qui lui a été assigné à sa naissance ». Cette adhésion à la théorie du genre est un autre élément de votre panoplie. Ce qui étonne dans une âme aussi attentive que la vôtre aux discriminations, c’est son indifférence, dans cette écriture inclusive, à celui ou celle qui n’a pas encore choisi son genre et qui ne se veut ni homme ni femme.

Par ailleurs, un homme, qu’il soit indécis ou non quant à son genre, n’est-il pas anatomiquement moins qualifié que vous pour nous parler des « produits hygiéniques » ? Avec cette note de bas de page vous n’avez rien à envier à ces « précieuses » que Molière disait ridicules. Elle prouve par son absurdité que s’en prendre à la langue française et à sa grammaire ne sera jamais un préalable à une réflexion sérieuse.
Par ce « Cher.e.s lectrices et lecteurs de Causeur » qui flotte sur votre lettre comme un drapeau sur une plage surveillée, vous nous prévenez que vous attachez plus d’importance aux absurdités de l’époque, à la mode, à ses provocations et ses puérilités qu’à une argumentation sérieuse. Vous vous faites l’esclave volontaire du souci narcissique de votre propre image au lieu de vous affranchir de sa tyrannie par le recours à la raison et à l’histoire.

Abordons le sujet qui semble vous préoccuper : « Si des départements français, écrivez-vous, sont situés sur le continent américain ou dans l’Océan indien, c’est bien parce que la France était une importante puissance esclavagiste. Nombre de nos concitoyens.ne.s sont les descendant.e.s de personnes torturées par l’esclavage. Et si l’esclavage français m’intéresse en premier lieu, c’est parce que je suis française : c’est notre histoire commune que j’interroge en priorité. Il me semble très périlleux de tenter d’extraire notre pays de cette réalité historique et d’affirmer que cette histoire ne produirait pas de conséquences sur nos vies actuelles ». Cette défense chevaleresque de la veuve et de l’orphelin de couleur est bien sélective. On devine que vous aimeriez qu’elle devienne non point une préoccupation majeure pour la France, mais un argument majoritaire contre elle.

De quelle « réalité historique » parlez-vous ? Êtes-vous sûre de l’avoir correctement cernée ? Il ne s’agit plus de « produits hygiéniques » ; la toxicité est d’une autre nature. C’est celle du mensonge par omission. Du mensonge propre aux idéologies à caractère totalitaire. S’il y a une réalité historique, il vous faut la prendre en son entier et vous interdire d’en extraire les peuples africains. Ces derniers n’ont pas attendu les Français pour réduire en esclavage leurs « frères » et les vendre. Cette traite des Noirs par des Noirs est une composante de la « réalité historique » au même titre que celle des Noirs par les Arabes ou les Européens. Combattre le racisme est nécessaire en tout temps et en tout lieu ; le combattre à moitié par une falsification de l’histoire n’est autre que l’encourager et s’ouvrir la voie du déshonneur. Cette falsification certes n’est pas de votre fait. Ce cheval de Troie était là bien avant vous, et vous n’avez fait que l’enfourcher. Vous êtes-vous un jour demandé quels ennemis de la France s’y cachaient ? Vous êtes-vous un jour demandé qui avait intérêt à affaiblir la voix de notre pays, à en souhaiter la disparition, à y multiplier les fractures pour en saccager l’unité ? N’avez-vous jamais mesuré combien les idées de nation, de république, de démocratie étaient fragiles ? Vous êtes-vous un jour demandé si cette fragilité n’était pas précisément l’avers de notre précieuse liberté que leur articulation garantit ?

« Si l’esclavage français m’intéresse en premier lieu, c’est parce que je suis française : c’est notre histoire commune que j’interroge en priorité. » Vous n’êtes pas crédible. Sous prétexte que vous êtes française, seul l’esclavage français devrait vous obséder ? S’il vous intéresse autant, c’est bien parce que vous êtes une française noire. Mais étant noire, la traite des Noirs par les Noirs ne vous intéresse-t-elle pas ? Les Peuls, établis un peu partout dans l’Ouest du continent africain pratiquèrent eux aussi la traite et l’esclavage. Et, que je sache, le nom de Diallo est un nom peul. « Dans l’un des royaumes les plus islamisés d’Afrique de l’Ouest, le Wassoulou, qui avait une population très dense, les habitants étaient un mélange de Bambaras et de Peuls », écrit Tidiane N’Diaye dans Le génocide voilé – Enquête historique (p. 131, Gallimard, 2008) ; et l’anthropologue d’origine franco-sénégalaise d’ajouter que le Wassoulou, comme d’autres royaumes islamisés, deviendra « le théâtre d’une traite féroce et des plus odieuses au service des marchands arabes ». Les logiques totalitaires étant infaillibles, peut-être laisserez-vous Tidiane N’Diaye se faire traiter de « vendu » !

