1

Romance de Noël : Les « Noël » ratés de Marie…

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est marrakech-la-juive.jpg

Extrait de l’oeuvre Il était une fois… Marrakech la juive

Chaque fois que Marie ouvrait sa large armoire, elle sentait un couteau lui percer le cœur à la vue de la magnifique robe en organza rose que sa mère lui avait cousue pour sa prochaine sortie de Noël. Deux jours avant cette date, elle l’empoigna et la remit à sa sœur Anne. « Je n’en aurai pas besoin », lui dit-elle. « Mets-la pour festoyer. Cette année, je ne sortirai pas ! »

Ses prévisions étaient exactes. Philippe n’apparut pas, ni ne donna signe de vie. Encore une promesse non tenue – Derrière la vitre des grandes fenêtres de l’appartement, Marie contemplait le ciel tumultueux. Les premières gouttes de pluie en rendaient la vue opalescente et floue. Toute la maison était calme, et même taciturne sous le chagrin flottant de Marie. Durant l’après-midi, oncle Joseph leur fit une brève visite qui instilla un peu de couleur à leur morne journée.

Après les courtes vacances de fin d’année, amère et apathique, Marie regagna son bureau.

« Écoutez-moi, Marie », lui dit Nissim, le frère de monsieur Timsit. « Vous n’avez aucune raison de vous sentir anéantie à ce point. Votre cher Philippe a été vu au Casino la veille de Noël, une femme blonde mature à son bras. J’ai été très déçu que vous ne fussiez pas là ! »

« Ah, tiens ! Il est quand même venu ! Pourquoi auriez-vous voulu que je sois présente », demanda-t-elle d’une voix poignante. « C’est déjà assez pénible de vous entendre en parler. Le voir en compagnie d’une autre femme n’aurait pu qu’affûter ma peine ! »

« Ne soyez pas stupide, répliqua Nissim. Et cessez de jouer à l’idiote. Sa compagne était moins jeune que lui et bien moins jolie et remarquable que vous l’êtes. Vous auriez ri de lui, tout comme nous l’avions tous fait d’ailleurs ».

« Jolie, jeune et remarquable, dites-vous. Mais », répondit Marie d’une voix lugubre, « cela ne pèse pas lourd dans la balance quand d’autres facteurs essentiels l’infléchissent. Si Philippe s’est montré en public avec cette femme, cela ne laisse aucun doute sur ses intentions envers elle. Il l’aime sûrement s’il a pris cette initiative. Ne vous inquiétez pas pour moi et n’essayez même pas d’agrémenter les choses pour me plaire. Je connais ma place, et je me trompe rarement en ce qui me concerne ».

« Allons réagissez… et luttez pour lui ? », demanda Nissim.

« Sûrement pas », lança Marie, laconique. « C’est voué à l’échec. Je ne possède ni les armes nécessaires, ni assez de stupidité pour me battre pour un homme qui ne m’aime pas d’une intensité analogue à la mienne. C’est aussi ridicule qu’humiliant ». Puis elle ajouta en elle-même. « Il n’est quand même pas le dernier homme sur terre ».

« Je n’arrive pas à comprendre ce qui se trame dans son crâne… vous tourner le dos pour une créature pareille… ça n’a aucun sens », marmonna-t-il.

« Vous découvrirez dans le monde une infinité de choses qui vous sembleront insensées, approuva Marie. La vie est imprévisible et est faite de tant de hasards et de contradictions ! Mais elle vaut la peine d’être vécue. Devant des creux de cette envergure, ne jamais omettre de se remplir les yeux de la splendeur de la nature », murmura-t-elle, songeant brusquement à son premier désarroi face au départ de Muguette, sa sourde et muette petite amie… « Il y a tant de merveilles minuscules et de miracles à peine discernables… Après la tempête, la nature se renouvelle, tonifie sa beauté et la régénère, pour lui tresser une parure plus resplendissante encore ! »

« Vous êtes réellement stupéfiante et si pleine d’éloquence, lui dit Nissim. Votre vision du monde est touchante et d’une précieuse justesse. Rien ne pourra détruire la pureté de vos concepts ».

« C’est ma façon de lutter contre le mal qui nous ronge en dedans », répliqua-t-elle avant de tourner les talons.

Philippe et Marie ne se rencontrèrent jamais…

Destin ou malchance, cela dépendra de l’opinion de tous ces témoins visibles ou invisibles qui les jugeront selon leurs capacités et leurs vœux intimes…

Le destin lui, brasse les cartes pour mieux les distribuer…

Thérèse Zrihen-Dvir