Jamais, voyez-vous, je ne m’abaisserai à penser qu’étant peule et française vous avez « la double culpabilité ». Ce serait me complaire dans une logique de mauvaise foi semblable à la vôtre et pousser le raisonnement jusqu’à l’ignominie. Cependant permettez-moi de m’interroger : membre d’une ethnie dont les ancêtres ont pratiqué la traite des Noirs, et étant si sensible à l’injustice, comment avez-vous pu accepter d’être née française, et de bénéficier ainsi de la nationalité d’un peuple qui, comme celui de vos parents, a derrière lui un passé si honteux ?
Dans votre lettre, la France semble n’être que ce que vous en dénoncez, que ce à quoi vous la réduisez : une salope. Oh, vous n’utilisez certes pas le mot ! Mais la musique est là, derrière le livret de la haine ! C’est injuste. C’est minable. C’est infâme. Et surtout, c’est dommage pour vous ! Pourtant votre photo, quand on ne vous connaît pas, qu’on ne vous a jamais entendue, qu’on ne vous a pas encore lue, est celle d’une Française, mieux, d’une compatriote. En trahissant sa vocation année après année, l’école de la République ne faisait que trahir la patrie ?

Est-ce en écoutant vos « maîtres » que vous avez compris que dénoncer la traite des Noirs organisée par les Africains eux-mêmes eût été périlleux pour votre carrière médiatique ? Tenus par les oligarques d’un système financier qui utilisent tous les leviers en leur possession pour affaiblir les nations et contourner la démocratie, les médias vous ont assigné le rôle de « l’idiot.e utile ». Ce rôle est si confortable que beaucoup l’acceptent et que d’autres, tout aussi nombreux, en rêvent. Il vous a permis d’être « aujourd’hui dans une position sociale plutôt privilégiée », dites-vous. C’est vrai, vous jouez ce rôle à merveille, docile aux injonctions du politiquement correct comme une actrice de cinéma attentive aux intentions du réalisateur. Sans en faire une note en bas de page, je vous rappellerai la définition que Pierre Manent donnait du politiquement correct : « C’est la langue de gens qui tremblent à l’idée de ce qui pourrait arriver s’ils arrêtaient de se mentir ».

En allant chercher au fond de l’encrier l’éternel argument de l’inguérissable blessure, vous écrivez : « Si aujourd’hui je suis dans une position sociale plutôt privilégiée, je n’ai vraiment pas les moyens d’oublier ma condition raciale, car il se trouve toujours une personne ou une situation pour me le rappeler ». Comment avez-vous trouvé les moyens d’oublier l’autre condition, celle que vos ancêtres ont fait subir à vos frères et sœurs d’Afrique de l’Ouest ?

« Nous vivons, écrivez-vous vers la fin de votre lettre, dans un pays qui, à travers les fictions produites sur les écrans et dans sa littérature, est incapable de se représenter tel qu’il est, et qui, quand il présente des visages non blancs, persiste trop souvent à les cantonner dans des récits relatifs à une réalité liée à la banlieue ou à la migration. » Voilà une leçon qui a tout l’air d’une calomnie. La réalité est bien différente. On ne peut pas ouvrir son poste de télévision sans découvrir un présentateur ou une présentatrice de couleur. Aucun micro-trottoir ne donne exclusivement la parole à des Blancs. Rester à ce niveau de mauvaise foi est aussi insupportable que ridicule. Aussi je vous invite à monter d’un cran et à méditer ces quelques lignes d’un ami du Président Léopold Sédar Senghor : « Les explorateurs de l’Afrique n’ont pas découvert l’art nègre, mais les fétiches. Les conquistadores n’ont pas découvert l’art mexicain, mais les idoles aztèques. (…) L’Europe a découvert l’art nègre lorsqu’elle a regardé des sculptures africaines entre Cézanne et Picasso, et non des fétiches entre des noix de coco et des crocodiles. » Ne vous méprenez pas ! Cézanne et Picasso ont également aidé l’Europe à reconsidérer nombre de ses écoles de peinture autrement que comme des balbutiements maladroits. Prenez votre inspiration et votre élan dans cette manière d’interroger la modernité ! Prenez de la hauteur ! Cessez de ruminer des poncifs paresseux et des accusations qui ne vous grandissent pas !

En n’ayant de cesse de décrier la France et, à travers elle, la civilisation occidentale, en singeant avec sectarisme le discours critique dont Montaigne fut l’un de nos plus éminents promoteurs, en refusant de vous débarrasser de ces œillères que vos « maîtres » vous ont fait prendre pour des lunettes, vous poussez les lecteurs de votre lettre à partager l’exaspération d’Emmanuel Levinas : « Cette décriée civilisation occidentale a pourtant réussi à comprendre les cultures particulières, lesquelles n’ont jamais rien compris à elles-mêmes ».

Sincèrement,

Jérôme Serri

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19 Commentaires

  1. mais vous savez bien que les noirs ce n’est jamais de leur faute…..c’est toujours la faute des autres !!!

  2. mon ecran est tout noir c’est une panne docteur ? Si je dis que mon ecran est noir c’est waciste ?

  3. Je vous félicite, et vous remercie Monsieur Serri, très bien dit, surtout bien écrit, j’espère que cette personne lira en entier vos commentaires, je serai bien curieux de voir sa réaction ! Elle a quand même le culot de se dire Française ! quelle honte !

    • Même pas lu, toujours la même rangaine j’ai vécu longtemps au Sénégal a l’époque de Léopold Singhor, un cabanon sur l’île N’Gor tous avaient un prénom français et belle entente avec les Lébous habitants du village, c’était avant la mondialisation et le grand remplacement.

  4. Vous êtes bien gentil d’écrire sur cette harpie ! Moi je suis blanc, un homme normal et j’emmerde toutes ces connes qui n’existent que parce qu’on leur donne la parole…………..

  5. Au lieu de retourner dans son pays pour lui être utile (enfin, si elle en était capable).

  6. Bonjour , il y a beaucoup de personnes qui ont des papiers Français par qu’ils sont nés en France , mais ils ne sont pas Français pour cela , NON car pour êtres Français , il faut respect le sol sur lequel vous êtes nés , et ce n’est pas le cas avec les étrangers . Les étrangers tout ce qu’ils respectent ( et encore ) c’est uniquement les avantages que leurs apportent la France , mais c’est tout . Alors des gens comme cela , nous n’en avons pas besoins sur notre sol , car la France que je sache nous appartiens à nous les Français

  7. L heure est venu aux africains et leurs descendance qui occupent notre patrie de retourner dans leurs pays respectifs. Les blancs et les africains ne peuvent vivre ensemble ils sont incompatible. Chacun chez soi.

  8. Cette crevure de racaille diallo n’a jamais été française. Elle a juste des papiers francais, nuance importante et essentielle.

  9. ben c’est normal, il ne faut pas traumatiser les enfants des quartchiers islamisés ou noirisés, taubira l’avait déjà dit
    que les gaulois aillent voter pour que ça change

  10. FABULEUX! Suite à cela, si les écailles ne lui tombent pas des yeux, c’est qu’elle représente vraiment la mauvaise volonté personnifiée. Je reste <>. C’est Noël. Et à Noèl, il faut voir le visage du Christ dans celui de son voisin (Oh, Pardon! ) de son.a voisin.e. Mais, attends le Jour de l’An, Racaile Diabolo, et tu vas voir ta gueule à la récré.

  11. Enrichissons notre vocabulaire :
    « SLATÉ : Nègre libre faisant le commerce d’esclaves (Afrique). » (Littré, dictionnaire)

  12. En effet, dans l’histoire de l’esclavage, les pires salauds ont Été en fait les Africains ;car
    ils ont vendu leurs frères ;voire leurs enfants.
    Les esclavagistes européens, les seuls, dont on veut parler n’ont en fait acheté que ce qui était à vendre.
    Les esclavagistes arabes, il faut pas en parler non plus ;les islamiques pourraient en prendre
    ombrage.

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